N° 126 – JSON et la Toison d’or

Il y a des coïncidences qui méritent qu’on s’y arrête, non pour ce qu’elles disent du hasard, mais pour ce qu’elles autorisent à penser. Celle qui unit le nom d’un format de données à celui d’un héros grec en fait partie. Lorsqu’on prononce JSON à voix haute, l’oreille anglophone entend Jason (/’dʒeɪsən/ en phonétique), et le format devenu la langue franche de l’échange documentaire se trouve ainsi porter, par une simple affaire de phonétique, le nom de l’Argonaute parti chercher la Toison d’or jusqu’aux rivages de Colchide. Je voudrais prendre cette homonymie au sérieux, non comme un jeu de mots qu’on déposerait en ouverture pour amuser, mais comme une grille de lecture, parce qu’il me semble qu’un récit vieux de près de trois mille ans en dit parfois plus long sur nos pratiques contemporaines que bien des notes techniques.

Le pari peut sembler hasardeux. Un format de sérialisation, c’est-à-dire une convention d’écriture par laquelle on couche des objets, des listes et des valeurs dans une chaîne de caractères lisible par une machine comme par un humain, n’a a priori rien à voir avec la geste héroïque. Et pourtant, à mesure que JSON s’est imposé comme le véhicule privilégié des échanges entre applications, entre dépôts, entre interfaces de programmation, à mesure qu’il est devenu, à l’ère des systèmes génératifs, le tissu dans lequel circule la donnée entre nos outils, l’analogie a cessé de me paraître anecdotique. Car ce que cherche notre monde documentaire à travers ce format, ce n’est rien d’autre qu’une Toison d’or.

Ce que vaut la Toison

Encore faut-il s’entendre sur ce qu’elle représente. Dans le récit, la Toison n’est pas l’or pour l’or. Elle est la dépouille d’un bélier prodigieux, suspendue à un chêne dans le bois sacré d’Arès, gardée par un dragon que le sommeil ne visite jamais, et elle vaut surtout par ce qu’elle légitime, car celui qui la rapporte recouvre un trône qu’on lui avait dérobé. Sa valeur n’est donc pas dans le métal, elle est dans la restitution.

Transposée à notre champ, la Toison désigne ce que nous poursuivons sans toujours le nommer ainsi, à savoir l’interopérabilité véritable, la circulation du sens d’un système à l’autre sans perte ni trahison, la donnée qui peut quitter le silo où elle dormait pour aller enrichir un autre dispositif sans qu’on ait à la réécrire ni à la mutiler. Ce que JSON promet, et ce que les standards qui l’accompagnent tentent de garantir, c’est précisément cette portabilité du sens documentaire, cette possibilité qu’une notice produite ici soit comprise là-bas, qu’un référentiel d’autorités dialogue avec un autre, qu’un patrimoine décrit selon une norme puisse être moissonné, indexé, enrichi, restitué. La Toison n’est pas la donnée, elle est sa libre circulation. Voilà pourquoi elle est précieuse, et voilà pourquoi elle est gardée.

Le héros et sa lignée

Aucun héros ne surgit de nulle part, et Jason moins que tout autre. Fils dépossédé d’Aeson, le roi légitime d’Iolcos, il fut écarté du trône par son oncle Pélias, usurpateur prudent qui ne le tua pas mais l’éloigna, et qui plus tard, le voyant revenu, l’envoya chercher la Toison dans l’espoir qu’il n’en reviendrait jamais. Toute la situation initiale du mythe tient dans ce double geste, une dépossession et une mission impossible confiée pour mieux perdre celui qui l’accepte.

Le monde documentaire connaît bien cette configuration. Le sens, qui devrait régner souverainement sur ses propres représentations, se trouve dépossédé par les formats qui l’enferment, captif de systèmes propriétaires qui le détiennent sans le servir. Et l’institution qui réclame l’interopérabilité ressemble parfois à Pélias, car elle envoie un format à la quête d’une circulation universelle sans lui donner les moyens du voyage, soit par calcul, soit par cette inertie qui trouve son compte dans la dépendance et la captivité technique. JSON hérite de cette ambiguïté de naissance. On lui demande de réconcilier des univers qui n’ont aucun intérêt commun à se parler, et c’est en relevant ce défi qu’il devient héros plutôt que simple convention d’écriture.

