N° 94 – Traitement documentaire en mode confinement

Dans le précédent billet, l’accent était mis sur le service documentaire en ce temps de crise sanitaire où le confinement a vu nos espaces documentaires fermés à nos publics. L’essentiel de l’argumentation tournait autour du maintien du lien documentaire, comme impératif pour fidéliser l’usager coupé des collections et autres dispositifs d’accès à la connaissance disponibles dans les enceintes physiques de nos centres de documentation et bibliothèques. Le maintien de cette fonction de service direct à l’usager est un maillon essentiel de notre mission, mais ne peut occulter l’autre versant de notre identité qu’est le traitement matériel et intellectuel des documents que nous mettons à disposition de cet usager. La question qui mérite d’être posée ici est celle liée à l’accomplissement de cette tâche de traitement, qui est certes moins visible, mais qui demeure tout aussi vitale, parce que constituant un des stades menant à la médiation documentaire aboutie. En étant coupé de son lieu d’exercice, de ses collègues et des collections à valoriser, comment accomplir cette tâche de la chaîne documentaire et rester dans ce que l’anglo-saxon dénomme « Business continuity » ? Cette continuité d’activité, dont la planification doit être une exigence pour tout groupe organisé, afin de fonctionner en cas de désastre ou de crise majeure comme celle du CoViD-19.

Il est fantastique, via un plan de continuité d’activité, de pouvoir servir nos usagers en documentation voulue et même par anticipation spontanée, ce qui est un moindre souci pour les professionnels que nous sommes, vu la foison d’outils à notre disposition et les ressources documentaires infinies qui sont le lot de notre monde atteint d’infobésité. Il est tout aussi important que cette continuité d’activité concernât le traitement matériel et intellectuel qui est la cheville ouvrière de nos processus documentaires. Le risque en cas de manquement de ce côté, serait de troubler les acteurs de cette fonction de traitement dans nos officines documentaires, qui pourraient légitimement se poser des questions quelque peu angoissantes sur leur utilité et leur productivité en cette période. Mon but est d’apaiser cette potentielle anxiété en démontrant qu’il est bien possible par exemple, de cataloguer et d’indexer de partout et à n’importe quelle heure, en utilisant les moyens technologiques disponibles en mode gratuit ou payant. Le concept de bibliothèque virtuelle, hors-les-murs, prend encore mieux son sens dans la réalisation de tâches classiquement remplies entre les quatre murs d’une bibliothèque, comme le catalogage qui se mue ainsi en télécatalogage.

Quelques prérequis

  • Un bon système intégré de gestion de bibliothèque, ou logiciel de bibliothèque numérique en version Web. Exit la version client/serveur qui limite le nombre d’accès simultanés avec le système de licences d’utilisation payantes, et est souvent assujettie à la connectivité qui peut être défaillante surtout dans des environnements non bien équipés en ce sens.
  • Des documents sous format numérique, accessibles via un serveur (y compris Cloud) ou disponibles sur un disque de stockage portatif. Ces documents peuvent être de tout type (texte, audiovisuels, etc.), pourvu qu’ils soient électroniquement consultables.
  • Un certain nombre d’outils bibliographiquement dédiés, de préférence gratuits ou acquis à titre onéreux si les moyens de la bibliothèque le permettent.

Simulation illustrée dans une bibliothèque disposant d’une collection de quelques milliers de documents numérisés.

Cette bibliothèque en mode confinement de ses agents, a inscrit dans son plan de continuité d’activité, la poursuite de l’opération de description bibliographique de cette collection électronique via son logiciel de bibliothèque numérique. Quelques étapes de pareille opération sont décrites ci-dessous :

  1. Le dispatching des documents aux catalogueurs via des plateformes de partage de documents. Il y en a à foison à l’image du Drive de Google, mais pour un souci professionnel, MicrosoftTeams (ci-dessous pour l’exemple qui nous concerne) fera bien l’affaire.
  2. La création de la notice après réception par le catalogueur se trouve facilitée généralement par l’existence de notices déjà toutes faites concernant un document. Même pour les documents pour lesquels cela est moins évident, une recherche dans le catalogue de la bibliothèque du Congrès réserve très souvent d’agréables surprises, à l’exemple d’un document de planification d’un pays africain datant des années 80-90.
      • Dans l’impossibilité d’acheter ladite notice auprès de cette prestigieuse bibliothèque, le jeu du copier-coller des données de champs en MARC 21 demeure une alternative précieuse, tant elle permet la description elle-même et garantit en même temps la qualité des données copiées.
  3. A la suite de la description pure, arrive le moment d’enrichir celle-ci par des données de l’indexation, liée au choix interne fait à ce niveau et qui fait la part belle au thésaurus du système d’information bibliographique des Nations Unies (UNBIS), combinant indices systématique et analytique (descripteurs) qui sont utilisés pour remplir respectivement les champs 072 et 653 du format MARC 21.

