N° 73 – Principes de l’IFLA sur le «eLending» Réponse

L’IFLA vient de publier ses Principes pour le prêt des livres électroniques (e-books) dans les bibliothèques (comprendre qu’on parle ici aussi bien du support matériel qui sert à lire des informations numérisées et la version numérisée d’un livre contenue par exemple dans ce support). Ces principes sont le fruit d’une réflexion menée en Novembre 2012 à La Haye, qui est elle-même le prolongement d’une préoccupation générale du monde des bibliothèques et relatif à la diffusion des ressources électroniques fournies par les éditeurs commerciaux. Depuis plus d’une décennie, cette réalité de la fourniture d’accès à des contenus numériques est observable dans les bibliothèques et concerne plus particulièrement ceux qui sont disponibles en ligne, particulièrement à partir des bases de données. Dès 2001 l’IFLA avait fini d’édicter un ensemble de principes de base qui devraient prévaloir dans les relations contractuelles et les contrats écrits entre bibliothèques et fournisseurs d’information, notamment en ce qui concerne les licences d’accès et de diffusion. Les principaux sujets de préoccupation pour les bibliothèques étaient : l’archivage et la préservation pérenne du contenu, la capacité de jouir des exceptions de la législation sur le droit d’auteur, les coûts, le prêt entre bibliothèques, la flexibilité sur la licence et la protection de la confidentialité des utilisateurs.

En 2007 avec l’explosion des appareils de lecture de contenus numériques tels que les liseuses et autres dispositifs apparentés, l’offre en documentation électronique s’est étendue avec la mise à disposition de ces nouveaux supports. Ces livres électroniques commerciaux désormais incorporés dans les collections des bibliothèques, ont poussé l’IFLA à élaborer des principes relatifs à leur prêt aux utilisateurs et qui vont au-delà de ceux édictés dans le document de 2011.

En effet pour les bibliothèques, des différences notoires sont apparues dans le processus d’acquisition de deux types de contenus numériques. Dans le document de 2001 les principes assument un consentement mutuel entre le fournisseur d’information (éditeur) et l’acquéreur d’accès à cette information (bibliothèque) et plaident pour des contrats de licence standard avec des termes et conditions pour un certain nombre de domaines. Mais les grandes maisons d’édition commerciales multinationales adoptent des approches très différentes lors de la vente de livres électroniques aux bibliothèques et évitent de s’engager dans des discussions collectives sur les conditions en raison de préoccupations sur la législation anti-concurrence. Il faut ajouter à cela une complexité qui découle des restrictions d’interopérabilité pour les utilisateurs finaux dictées par les fabricants et distributeurs d’appareils de lecture numérique (Amazon, Apple,…) et des restrictions d’utilisation imposées par les vendeurs et revendeurs de contenu (OverDrive, Amazon …). Ensuite, il faut noter que même avec une négociation de licence sur des collections agrégées d’e-books,  ces derniers une fois mis à disposition des bibliothèques, le sont sous une base de licence par titre de la part des éditeurs ou revendeurs avec des termes et conditions non-négociables. Enfin les éditeurs sont détenteurs de droits circonscrits à une région bien déterminée, ce qui restreint leur possibilité d’accorder des contrats pour le prêt entre bibliothèques vers des régions où ils ne détiennent pas de droits et découragent autant que les revendeurs, la mise en œuvre de licences consortiales concernant les e-books. Toutes ces considérations ont poussé le Governing Board de l’IFLA à approuver les principes sur le prêt des e-books.

Ceux-ci se déclinent en 05 points que voici :