Encore lui aura-t-il fallu une éducation. Jason fut élevé loin de la cour, sur les pentes du Pélion, par le centaure Chiron, précepteur des héros, qui lui transmit la médecine, la musique et l’art de la guerre. Cette figure du maître qui forme avant que ne commence l’aventure, je la reconnais dans les normes et les spécifications qui façonnent un format avant qu’il ne serve. La grammaire stricte de JSON, ses règles de structuration, la discipline qui distingue un objet d’un tableau et une chaîne d’un nombre, tout cela est l’œuvre d’un Chiron invisible, et ce travail de formation se prolonge dans les normes documentaires qui éduquent autant le format que le praticien, qu’il s’agisse des modèles de description archivistique, des règles de catalogage ou des schémas qui valident une notice avant de la laisser partir. Un héros mal éduqué se brise au premier obstacle. Un format sans grammaire produit le chaos qu’il prétendait dompter.

L’Argo et son équipage

On ne traverse pas la mer Noire à la nage. Il fallut un navire, et ce navire fut l’Argo, construit par Argos avec l’aide d’Athena, qui ajusta dans sa proue une poutre taillée dans le chêne prophétique de Dodone, si bien que le bâtiment pouvait parler et annoncer lui-même son destin. Je ne connais pas de plus belle image pour dire ce qu’est une donnée capable de se décrire, et c’est précisément ce que réalise la déclinaison de JSON qui porte le nom de JSON-LD, conçue pour le web sémantique et les données liées. Là où le JSON ordinaire ne transporte que des valeurs muettes, sous lesquelles un titre, un nom de personne ou une date ne sont jamais que des chaînes de caractères dont la signification reste à la discrétion de celui qui les lit, JSON-LD adjoint au navire cette poutre parlante par le truchement de ce qu’il appelle un contexte, c’est-à-dire une clause qui déclare une bonne fois le sens de chaque terme en le rattachant à un vocabulaire partagé et à une adresse univoque sur la Toile. Le navire qui parle, c’est dès lors la notice qui porte en elle sa propre clé de lecture, c’est le document qui sait dire à quelle norme il obéit et selon quel vocabulaire il faut l’interpréter, de telle sorte qu’une machine rencontrée au hasard de la traversée comprenne sans qu’on la lui présente de quoi il retourne.

L’importance de cette poutre, dans notre champ, ne saurait être surestimée, car elle déplace la question de l’interopérabilité d’un terrain technique vers un terrain proprement sémantique. Une notice sérialisée en JSON-LD ne se contente pas d’être lisible par un autre système, elle se laisse relier, et ce verbe fait toute la différence, puisqu’un nom d’auteur n’y est plus une simple suite de lettres mais un lien vers une notice d’autorité, un nom de lieu un renvoi vers un référentiel géographique, un sujet une accroche vers un thésaurus, si bien que nos descriptions cessent d’être des îlots pour devenir des points dans la vaste constellation des données liées où chaque ressource éclaire les autres. Pour des institutions documentaires africaines qui entendent exister dans le concert mondial du savoir sans s’y dissoudre, l’enjeu est considérable, car publier son patrimoine en données liées, c’est le rendre découvrable, citable et reliable depuis n’importe quel point du réseau, et c’est aussi, à condition de gouverner ses propres référentiels plutôt que d’emprunter ceux des autres, inscrire dans la trame même du web sémantique des vocabulaires qui nomment nos réalités avec nos mots, ceux du wolof comme ceux de l’ajami, plutôt que de laisser des ontologies forgées ailleurs décider à notre place de ce qui mérite d’être dit et de la manière de le dire.