  1. Cette indexation systématique ou classification est aussi enrichie par le biais de la classification décimale universelle (zone 080 du MARC21), dont la base de données est cependant payante (identifiant et mot de passe requis). On peut toutefois profiter de la période d’essai pour découvrir cet outil somme toute formidable.

Une plateforme qui permet de construire des indices tout faits. Il est loin le temps où il fallait créer les indices CDU manuellement à l’aide de la table entière en format papier, ceci après avoir passé beaucoup de temps à s’arracher les cheveux au cours de la formation initiale en indexation 😊.

L’aspect payant pour ce générateur d’indice de classification, ou pour l’acquisition de notices descriptives en MARC via le service payant de de la bibliothèque du Congrès, attestent du modèle économique que peut produire le catalogage. Cela ne doit pas être pris uniquement comme un pis-aller, mais comme une opportunité pour tous ceux qui ont des fonds documentaires de littérature grise (écrits académiques, rapports techniques, etc.) en grande quantité et qui peuvent aussi mettre en place des dispositifs payants de fourniture de notices issus de ces fonds particuliers, voire uniques. Un clin d’œil à tous les collègues d’Afrique qui disposent à foison de ce type de collections et qui ont une tendance assez inquiétante à reléguer la description bibliographique au second plan. Le catalogage peut générer des revenus 😊.

  1. A cette indexation systématique, est associée des éléments de cotation faisant appel à la table Cutter-Sanborn qui permet de trouver des indices d’auteur d’ouvrages et ainsi différencier les auteurs homonymes dans un système de classement (rangement).

Générateur d’indice auteur, (exemple NIGER : N685)

Une fois tous ces outils utilisés à bon escient, il ne restera plus avant validation, qu’à relire la notice pour éviter les fautes d’orthographe et les erreurs d’ordre normatif. En mode OPAC (catalogue accessible en ligne), les notices doivent être parfaites, surtout qu’elles sont susceptibles d’être moissonnées ou copiées par d’autres collègues, y compris ceux qui sont locuteurs d’une langue autre que celle de leur conception originelle (les notices).

  1. En complément de cette simulation, on peut partager une autre activité de télétravail liée cette fois-ci à la fourniture d’accès à des ressources via un moteur de recherche. Pour appuyer des programmes d’enseignement en ligne et d’animations (exemple des Webinaires), la bibliothèque citée en exemple, génère des résultats de recherche issus de requêtes de recherche prédéfinies sur un ou des thèmes spécifiques de ces programmes. Le lien vers ces pages de résultats est partagé au niveau des forums et autres chats de ces dispositifs d’interaction, assurant à la bibliothèque une plus-value de visibilité par une présence active même avec la distanciation. Toutefois, il arrive souvent que ces liens soient très longs, en fonction notamment de l’affinage des résultats par le filtrage des termes de recherche. L’astuce à ce niveau est d’utiliser un réducteur d’URL ou raccourcisseur de lien.

Outil BIT.LY

Bit.Ly offre plusieurs fonctionnalités : notamment la possibilité de tagguer chaque lien, des statistiques de clics sur le lien raccourci, et la provenance géographique de ceux ou celles qui l’ont ouvert.

Le plan de continuité d’activité dans une bibliothèque ne doit pas seulement concerner le service aux usagers, quand bien même ces derniers sont le but de la médiation. Il faut y inclure toutes les autres activités, surtout celles liées au traitement des collections numériques. Cela implique une posture résolument tournée vers l’appropriation des technologies du Web, et l’acquisition de documents convertibles en numérique y compris des productions audiovisuelles qui, au demeurant, sont très pertinentes dans un contexte de communautés non alphabétisées qu’il faut servir. Un télétravail bibliothéconomique sur ces produits documentaires est aussi envisageable, d’autant plus qu’ils sont aussi partageables via des applications de messagerie et partage de documents, qui ont fini de se démocratiser avec l’aide du smartphone. Un bon compte professionnel WhatsApp pour la bibliothèque permet de faire de la diffusion sélective de l’information (DSI) à des groupes d’usagers bien profilés (centres d’intérêt, et niveau de littératie y compris numérique). A ce niveau une question légitime peut se poser, à savoir le manque de commodité lié à l’utilisation d’un téléphone mobile pour assurer ce service de DSI. Là pas de souci, on peut  télécharger la version Desktop de WhatsApp à installer sur son ordinateur, où utiliser l’application directement sur son navigateur Web, il suffit juste après de synchroniser cela avec l’application installée sur son mobile par le biais d’un QR code à scanner. Cela offre plus d’ergonomie pour le partage des fichiers préalablement stockés sur disque interne ou externe, tout en permettant la communication par messagerie instantanée.

