N° 31 – Intelligence économique : une autre discipline pour nous Réponse

Suite à l’agréable surprise que j’ai eu en ayant connaissance d’un séminaire sur l’Intelligence économique organisé le 27 novembre 2008 par le Centre d’Etudes Diplomatiques et Stratégiques de Dakar, occasion m’est idéalement donné pour partager mes impressions sur ce concept. D’abord bravo pour cette prise de conscience nationale sur un des enjeux fondamentaux du monde, à savoir la prise en compte de l’intelligence économique dans l’évolution de la vie nationale. Mais pourquoi parler d’une discipline qui, à priori, semble être aux antipodes de nos préoccupations documentaires ?

Une brève lecture de la définition proposée par le Rapport Martre du Commissariat au Plan de France, publié par La documentation française en 1994, aidera à éclairer cette éventuelle interrogation. Je vous la livre textuellement et telle que je l’ai découverte lors du cours sur l’Intelligence économique dispensé dans le cadre du Master 2 de l’EBAD dès 2006 (bonne anticipation) : « L’intelligence économique peut être définie comme l’ensemble des actions coordonnées de recherche, de traitement et de distribution, en vue de son exploitation, de l’information utile aux acteurs économiques. Ces diverses actions sont menées légalement avec toutes les garanties de protection nécessaires à la préservation du patrimoine de l’entreprise, dans les meilleures conditions de délais et de coûts. L’information utile est celle dont ont besoin les différents niveaux de décision de l’entreprise ou de la collectivité, pour élaborer et mettre en œuvre de façon cohérente la stratégie et les tactiques nécessaires à l’atteinte des objectifs définis par l’entreprise dans le but d’améliorer sa position dans son environnement concurrentiel. Ces actions, au sein de l’entreprise, s’ordonnent autour d’un cycle ininterrompu, générateur d’une vision partagée des objectifs de l’entreprise ».

Quel documentaliste ou autre professionnel de l’information documentaire ne se serait pas senti concerné par une telle définition ? En quoi les pratiques suggérées par cette assertion diffèrent-elles de ce que nous faisons depuis des lustres dans nos espaces professionnels ?

L’intelligence économique a, cependant, dépassé depuis longtemps le cadre restreint des entreprises pour coloniser l’espace étatique (gouvernemental). Amusons-nous à remplacer le terme « entreprise » de la définition par celui de »pays« , « nation » ou « Etat« , là on touche du doigt l’enjeu fondamental de la discipline qui s’inscrit dans le cadre global de la gestion des intérêts d’un pays. Voilà quelque chose qui doit, encore plus, nous renforcer dans notre conviction d’être des maillons essentiels de tout dispositif informationnel privé ou public, tant notre savoir-faire est y plus que nécessaire.

Car de quoi parlons-nous en Intelligence économique ?

De veille, collecte, analyse et diffusion « interne » de l’information, de gestion de métadonnées avec certes des outils et pratiques entièrement dédiés à cet environnement particulier de gestion informationnelle. Mais rien de vraiment sorcier, pour qui maîtrise : recherche et analyse documentaire, indexation et taxonomie, DSI et archivage (pour ne pas dire records management), le tout mixé à la sauce informatique. Alors à nous de nous positionner, après l’autoformation, par l’autopromotion, mais surtout par la formalisation de notre appartenance à ce giron conceptuel et pratique. L’EBAD a montré la voie (comme indiqué tantôt), il s’agit de renforcer cette action en donnant plus de poids à cette discipline dans le cursus académique  des sicences de l’information documentaire et en mettant à niveau les professionnels en activité, comme cette initiative louable de l’American information center qui a organisé, en partenariat avec l’ASBAD, une conférence sur l’IE le 29 novembre 2007 à Dakar (Voir le compte rendu ici). L’objectif de tout cela serait d’élargir les débouchés des étudiants en documentation et accroître le poids stratégique des pratiquants dans leur espace professionnel. Dès à présent il faut  alors s’imprégner de tout l’environnement de l’Intelligence économique, composé de concepts ou disciplines connexes et d’outils logiciels. En voici quelques exemples.

Quelques termes connexes : Datamining, Datawarehouse, Knowledge management, Business intelligence, ETL, etc.

Des outils logiciels gratuits : de veille comme Ezeportal (système de gestion de l’information) , des outils orientés ETL ou information décisionnelle comme SpagoBi, Talend Open studio, etc.

Pour la documentation en ligne, voir cet univers netvibes consacré à l’IE, et ce site où sont exposées quelques pratiques d’intelligence économique qui viennent nous rappeler que : qui détient l’information détient le pouvoir et devient une puissance en latence, ce qui est notre cas. Soyons-en toujours conscients.

Complément de lecture :


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N° 30 – Information literacy, un concept pour nous Réponse

Qui sommes-nous ?

Des spécialistes de l’information, d’autres diront professionnels de l’information dans un acte d’affirmation qui ne doit souffrir d’aucune contestation, ni même d’aucun doute. Cependant pour qu’un tel acte soit protégé de toute remise en cause, il nous faut nécessairement nous donner les moyens d’être de vrais spécialistes. En d’autres termes notre devoir est de tout connaître concernant la dynamique de l’information.