Mais l’Argo n’aurait rien accompli sans son équipage, et les Argonautes n’étaient pas une troupe indifférenciée, car chacun apportait un don. Orphée, dont le chant accordait les rameurs et imposait le rythme, je le tiens pour la couche d’harmonisation sémantique, ce travail des référentiels partagés et des ontologies qui maintient l’ensemble dans une même tonalité et empêche que chaque système ne chante sa propre langue. Lyncée, dont le regard perçait l’horizon et voyait jusque sous la terre, est l’indexation et la découverte, cette faculté de repérer au loin la ressource pertinente dans l’immensité des gisements. Tiphys, le pilote qui tenait la barre et lisait la mer, est l’instrument qui interprète et achemine la donnée, le moteur qui parcourt le flux et le conduit à bon port. Quant aux autres compagnons, ils sont les formats et les protocoles qui voyagent de concert avec JSON, ces standards de description et de moissonnage qui ne le concurrencent pas mais l’escortent, car la quête n’est jamais l’affaire d’un seul, et l’interopérabilité véritable suppose qu’on accepte de ramer avec d’autres que soi.

Une notice, deux états : la valeur muette et la donnée reliée

Le même livre décrit deux fois. En haut, du JSON ordinaire : chaque champ est une chaîne que seul le programme qui la lit sait interpréter. En bas, le même contenu en JSON-LD, où chaque terme est rattaché à un vocabulaire partagé et où l’auteur, l’éditeur et la collection deviennent des entités liables.

JSON  : une fiche close sur elle-même

JSON-LD  : la même fiche, reliée au web des données

À retenir. La poutre de Dodone, autrement dit, c’est la ligne @context : elle fait parler le navire.

Les épreuves de la traversée

Le voyage fut une succession d’épreuves, et c’est dans ce détail que le mythe se révèle le plus instructif, car il refuse l’idée d’une réussite sans péril.

Il y eut d’abord les Symplégades, ces roches mouvantes qui se refermaient sur tout ce qui osait passer entre elles, et que l’Argo ne franchit qu’après avoir lâché une colombe en éclaireur, sachant que là où passait l’oiseau passerait le navire. Toute migration de données connaît ce détroit, ce moment critique où la ressource transférée d’un système à un autre risque d’être broyée, tronquée, corrompue dans la conversion. La colombe lancée devant est cette validation préalable, ce contrôle de schéma, ce transfert d’essai qu’on envoie reconnaître le passage avant d’y engager le patrimoine entier. Le mythe ajoute un détail que j’aime à rappeler, car une fois l’Argo passé, les roches s’immobilisèrent pour toujours. Il en va ainsi de l’interopérabilité, dont le premier franchissement ouvre une voie qui ne se refermera plus.

Il y eut ensuite Phinée, le devin aveugle que les Harpies tourmentaient en souillant sa nourriture avant qu’il n’y touchât, condamné à savoir sans pouvoir se nourrir, jusqu’à ce que les fils de Borée chassent ces créatures et que le vieillard, libéré, révèle aux héros la route à suivre. Je vois dans Phinée la mémoire documentaire elle-même, ce savoir des anciens, cette expertise tacite des praticiens, riche mais menacée, perpétuellement assaillie par les Harpies de l’obsolescence, de la dégradation des supports et de la perte silencieuse qui dévore les fonds avant qu’on ait pu les exploiter. Délivrer Phinée, c’est l’œuvre de préservation, et le mythe dit une vérité que nous oublions trop, à savoir que le savoir, une fois soustrait à l’entropie qui le rongeait, paie sa délivrance en indiquant la route. La conservation n’est pas un coût stérile, elle est la condition qui libère la connaissance et lui rend sa parole.