N° 93 – Service documentaire en temps de guerre sanitaire

Cette entame de 3ème décade du XXIe siècle est partie pour être celle qui va révolutionner nos humaines manières de penser, d’agir et de sentir. Ces termes empruntés au fondateur de la méthode sociologique qu’est Emile Durkheim, pour caractériser le fait social qui nous est extérieur et s’impose à nous de manière coercitive, donnant ainsi un sens à notre état de grégarité. Cette tendance instinctive qui nous pousse en tant qu’individu à nous rassembler et à adopter un même comportement, se voit mis à très rude épreuve par les affres d’un microorganisme infectieux, qui nous impose un confinement entre quatre murs et nous expose à une reconsidération de bien de nos certitudes sociétales y compris professionnelles.

En effet la posture professionnelle, sans doute la mieux partagée globalement en ces moments de grande tribulation, est le télétravail qui implique un changement d’attitudes, surtout pour des secteurs d’activité nécessitant un foisonnement d’interactions sociales. Les espaces bibliothéconomiques et documentaires sont concernés au plus haut point, tant ils sont des traits d’union entre le triptyque données-informations-connaissances et ses utilisateurs-consommateurs qui traditionnellement, doivent aller se servir physiquement dans ces officines d’entreposage, de façonnage et de service de denrées nécessaires aux œuvres de l’esprit.

Le confinement empêche cette mécanique d’interaction humaine et mieux encore, coupe le tenant de l’officine documentaire de ses produits de nature physique, qui deviennent des collections orphelines du protecteur et « valorisateur » qu’il est pour elles.

A quoi devrait ressembler une activité de télétravail pour un professionnel des SID et avec quels outils ?

Répondre à cette question nécessite de revenir à quelques concepts apparus dans notre champ disciplinaire au cours de la décennie 90, avec des évolutions au cours des décennies suivantes et qui trouvent toute leur pertinence devant la situation de CoViD-19 actuelle. Une sorte de retour vers le futur !!!

De la  bibliothèque virtuelle (ou centre de documentation virtuel)

Elle est comprise ici comme bibliothèque «sans murs» dont la collection et les services sont mis en réseau et partagés avec les usagers et avec d’autres services (Tellier, 1997). Collections et services virtualisés, devenus conduites professionnelles endémiques, mais qu’il faut raviver et renforcer par l’innovation, étant donné l’exclusivisme qui caractérise la nature conjoncturelle de notre offre professionnelle causée par le CoViD-19. Le traitement des collections et les services au public doivent plus que jamais être intégrés, parce que l’un n’allant pas sans l’autre. Un dispositif de question-réponses, outre le but premier de fournir des informations à l’usager, doit aussi jouer le rôle d’interface pour la demande et la fourniture de documents sous format numérique. Un guichet unique à plusieurs entrées possibles, mais toujours avec point d’orgue, un grand portail documentaire central proposant un accès rapide et efficace à l’information et à des ressources internes comme externes. Rien de nouveau sous les lambris de nos centres de documentation serait-on tenté de dire. Certes oui, mais dans une situation de confinement, un portail devra avoir l’ambition d’aller au-delà d’une routine ronronnante et embrasser de façon holistique tous les états de la vie documentaire (l’existant et l’à concevoir) et éviter à tout prix à l’utilisateur de sentir un vide naît de sa privation d’espace de consultation physique. Il s’agira de substituer au vécu physique un vécu virtuel, non frustrant et tout aussi satisfaisant. Cela s’accompagnera d’une synergie d’actions et d’activités entre professionnels qui doivent aussi se sentir comme au bureau, avec des interactions aussi fluides que possibles. Développer des conditions de travail collaboratif avec un système de communication interpersonnelle efficace.

Des outils

Et si l’on ramenait au goût du jour les réalités de la Bibliothèque 2.0, qui selon moi, siéent à merveille à la situation ambiante ?

Un service documentaire adossé au Web collaboratif et interactif, où l’utilisateur outre créateur de contenu, s’autonomise dans son parcours d’acquisition d’information et de connaissances, mais aidé en cela par le professionnel en amont qui met à sa disposition les commodités pour se sentir à l’aise dans son obligation de vécu virtuel documentaire.