L’Information literacy (IL) figure en bonne place dans cette dynamique est n’est pas un concept nouveau, car dès 1974, il a été mentionné par Paul Zurkowski. Je ne vais pas revenir sur la dizaine de définitions qui concerne le concept, là n’est pas mon propos, mais sur ce qu’il induit, à savoir que tout homme, tout au long de sa vie, doit arriver à une réelle maîtrise de l’information dans un but de développement personnel et cela par l’acquisition de compétences informationnelles. Celles-ci peuvent se résumer à :

  • savoir identifier ses besoins en information
  • savoir formuler les bonnes requêtes ou équations de recherche
  • connaître les sources d’information et les moyens de les interroger
  • savoir évaluer ou critiquer l’information acquise
  • savoir l’organiser pour mieux l’utiliser dans la vie quotidienne

Rien d’extraordinaire pour les spécialistes que nous-sommes, ce qui explique le titre choisi pour ce billet, alors faisons-en un concept-nôtre comme le suggère cette étude sur la maîtrise de l’information publiée par l’UNESCO sur le sujet. Cependant il ne s’agit plus pour nous d’être des pourvoyeurs au sens classique du terme, où nous allions chercher l’information et la communiquer à l’usager, mais bien de donner à ce dernier les moyens d’être autonome dans sa quête informationnelle. Changement radical de cap donc et nouvelle vision de nos rapports avec l’usager, celui-ci devenant de fait un élève à éduquer (nous ne lui donnons plus l’information, nous lui apprenons à l’acquérir). Peut-être que spontanément ou ponctuellement, au cours de nos pérégrinations professionnelles, avons-nous appris à quelques carabins comment faire une recherche dans un catalogue matières ou auteurs ? Eh bien il s’agit de dépasser ces gestes conjoncturels pour mettre en place des canaux structurels par lesquels, l’accès à la maîtrise de l’information sera une réalité au sein de nos espaces documentaires.

Mais quels espaces documentaires ?

Tous sont concernés, du plus petit centre de documentation à la plus grande bibliothèque qui puisse exister, en fait partout où nous rencontrerons des individus intéressés par une quête de savoir. Les structures les plus évidentes pour remarquer cette quête de savoir sont, sans aucun doute, les espaces d’éducation (écoles, lycées, universités,…) et les efforts de mise en pratique du concept de l’IL s’y rencontrent le plus souvent (dans l’hémisphère nord notamment). Pour ce qui est des possibilités d’application dans l’espace universitaire, je vous propose ci-dessous (en fin d’article) une présentation faite à l’EBAD en octobre 2008, par Zuza Wiorogorska, une collègue de l’Université de Varsovie. Je voudrai par contre suggérer quelques comportements en direction des parents pauvres de la bibliothéconomie sénégalaise (ou africaine généralement) que sont les bibliothèques publiques et scolaires. On pourrait faire évoluer ces espaces en des lieux d’apprentissage à la maîtrise de l’information, où les usagers (pour la plupart des élèves) seraient initiés au processus de recherche d’information : quelles sont les principales sources d’information (y inclus pour le numérique), comment les utiliser, quelle attitude adopter devant la quête d’information, comment éviter « bruit » et « silence », comment exploiter des résultats de recherche, etc. ? Au bout du compte, ils seront très tôt familiarisés aux techniques d’acquisition du savoir qui leur seront utiles pour l’avenir. D’un autre côté la visibilité sera accrue du côté des collègues qui interviennent dans ces environnements documentaires, espaces qui cesseront d’être uniquement des dépôt de manuels scolaires ou autres lieux de stockage de romans à l’eau de rose. Ces espaces seront perçus comme des lieux d’éducation en même temps les salles de classe et leurs animateurs  comme des éducateurs au même titre que les enseignants et professeurs. Cela supposera cependant que les moyens soient mis à disposition (parmi autres, une connexion Internet et les PC qui vont avec, un minimum), que les objectifs et programmes de formation soient bien pensés et définis, mais surtout que les spécialistes de l’information ainsi ciblés soient eux aussi capables de maîtriser l’information par l’acquisition des compétences informationnelles (on ne peut transmettre que ce que l’on a parfaitement maîtrisé) et affirmer ainsi leur professionnalisme. Nous rejoindrions ainsi les préoccupations de l’IFLA qui, en 2004 à Buenos Aires, avait choisi l’IL comme un des thèmes du congrès et a créé une « section IL » dès 2002.

Il ne s’agit pas ici de révolution mais d’évolution qui fait de nous, non plus les derniers maillons du processus d’accès au savoir, mais les pourvoyeurs des clés qui ouvrent les portes de la connaissance. Evolution nécessaire pour faire de nous des acteurs essentiels de la Société de l’information qui présuppose, pour « boucler la boucle », que nous soyons nous aussi inscrit à l’école de l’apprentissage tout au long de la vie.

Je suggère la lecture de cet article très bien fait et un rappel du dossier de l’UNESCO sur la maîtrise de l’information.

Enfin, ci-dessous, la présentation tantôt évoquée et disponible en téléchargement sur slideshare.


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