  • Possibilité pour les bibliothèques d’acquérir des licences et /ou acheter tout e-book disponible sur le marché sous une variété de conditions en fonction de la nature du travail des bibliothèques et des droits qui leurs sont accordés ainsi qu’à leurs usagers.
    • le nombre d’utilisateurs simultanés
    • la période de temps permise à la bibliothèque pour rendre le livre électronique disponible
    • l’option d’achat ferme avec disponibilité permanente (à des fins de conservation à long terme, les  travaux édités commercialement peuvent être déposées auprès des organismes spécifiés dans la législation nationale comme étant attributaires du dépôt légal)
    • la limite sur le nombre total de prêts permis
    • les dates de publication et vente au détail (pas d’embargo sur les nouveaux titres acquis grâce à la licence de la bibliothèque)
  • Étant donné le respect mutuel des droits d’auteur de la part des titulaires de droits et des bibliothèques, toute option de licence ou d’achat d’e-books offerte aux bibliothèques doit respecter les exceptions et limitations en faveur des bibliothèques et de leurs usagers y compris le cas échéant :
    • le droit de faire copie d’une partie de l’œuvre,
    • de reformater l’œuvre à des fins de conservation, si elle est autorisée ou achetée pour un accès pérenne,
    • de fournir une copie pour le prêt entre bibliothèques,
    • de reformater une œuvre pour permettre une impression accessible aux handicapés.

Les bibliothèques devraient avoir le droit de contourner une mesure technique de protection dans le but de faire tout usage à finalité autre que la contrefaçon.

  • Les e-books disponibles dans les bibliothèques devraient être utilisables sur tous les appareils de lecture numérique courants (interopérabilité)
  • Les bibliothèques et leurs usagers doivent être en mesure de contrôler l’utilisation des renseignements personnels d’un utilisateur, y compris ses choix de lecture dans la bibliothèque numérique.
  • Lorsque les éditeurs et/ou auteurs, et/ou revendeurs refusent l’accès à des livres électroniques de la bibliothèque, la législation nationale devrait exiger un tel accès dans des conditions raisonnables.

Le texte proposé ici est en grande partie ma propre traduction de portions de textes tirées des documents de l’IFLA concernant cette question. Ceci dans le but de donner aux collègues francophones un aperçu plus compréhensible de ces principes en attendant une traduction plus officielle et souhaitable.

En tout état de cause le dossier du copyright (droit d’auteur) et son application en bibliothèque demeure un vaste champ encore en friches qui s’est complexifié encore plus avec l’environnement numérique. Cette prise en compte de l’IFLA n’en est donc que plus pertinente, intéressante et salutaire, au moment où on peut sérieusement s’interroger sur ses enjeux pour les bibliothèques.

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N° 72 – Il était une fois la « LibraryBox » Réponse

Tel pourrait être, dans un futur plus ou moins lointain, le titre de légende pour une « invention », qui de par ses promesses utilitaires, renforcera les mécanismes en cours et établis pour permettre un accès libre à l’information pour le plus grand nombre de personnes. Le projet LibraryBox repose sur une technologie Open Source permettant de stocker des fichiers numériques (ebooks, des œuvres musicales, etc.) sur un lecteur Flash (clef USB) et de les diffuser grâce à un routeur de poche. Dirigé par Jason Griffey, le projet a pris racine dans le département informatique de la bibliothèque de l’Université du Tennessee à Chattanooga et est utilisé depuis par des bibliothèques pour partager des ressources d’information, notamment des livres électroniques disponibles dans leur catalogue.

Le principe de fonctionnement emprunté au Projet PirateBox, repose sur la technologie Wi-Fi tout en étant indépendant du réseau Internet. En effet, LibraryBox ne permet pas de se connecter à Internet mais peut-être découvert et accessible comme un réseau sans fil standard, par n’importe quelle personne disposant d’un Smartphone ou tout autre appareil doté de la technologie Wi-Fi. De ce fait, toute bibliothèque disposant d’une LibraryBox peut stocker des documents électroniques et les rendre accessibles à des utilisateurs détenant des appareils dotés de cette technologie sans fil. Cela accroît et diversifie, sans nul doute, l’offre de services documentaires au public de la bibliothèque, où conceptuellement on passerait de la notion de catalogue (en ligne) à celle de serveur de documents (expression que j’emprunte à la bibliothèque du CERN qui présente son OPAC en ces termes et que nous avons-nous-mêmes repris pour le nôtre encore en cours de finalisation).

En reprenant la philosophie du projet PirateBox  du professeur David Darts de l’Université de New York et qui permet à quiconque, au sein de l’univers du sans fil, de télécharger des images, musiques, documents, vidéos, et autres types de fichiers et cela dans un anonymat total,  Griffey a cependant modifié le code source initial et modifié certains paramètres de l’application pour le rendre plus conforme aux réalités des bibliothèques, par exemple, celles liées aux droits de diffusion et distribution de certaines œuvres.