Enrichir ou raviver le portail documentaire de fonctionnalités 2.0

  • Le bon vieux Push incarné notamment par la syndication de contenus (flux ou fils RSS) dont il y a douze ans, jour pour jour, le sujet était exposé sur ce site. J’y partageais déjà le service HUBMED qui permet dorénavant de trouver des ressources documentaires médicales sur le Web, y compris sur la twittosphère. En guise d’exemple, une recherche sur ‘CoViD-19’ renvoie à un millier de références majoritairement composés d’articles en texte intégral, mais aussi de tweets de date de publication très récente (mars-avril 2020).
  • Les comptes sociaux corporatistes, qui ne semblent plus avoir la cote, sur Facebook, Instagram, Twitter, etc., doivent retrouver une pertinence, vu la possibilité d’interaction qu’ils offrent avec les utilisateurs qui sont restés généralement fidèles à ces applications.
  • Les sites de partage de signets qui ont survécu comme Diigo, dont les fonctionnalités de taxonomie et d’annotation offrent une formidable opportunité à centre de documentation de fournir des ressources Web thématiquement organisés.
  • Les réalités virtuelles ou métavers orientés bibliothèque et documentation, à l’exemple de Community Library Island dans Second Life. Un sujet traité dans ce blog il y a bien longtemps et dont le billet peut se lire ou relire ici.
  • Les plateformes de veille et curation qui, selon leur objet spécifique servent à rassembler, évaluer, analyser, indexer, contextualiser, partager des contenus susceptibles d’intéresser nos utilisateurs. Plusieurs éléments d’information sur ces dispositifs sont disponibles ici.

Des postures favorisant l’ouverture et le libre accès

Le confinement est l’occasion de faire de la science ouverte, dans le domaine de la santé cela va sans dire, mais aussi dans tous les champs d’action de la documentation et de tout type, avec des programmes bien définis.

  • Ouvrir les ressources en ligne souscrites par les bibliothèques académiques et de recherche, y compris celles scolaires, comme les ressources éducatives libres.
  • Gérer le savoir et les connaissances sur à la maladie : sélection, traitement et mise à disposition de toutes les productions documentaires issues de l’actualité du Virus (données, documents, témoignages, statistiques, etc.) à l’exemple des ressources Myloft gratuites sur le Covid-19, où encore Google Scholar avec une agrégation de ressources sur le COVID en français émanant de douze (12) grands éditeurs et revues scientifiques.
  • Mettre à contribution les mass media pour la diffusion de ressources éducatives télévisuelles, voire radiophoniques (formelles et informelles), dans une perspective de bibliothéconomie et de documentation communautaire, en privilégiant le partage d’information et de savoir via des canaux adéquats pour atteindre notamment les publics spéciaux (handicapés sensoriels, analphabètes, illettrés, etc.)
  • Mettre à contribution les applications mobiles tels que WhatsApp pour diffuser de l’information, partager des documents, démolir des fakes news, etc.

De l’animation à maintenir

Ce secteur d’activités en bibliothèque est sans doute le plus impacté par le confinement, vu qu’il nécessite un contact de proximité plus marqué avec les clients. Plus difficile à faire aussi, vu la complexité du schéma organisationnel à concevoir et mettre en œuvre. En effet dans un contexte classique d’animation, il arrive très souvent que certaines manifestations ne rencontrent pas le succès espéré, à cause notamment d’un défaut de médiation. Il faudrait donc redoubler d’efforts dans l’élaboration d’un plan de communication efficace utilisant forcément, voire exclusivement, les canaux numériques (mobile, Internet, Web social). L’animation comme lien social à maintenir en tant que composante essentielle de l’écosystème documentaire.

  • formation à distance des utilisateurs sur plein d’aspects les capacitant en fonction de leur identité socioprofessionnelle. Les tutoriels y auront la part-belle, surtout en mode vidéographique (Screencast) accompagné d’une narration audio. Quelques outils peuvent faire l’affaire comme Screencast Capture Lite, ou cette autre compilation de logiciels.
  • conférences : terme générique pour désigner toutes les manifestations conversationnelles avec confrontations d’opinions, discussions sur des questions d’importance, etc.. Elles se déclineront sous forme de Webinaire, outil intéressant pour son caractère interactif offert et les fonctionnalités collaboratives utilisables en interne (réunions de groupe pour personnel en situation de télétravail). Voire quelques disponibilités ici
  • Expositions virtuelles, comme vitrine pour le service d’information documentaire lui-même, ou pour toute autre personne physique ou morale désireuse de diffuser, vulgariser des œuvres. Les outils ne manquent pas là non plus.

