N° 69 – Des métiers de l’information documentaire au Sénégal Réponse

Ce présent désir de réflexion me vient de discussions entre collègues sénégalais, la plupart plus jeunes que moi, sur le réseau social Facebook où nous nous retrouvons informellement pour partager sur notre passion professionnelle commune d’archiviste, de bibliothécaire et/ou de documentaliste. S’y retrouvent donc toutes les expressions relatives à la fougue passionnelle envers ce métier, que généralement nous avons choisi, même si parfois il a pu s’imposer à nous. Toujours est-il que seuls les fidèles y demeurent, malgré les galères quotidiennes qui ont pour nom : ambitions castrées, savoir-faire dévalorisés, embauche fermée, etc. Je salue à sa juste valeur et avec gaité de cœur cet (r)éveil de conscience, de la part des jeunes collègues et qui sont les prémices d’une prise en main accrue de l’avenir de nos métiers et donc de nos devenirs personnels. Cette contribution au débat n’est nullement un réquisitoire contre qui ce soit, la motivation n’étant pas de jeter une quelconque pierre à un bouc-émissaire, mais bien de poser les vraies questions et des raisons qui prévalent et prédisposent au maintien d’un statuquo largement inapprécié et de moins en moins supportable. Comme base d’argumentation, je vais faire référence à la définition d’un métier qu’a faite Guy Le Boterf. Selon lui un métier à quatre caractéristiques : un corpus de savoirs et de savoir-faire, un ensemble de règles morales spécifiques, une identité sociale et enfin une perspective d’approfondir par l’expérience la première caractéristique (savoirs et savoir-faire).  Cette définition peut être prise comme grille d’analyse pour chacun d’entre nous, afin de pouvoir nous situer professionnellement et discerner avec clairvoyance, la portée de notre action et son impact dans la valorisation du métier que nous défendons et que nous voulons plus visible.

  • L’acquisition des savoirs et savoir-faire pose fondamentalement la problématique de l’acquisition des connaissances de base du métier. Là, il s’agit plus particulièrement de l’acquisition de connaissances techniques qui font que l’on puisse être opérationnel dès réception du diplôme symbolisant l’aptitude à exercer le métier en question. C’est d’être capable dès sa première démarche de recherche d’emploi, d’exprimer clairement ce que l’on sait faire et ce que l’on peut apporter à un éventuel employeur. D’où la nécessité, en situation d’apprentissage, de faire l’effort continu de bien assimiler les enseignements reçus et de les approfondir pour avoir une compréhension et une maîtrise globale de son métier.
  • L’assujettissement aux règles morales spécifiques est fondamentalement une posture à adopter. C’est par cela que s’affirme l’appartenance au corps du métier, qui ne doit pas inciter à l’individualisme et à la solitude de pratique, mais donner le sentiment de faire partie d’une communauté et d’interagir avec les autres. Dans le cas précis des métiers de l’info-doc, les règles morales se rapportent surtout à notre attitude vis-à-vis de l’information et des usagers à qui nous la destinons. Il nous faut avoir le réflexe d’anticiper les besoins informationnels d’un éventuel usager : trouver et collecter cette information, la traiter et la lui procurer. Le principe éthique et déontologique exprimé par cet exemple rime avec la générosité qui, de ce fait, en plus d’être une règle morale pour nous est aussi une fenêtre ouverte à la sympathie et à la bienveillance des autres. Avons-nous fini de réfléchir à une « Inform-éthique documentaire » ?
  • De l’affirmation identitaire dépend également la reconnaissance des autres, parce qu’elle permet de se définir socialement avant de l’être économiquement. Ne pas avoir peur de dire « je suis bibliothécaire », « je suis archiviste » ou « je suis documentaliste » car ce sont les dénominations exactes de nos métiers. Reconnus et défendus comme tels, ils demeurent utiles à la société d’autant plus que les matériaux qui sont à la base de leur existence, à savoir les documents, sont toujours là et comble de bonheur se sont diversifiés en termes de support, élargissant nos rayons d’action, qui étaient avant circonscrits aux espaces de conservation des imprimés et autres manuscrits. Il faut se réclamer de nos métiers et ne pas se réfugier dans les faux-fuyants sémantiques pour enjoliver des existants déjà intrinsèquement beaux. Se réclamer du titre de professionnel de l’information documentaire, ou de spécialiste en ingénierie documentaire par exemple, est bien en soi, mais le revendiquer exclusivement, c’est s’enfermer dans un flou professionnel qui peut plus desservir que servir. En effet il est plus question de savoir et de savoir-faire que de dénomination ou appellation professionnelle, autant le bibliothécaire qui se réclamera comme tel, sera bien apprécié en pouvant montrant son utilité à la société en tant que promoteur du livre et de la lecture par exemple, autant  l’ingénieur-documentaliste le sera moins, s’il ne peut se prévaloir d’une aptitude à concevoir et à participer à des applications scientifiques complexes pouvant améliorer les techniques et pratiques documentaires.
  • L’approfondissement des savoirs et savoir–faire est ici mis en perspective. Vu sous cet angle, il pourrait rassurer ceux qui malheureusement ne sont pas encore en situation professionnelle active, mais les exclut néanmoins. Cependant ils sont bien du métier parce que répondant aux deux premières caractéristiques et plus particulièrement celle fondamentale de l’acquisition du savoir et du savoir-faire. Cet approfondissement pour les « employés » est en quelque sorte une somme d’expériences acquises et qu’il faut nécessairement cultiver et valoriser pour se bâtir une expertise solide dans le métier. Cette expertise professionnelle, en inspirant le respect, même en dehors des arcanes de la profession, doit être le socle sur lequel s’appuyer en vue d’un leadership fort, pour se faire un porte-voix du métier à l’échelle nationale. Pour ceux qui sont en situation de recherche d’emploi, c’est continuer à apprendre et à étoffer leurs connaissances, entreprendre des chantiers, même à caractère informel, en lien direct avec la médiation de l’information. L’information, cette denrée vitale, dont l’inflation continue, implique le besoin de la maîtriser comme le recommande d’ailleurs l’IFLA.

Le débat sur la situation des bibliothécaires, archivistes et documentalistes au Sénégal est plus que jamais vital, mais l’introspection commence d’abord à notre niveau personnel. En analysant les caractéristiques d’un métier et en l’appliquant à ceux de l’information documentaire, se pose inéluctablement la question de la formation, car nous devons fondamentalement assimiler les bases du métier, assistés en cela par des enseignements adaptés au contexte social, économique et technologique. Nous devons cultiver une morale du métier faite de générosité dans la fourniture de l’information documentaire et de respect dans le traitement et la conservation des supports. Nous devons entrer dans la profession comme on entre en religion (allusion au contexte sénégalais :-) ), en ayant foi en elle du moment que nous l’avons aussi choisi comme moyen de vivre (le métier, c’est le travail qu’on fait pour gagner de l’argent). Communier continuellement entre collègues en union d’idées et d’actions, s’entraider, s’enrichir mutuellement et faire corps contre vents et marées. Enfin nous devons avoir l’ambition de devenir des maîtres dans le métier, pour accroître sa reconnaissance et pouvoir mieux le défendre. Cela suppose une soif continue d’apprendre et de se former qui va de pair avec la culture de l’ambition et de l’excellence, qui est elle, le rempart contre le désœuvrement de soi et le mépris des autres.

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