Pour ce qui est du matériel technique, il faut savoir que les LibraryBox pré-faites ne sont pas disponibles à l’achat, il faut acheter les composants qui sont peu coûteux et les assembler plus ou moins facilement. Les instructions sont disponibles sur le Web, notamment sur comment configurer le routeur étape par étape. Le modèle de Griffey utilise un routeur portable TP-Link TL-MR3020 dont le prix est d’environ 40 $, les autres composants sont le lecteur flash dont le prix dépend de la capacité de stockage et éventuellement une batterie USB pour l’autonomie électrique.

Rêvons et imaginons-nous dans quelques années en Afrique, avec une généralisation croissante de l’utilisation des Smartphones et des liseuses électroniques, couplée aux possibilités offertes par cette boîte de diffusion numérique, d’avoir la formidable opportunité de servir la documentation à des publics se trouvant dans les zones où la connectivité Internet est défaillante voire inexistante. En lieu et place d’un bibliobus par exemple, le bibliothécaire se déplacerait avec une toute petite boîte pleine de trésors,  une bibliothèque ambulante et discrète aussi fournie qu’une bibliothèque numérique classique, mais sans les pesanteurs d’accès inhérents au protocole Internet et ses adresses physiques, qui continuent d’exclure un très grand nombre de l’accès aux connaissances.

N° 65 – Calibre : logiciel de gestion de collection d’e-books 3

Une bibliothèque sans murs en béton, complètement numérique, c’est simple à réaliser de nos jours pour peu qu’on connaisse les solutions logicielles existantes et surtout qu’on puisse les installer et maîtriser leurs fonctionnalités. Il en existe actuellement une belle brochette de perles qui font le bonheur de tous les passionnés en la matière comme moi, mais dont le déploiement (ou l’installation) peut-être un vrai casse-tête et un facteur anesthésiant toute entreprise en ce sens. Eh bien ! voici un autre joyau qui permet de créer une bibliothèque d’e-books.

CALIBRE, c’est son nom, est une solution Open source multilingue qui s’installe facilement sur une machine Windows, Mac ou Linux. Pour mon installation Windows elle s’est faite aisément et j’ai pu aussitôt prendre l’outil en main.

Calibre offre une multitude de fonctions pour gérer, trier, visionner une collection. On peut convertir les formats de fichiers par lots, éditer les métadonnées, récupérer des informations complètes via Internet, synchroniser sa bibliothèque avec les lecteur populaires (Sony PRS, Cybook Gen, Kindle, iPhone, etc).

Une fois l’installation terminée, la langue de travail choisie (parmi une dizaine), on obtient au démarrage une interface en trois colonnes que surplombe un espace de navigation horizontale avec des icônes d’administration de l’application, voir figure ci-dessous.

Page d’accueil d’une collection

Le menu horizontal qui comporte 13 icônes (dans la version 0.8.21 que j’ai installée) avec lesquelles on peut administrer l’outil. Ce menu permet de créer une bibliothèque, d’ajouter/supprimer des livres, de les convertir en format EPUB (par exemple), de les sauvegarder sur un disque, d’éditer et/ou enrichir les métadonnées (manuellement ou par téléchargement), etc..

La colonne de gauche permet de faire des recherches sur les auteurs, éditeurs, types de format, collections, mots-clés (tags), langues de publications et notes. Celle du milieu affiche les livres présents dans la collection avec tous les champs de métadonnées prévues (Titre, Auteurs, Date d’enregistrement, Taille, Note, Tags, Collection, Editeur,  Date d’édition). Enfin la colonne de droite affiche la couverture cliquable de l’e-book et donc permet sa lecture (ça marche avec du PDF aussi 🙂 )

La démo explicative (en anglais) est disponible à partir de ce lien. Après l’avoir visionné et si l’envie d’installer l’application devient une nécessité alors je conseille de la télécharger et d’avoir à portée de clic une bibliothèque électronique où on pourra stocker ses propres livres et les lire selon ses envies.