La situation vécue, par son caractère exceptionnel, implique donc de nous mettre dans une posture opportuniste. Accepter l’état de fait non pas comme un fatalisme, mais une situation opportune et faite d’opportunités, notamment pour affirmer une position médiationnelle pourvoyeuse de plus-value, grâce à la contribution à l’effort de guerre sanitaire en cours. C’est l’occasion d’élaborer de riches dossiers documentaires sur le CoViD-19, d’assurer une mission d’orientation et de relayage de  l’information en temps réel, comme le dispositif d’information sur la pandémie due au CoViD-19 de l’Université John Hopkins de Baltimore aux USA, de construire des barrières contre la prolifération des infox (fake news) qui sont également dangereux pour nos publics, etc..

Réinventer la bibliothèque en temps de crise avec prise en compte du risque accru de désintermédiation, qui donnerait les pleins pouvoirs à l’utilisateur dans le processus d’accès et de gestion de l’information, sans avoir besoin de passer par nous autres spécialistes. Mettre à profit ces impératifs imposés par le coronavirus, pour instaurer ou booster des programmes de médiation numérique intra et extramuros, avec le Leitmotiv d’être constamment en interaction avec son public à distance, et cela via un lien documentaire indéfectible.

Ci-dessous une contribution personnelle à l’effort de guerre consistant en un petit tutoriel sur l’export de données entre Google Scholar et Zotero par le biais du format BibTex.

Enfin, pour encore appuyer l’adoption et l’adaptation des fonctionnalités du Web à notre pratique documentaire confinée, je remets au goût de l’heure mon concept de Webibliothéconomie exposé il y a quelques années.

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N° 91 – Conservation numérique

Le 29 novembre 2018 a marqué la Journée mondiale de la conservation numérique 2018 (WDPD2018) et cela constitue une occasion de se soumettre à un exercice d’idéation en ce sens, tant les enjeux du numérique sont plus que cruciaux. En effet les matériaux et ressources numériques restent un produit de base pour les secteurs économiques, sociaux, gouvernementaux, académiques, médicaux, etc. Les industries créatives, le patrimoine culturel et les médias dépendent d’un accès fiable aux documents numériques, tandis que d’un point de vue plus restreint, les relations familiales et amicales s’étendent et se maintiennent par le biais d’interactions numériques. Les opportunités créées par ces matériaux numériques reposent dans le long terme, sur le travail de la communauté qui s’investit dans la conservation numérique.

Chaque jour, se créent, s’utilisent et se conservent des données numériques et ce processus est désormais tenu pour acquis, mais cela ne doit pas nous empêcher de rappeler la réflexion sur le tout le travail nécessaire à perpétuer, pour rendre les données disponibles et profiter des opportunités qui découlent de cette disponibilité.

D’un point de vue d’africain, l’enjeu est encore plus important pour des raisons objectives qu’il n’est pas utile de rappeler ici en détail, mais qui sont liées à la situation de « faiblesse économique » générale des pays d’Afrique. Je partage ci-dessous un extrait portant sur la préservation en contexte africain tiré de mon chapitre dans l’ouvrage collectif produit dans le cadre de la commémoration des 25 ans des « Classiques des Sciences sociales ».