Il y eut enfin les Sirènes, et c’est ici que je voudrais m’arrêter un instant, car leur épreuve est moins physique que spirituelle. Leur chant ne tuait pas par la force, il tuait par la séduction, en persuadant les marins de renoncer à la traversée pour une jouissance immédiate qui les jetait sur les récifs. Orphée les vainquit non en se bouchant les oreilles mais en chantant plus fort, en couvrant leur voix de la sienne. Notre époque a ses Sirènes, et leur chant est celui d’une automatisation intégrale qui promet de nous dispenser du jugement, qui susurre que la machine fera tout et qu’il n’est plus besoin de l’expertise patiente, du discernement critique, de la responsabilité de l’archiviste et du documentaliste. Ce chant est doux car il flatte notre fatigue. Mais celui qui s’y abandonne échoue sur les récifs de la dépendance et de la déqualification, et il faut, pour le tenir à distance, le contre-chant d’Orphée, c’est-à-dire la raison documentaire maintenue, la justice cognitive qui refuse de confier à l’outil ce qui relève de la délibération humaine, la conviction qu’aucune élégance technique ne dispense de savoir pourquoi et pour qui l’on décrit.

Colchide et le dragon

Au terme du voyage attendait la Colchide, royaume lointain où régnait Aeétès, gardien farouche de la Toison qu’il n’entendait céder à personne. Il ne la refusa pas tout à fait, il fit pire, il l’assortit d’épreuves conçues pour être mortelles. Il fallait d’abord atteler des taureaux aux sabots d’airain qui soufflaient le feu, puis labourer un champ et y semer les dents d’un dragon, dont jaillissaient aussitôt des guerriers armés tout prêts au combat.

Ce roi qui détient le trésor et le hérisse de conditions impossibles, c’est le système fermé, le format propriétaire, l’infrastructure qui retient la donnée et n’en concède l’accès qu’au prix de tâches décourageantes. Les taureaux de feu sont l’ingestion hostile, ce labeur de l’extraction et de la normalisation où l’on doit dompter des sources rétives, affronter des encodages corrompus, plier à un ordre commun des gisements qui résistent. Et les hommes nés des dents semées disent admirablement une chose que tout praticien connaît, car à peine commence-t-on à traiter une masse documentaire qu’elle se multiplie en doublons, en variantes, en notices concurrentes qui surgissent armées les unes contre les autres et menacent de tout submerger. Jason ne les combattit pas un à un, ce qui l’eût épuisé. Il jeta une pierre au milieu d’eux, et les guerriers, ne sachant d’où venait le coup, s’entre-tuèrent. Cette pierre est la clé de réconciliation, l’identifiant unique et pérenne qui, lancé dans la mêlée des duplicata, les force à se résoudre les uns par rapport aux autres et ramène l’ordre sans qu’on ait à terrasser chaque doublon séparément.

Restait le dragon, gardien sans sommeil enroulé autour du chêne. Aucune force ne l’eût vaincu, car il ne dormait jamais. Et c’est ici qu’intervient celle sans qui rien n’aurait été possible.

Médée, ou l’enchantement ambivalent

Médée est le personnage le plus troublant du récit, et son équivalent contemporain est celui dont je voudrais parler avec le plus de prudence. Fille du roi Aeétès, magicienne, elle s’éprend de Jason et met sa science au service de l’étranger contre son propre père. C’est elle qui lui donne l’onguent qui le protège du feu des taureaux, c’est elle qui l’avertit du piège des hommes semés, c’est elle qui endort enfin le dragon et permet la prise de la Toison. Sans Médée, Jason échoue. Avec elle, l’impossible devient affaire d’une nuit.

L’intelligence artificielle est notre Médée, et l’analogie vaut autant par ce qu’elle promet que par ce qu’elle menace. Cette magie venue d’ailleurs rend soudain praticables des tâches qui nous semblaient hors de portée, car elle endort les dragons de l’illisibilité, elle extrait le texte des manuscrits que nul ne savait plus déchiffrer, elle aligne des vocabulaires, elle annote, elle traduit, elle répond. Ce que des générations de praticiens accomplissaient à grand-peine, elle l’abrège. Mais Médée n’est pas une servante docile, et le mythe se garde bien de la présenter comme telle. Sa puissance est sans loyauté propre, elle sert qui la sollicite, et la même science qui conquit la Toison se retournera plus tard en catastrophe lorsque Jason, ingrat, croira pouvoir se passer d’elle. C’est là tout l’avertissement. Une puissance qu’on emploie sans la comprendre, qu’on tient pour acquise, qu’on n’inscrit dans aucun cadre, finit par échapper à celui qu’elle servait. L’IA documentaire ne fait pas exception. Elle accomplit des prodiges aussi longtemps qu’elle reste gouvernée, et elle devient une force aveugle dès lors qu’on lui abandonne le gouvernail, qu’on cesse de vérifier ses sortilèges, qu’on prend ses hallucinations pour des oracles et sa fluidité pour de la vérité.