Une des finalités [de la numérisation] est donc de conserver une ressource numérique en guise de mémoire pour les générations futures. Il s’agit tout d’abord d’une préservation du support numérique qui est généralement un fichier informatique et donc, par ricochet, de son contenu qui est l’information fixée sur ce fichier. Il peunt s’agir aussi de préserver l’accès au contenu quand il s’agit d’un fichier informatique disponible en ligne. Dans ce cas précis, il faut veiller à ce que le chemin qui mène au fichier soit toujours ouvert, ce qui implique que la ressource soit sur un serveur en bon état et que le protocole utilisé pour y accéder soit correct. Ces deux dimensions de la préservation sont capitales, étant entendu qu’elles ont un seul effet commun qui est de permettre à ces ressources d’être vues, consultées, exploitées, quelles que soient les temporalités qui entrent en jeu. En effet, pour qu’il y ait démocratisation de l’accès à l’information et aux connaissances en Afrique, il faut que les contenus soient sauvegardés et surtout accessibles de manière pérenne.
C’est le lieu de revoir sans doute les rôles et missions des établissements nationaux à caractère patrimonial que sont les archives, bibliothèques et musées nationaux africains qui, pour la plupart, n’ont pas fait de mue significative dans l’appropriation de la réalité numérique. Il leur faut mettre en place des dispositifs de transposition des caractères du dépôt légal analogique aux documents numérisés et d’archivage de ces derniers, en veillant au respect de leur intégrité, authenticité et disponibilité et en les gardant intelligibles et exploitables sans limitation de durée (Archives nationales de France 2018). Cela permettra de remplir cet objectif de préservation pour le long terme, qui participe de la fabrique continue des identités nationales prises séparément et d’une identité africaine dépassant ces clivages de type national.
Dans une perspective privée, il est à envisager pour les structures concernées de mettre en place des systèmes d’archivage électronique et plus précisément des coffres-forts numériques, pour préserver ces ressources et l’accès aux informations sensibles qu’elles peuvent renfermer.
(…) La numérisation du patrimoine africain [et sa conservation] est à inscrire dans une volonté d’inventer et de construire des horizons collectifs pour des millions d’Africains. Ceux-ci sont actuellement grandement spoliés d’un référentiel historique indispensable à leur projection dans un futur, qui est espéré meilleur que leur présent. Le continent [africain] est à la croisée des chemins entre la maturité de ses États, indépendants depuis une soixantaine d’années, et une ère numérique à investir, du moment que ces États n’ont pas été contemporains de l’ère industrielle qui a accéléré le développement des pays dits du Centre. L’enjeu est aussi là : prendre l’ère numérique comme une ère d’opportunité, d’autant plus qu’elle cadre bien avec le substrat culturel africain fortement ancré dans la nature. En effet, le numérique induit une autre forme de croissance économique, non basée sur la transformation agressive des matières premières qui est le lot de l’industrialisation classique, mais fondée sur la connaissance démocratisée et étendue de l’écosystème naturel et la manière de l’utiliser à des fins avantageuses tout en le préservant. Une posture adoptée depuis longtemps et depuis toujours par l’Homo africanus dans sa diversité ethnogéographique.

L’idée majeure est de numériser nos processus macro-sociaux, qu’ils soient hérités ou construits et de les conserver avec une idée sous-jacente d’emprunt aux générations futures qui se chargeront de les pérenniser en les améliorant. L’ensemble du chapitre est disponible en suivant ce lien.

N° 88 – Librarika est aussi dans le Cloud

librarika_logo Nous restons dans le même sillage que le post précédent, c’est-à-dire le domaine des SIGB en ligne. Je présente cette fois-ci un autre logiciel dénommé Librarika qui, à l’image de WaterBear, est aussi un système intégré de gestion de bibliothèque disponible dans le Cloud et qui offre quasiment les mêmes fonctionnalités.

Librarika peut être utilisé par tous les types de bibliothèques : bibliothèques universitaires, scolaires, publiques ou privées (familiale, personnelle, etc.). Le souci de la simplicité et de la convivialité dans la gestion de l’application en mode administrateur (backend) est vraiment pris en compte par les développeurs, ce qui rend ladite gestion accessible à tous indépendamment d’une qualification bibliothéconomique poussée. Il en est de même de la partie utilisateur en référence à l’OPAC intégré au produit. Un OPAC pouvant être fédérateur si l’utilisation de Librarika est faite dans le cadre d’un réseau de bibliothèques même géographiquement dispersées. Les utilisateurs peuvent être inscrits sans limite de nombre et leur gestion se fait de façon intuitive alliant intelligence et facilité.

Côté coûts, Librarika est certes gratuit mais seulement pour une collection de moins de dix mille (10.000) notices. Au-delà de ce chiffre, des frais sont requis en fonction de fourchettes quantitatives de notices supplémentaires voulues et aussi en cas de projet de gestion bibliothéconomique d’Ebooks. C’est un outil parfait donc pour les petites et moyennes bibliothèques pas très riches et qui ne disposent pas de collections gargantuesques.

Librarika donne la possibilité d’établir divers types de rapports de l’activité quotidienne de la bibliothèque : mouvement des documents, statistiques concernant les utilisateurs etc.. ces derniers une fois inscrits peuvent accéder aux informations les concernant, recevoir des notifications et alertes entre autres..

Enfin durant le processus de création des notices et de traitement des données en mode « Smart », certains éléments provenant d’autres sources sont intégrées automatiquement, notamment des métadonnées descriptives, des vignettes de livres tirées du projet Open Library, grâce à son API des photos de couverture des ouvrages qui y sont catalogués, etc..

Pour créer sa bibliothèque il faut d’abord s’’inscrire en remplissant au moins 8 des champs proposés et allant du nom de la bibliothèque au numéro de téléphone personnel ou institutionnel, en passant par une description de l’objet de la bibliothèque etc. Ensuite il vous sera envoyé un email de validation de l’inscription pour activer la création de la bibliothèque et commencer à saisir les données. Le mail de validation comprend un Identifiant (adresse email) et mot de passe temporaire à changer une fois la connexion faite (Onglet : SETTINGS). A ce niveau j’ai eu des problèmes de connexion avec Internet Explorer mais en utilisant Firefox ça a marché. Toutefois je n’ai pas testé la connexion avec les autres navigateurs que sont : Chrome, Safari ou Opera. Une fois que la connexion établie l’écran d’accueil s’affiche avec toutes les fonctionnalités proposées par le logiciel et qui sont presque communs à tous les SIGB :

librarika_home_admin

Le catalogage se fait de deux manières, soit par une « Saisie intelligente ou Smart Add » ou par saisie manuelle. Pour la saisie intelligente elle se fait en recourant à l’ISBN de l’ouvrage. Cependant concernant ce type de saisie, il sera toujours requis un enrichissement manuel des notices pour les métadonnées qui ne pourront pas être automatiquement aspirées d’autres sources. Au contraire de WaterBear, il n’est pas proposé de champs de saisie en MARC (Unimarc). Ceci, du point de vue du bibliothécaire, peut être une faiblesse, mais du point de vue du profane qui veut créer et mettre en ligne sa bibliothèque, cela peut être pertinent d’avoir des masques de saisie où les champs sont libellés en langage naturel fut-il de… l’anglais, car c’est là aussi une particularité de Librarika qui est exclusivement en Anglais.

librarika_catalogage

A titre d’illustration, j’ai utilisé la bibliothèque-test spécialisée dans l’écologie et l’environnement que j’ai dénommée « bibliothèque verte » accessible ici. Imaginons toutes les possibilités offertes par ce type de SIGB, déjà en partageant l’adresse URL de son OPAC, on donne à des utilisateurs l’accès à un catalogue bien fait de ressources générales ou spécialisées en fonction de leurs centres d’intérêt. C’est déjà possible avec les sites de partage de livres en ligne (LibraryThing, Babelio,…) ou même les OPAC des SIGB « hors-cloud », sauf que pour les exemples de WaterBear et Librarika, il n’y a rien à installer, l’OPAC est en ligne…et on peut gérer des utilisateurs en même temps qu’un système de prêt de documents avec toutes ses spécificités. Il faudrait juste que les propriétaires garantissent une pérennisation de leur plateforme, mais cela est une toute autre histoire. librarika_logo1

N° 87 – Waterbear : un SIGB libre dans le Cloud

logoCe logiciel est sûrement fait pour tous les gestionnaires ou responsables de bibliothèque ou centre documentation souhaitant  l’informatiser mais ne disposant pas des ressources aussi bien financières que matérielles (équipements informatiques) pour y parvenir. Il est vrai que depuis une dizaine d’années les Systèmes Intégrés de Gestion de Bibliothèque (SIGB) libres ont fini de s’imposer et d’être accessibles pour le plus grand bonheur des actifs de la profession, mais certains en sont encore à la gestion analogique de leur fonds documentaire, nonobstant la possibilité offerte à eux d’investir dans le Libre. En effet il n’est pas toujours donné à tout le monde de disposer d’un serveur et de le mettre en ligne avec toutes les exigences de gestion requises notamment en ce qui concerne la maintenance, la sécurité de l’application et des données, entre autres.

Waterbear vient à la rescousse en se posant comme alternative notable qui peut faire le bonheur de n’importe quel bibliothécaire et documentaliste disposant un appareil informatique (PC, Tablette, Laptop,…) connecté à Internet. Un investissement minimum à la portée de toute structure quelle que soit sa taille et son portefeuille budgétaire.

Le principe est tout simple : le logiciel qui remplit suffisamment les fonctions d’un SIGB classique est totalement libre, gratuit et…accessible en ligne. Cela veut dire qu’il suffit d’un ordinateur connecté au Web pour s’inscrire et disposer en quelques minutes d’un logiciel de bibliothèque proposant toutes les fonctionnalités dont on a besoin : catalogage, prêt, retours, réservations, import/export unimarc, gestion des revues (périodiques), acquisitions, statistiques, etc.. Selon moi cela constitue une autre évolution, en termes de valeur ajoutée, des logiciels libres et gratuits de bibliothèque. Il n’y a rien à télécharger, rien à installer… tout se passe en ligne. Il n’y a pas non plus besoin de gérer des sauvegardes et des mises à jour.