Le retour, qui est la vraie épreuve

On croit le mythe achevé avec la prise de la Toison. Il ne l’est pas, et c’est sa plus grande leçon. Le voyage du retour fut plus long et plus meurtrier que l’aller, semé de fuites, de crimes et de détours, parce que conquérir n’est rien si l’on ne sait rapporter. Ramener la Toison à Iolcos, l’y faire reconnaître, en tirer la restitution promise, voilà ce qui demandait le plus.

Notre quête documentaire bute exactement sur ce point. Obtenir l’interopérabilité au moment d’un projet est une chose, la maintenir dans la durée en est une autre, infiniment plus exigeante. Le format conquis, encore faut-il l’intégrer, le préserver, le gouverner, l’inscrire dans une politique qui survive aux financements et aux personnes. Et pour une institution africaine, ce retour porte un nom que je ne crains pas d’employer, celui de souveraineté. Car la Toison que nous ramenons n’a de prix que si elle revient au commun, si le sens libéré des silos propriétaires retrouve le sol dont il fut arraché, si notre patrimoine cesse d’être décrit ailleurs, hébergé ailleurs, interprété ailleurs, pour redevenir lisible et gouverné chez nous. JSON, l’Argonaute, ne mérite son nom que s’il rapporte la Toison à Iolcos et non s’il l’abandonne dans quelque Colchide infonuagique dont nous ne tiendrions pas les clés.

Le mythe finit mal pour Jason, et il faut le dire pour que l’analogie garde sa rigueur. Ayant trahi Médée, il vit sa maison s’effondrer, et la légende veut qu’il périt seul, écrasé par une poutre détachée de l’Argo en décomposition, tué par le navire même qui l’avait porté. Que le héros soit emporté par le vaisseau de sa gloire devenu épave dit assez ce qui guette celui qui prend le moyen pour une fin, qui idolâtre l’outil en oubliant la quête, qui laisse l’instrument devenir le maître. Un format n’est pas un destin. Une technologie n’est pas une délivrance. Et le jour où nous confondrons l’élégance d’une sérialisation avec l’accomplissement de notre mission, nous mériterons la poutre.

Ce que la Toison nous enseigne

Je ne tiens pas cette lecture pour un ornement. Si JSON s’est rendu indispensable dans les processus d’échange et d’interopérabilité, et plus encore depuis que les systèmes génératifs en ont fait le tissu de leurs conversations, ce n’est pas par hasard, c’est parce qu’il répond à un besoin aussi ancien que la documentation elle-même, le besoin de faire circuler le sens sans le perdre. Le mythe de Jason n’est pas une fable charmante qu’on plaque sur une réalité technique pour l’égayer. Il est une manière de rappeler que toute quête de circulation est une quête de restitution, que les outils ne valent que par les fins qu’ils servent, et que la magie la plus puissante demande à être gouvernée plutôt qu’adorée.

La Toison n’est pas la donnée. Elle n’est pas davantage le format qui la transporte. Elle est cette chose plus rare et plus difficile, le sens rendu à sa libre circulation et ramené au commun. Reste à savoir si nous serons les Argonautes de cette traversée ou les naufragés de notre propre habileté. Le récit, lui, a tranché depuis longtemps. Il n’accorde la Toison qu’à ceux qui n’oublient ni leur équipage, ni leur magicienne, ni le rivage d’où ils étaient partis.

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