Au premier contact on peut être pessimiste à la lecture de toutes ces affirmations, mais une fois franchi le seuil de l’inscription, étape préalable et facile à gérer, on mesure à sa juste valeur tout ce que promet le logiciel en terme de simplicité dans la pratique des opérations bibliothéconomiques courantes (catalogage, gestion des prêts, acquisitions, etc.). Par exemple pour le catalogage, il se fait en UNIMARC avec des masques de saisie libellés et combinant les numéros de zones et leur équivalent dans le langage humain, pas besoin donc de maîtriser à priori la nomenclature chiffrée d’UNIMARC qui s’acquièrera forcément au fur et à mesure que le catalogage se fera (très pratique pour apprendre et se familiariser avec le MARC universel).

catalogage

Cerise sur ce gâteau documentaire : la possibilité offerte gratuitement d’avoir un OPAC (interface utilisateur) pour sa bibliothèque créée avec Waterbear.

Imaginons quels avantages peuvent en tirer toutes les bibliothèques pauvres en ressources comme il y en a en nombre sous nos tropiques. Elles peuvent adopter l’outil pour gérer et rendre visibles leurs ressources documentaires. Même si la conception du logiciel s’inspire de l’environnement de la France, il est parfaitement adaptable au contexte sénégalais, voire africain. La preuve j’y ai créé ma propre bibliothèque (virtuelle 🙂 ) en guise de test et dans l’optique d’en partager les subtilités par ce canal-ci et une présentation à venir avec pas mal de printscreens.En attendant il est possible d’en savoir un peu plus sur Waterbear grâce à la documentation sous forme de vidéos explicatives.

Alors, pour tous ceux que ça intéresse, tous ceux qui sont déçus par l’anonymat de leur œuvre professionnelle au quotidien, ceux qui sont angoissés par les processus d’installation des SIGB classiques, etc., découvrez Waterbear et forgez-vous un une armure de « bibliothécaire-documentaliste dans les nuages » qui fait pleuvoir un peu plus de connaissances sur Terre surtout d’Afrique.

N° 84 – Les catalogues de données

Je poursuis mon parcours dans l’univers des données après le billet précédent portant sur une revue listée et catégorisée des sources de données disponibles sur le Web. Parmi celle-ci, il était fait état de sources à caractère national, donc de données produites au niveau des pays, notamment africains. Une investigation accrue dans ce sens, doublée d’un désir de satisfaire une curiosité professionnelle, m’a amené à m’intéresser à la manière dont les données «africaines» pouvaient être décrites et accessibles, selon un procédé identique  à celui des documents présents dans les catalogues classiques des bibliothèques. J’ai ainsi pu dénicher quelques très belles perles, dont le catalogue des données de l’ANSD (Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie) du Sénégal. Il est produit dans le cadre du programme d’archivage national des données du Sénégal (ANADS) géré par l’ANSD elle-même.
L’archivage des données, arrimé à Internet, fait surtout référence au concept de microdonnée. Ces microdonnées, qui sont des ressources importantes pour les gouvernements, les institutions nationales et les chercheurs du monde académique, surtout ceux en sciences sociales, sont le plus souvent issues d’enquêtes et de recensements. Elles représentent des ressources indispensables et doivent être gérées de façon à encourager leur utilisation et réutilisation. La politique nationale d’archivage des données se décline généralement en 06 activités qui vont de l’acquisition des données à leur dissémination en passant par la conservation, la documentation, le catalogage et l’anonymisation. Parmi celles-ci se trouve une activité essentielle qui est celle de la documentation, qui permet la réexploitation des données d’enquête et donc de nouveaux traitements statistiques. En effet ceux-ci ne sont possibles que si les producteurs d’enquêtes fournissent tous les documents qu’ils ont élaborés durant leur activité de collecte de données (conception d’échantillon, méthodologies, questionnaires, dictionnaires de variables, nomenclatures, etc.). Les Archives de données ont donc élaboré des techniques adaptées pour donner accès à l’information sur les données disponibles, afin de faciliter l’accès aux données elles-mêmes, respectant ainsi les spécifications définies par l’Initiative de Documentation des Données (DDI en anglais) et même celles des métadonnées du Dublin Core.
DDI est un standard technique de documentation basé sur le format XML qui permet de décrire des enquêtes et sondages en sciences humaines et sociales allant de la description du projet à la description détaillée de chaque variable. Pour ce faire, il a été élaboré un dictionnaire de balises de la norme DDI en anglais, traduit également en français.

L’activité de catalogage des données proprement dite, suit des procédures établies pour que les utilisateurs puissent identifier et accéder facilement aux informations recherchées. Ces informations mises à jour continuellement sont relatives au titre, au contenu, au contexte géographique, à l’opportunité, à la disponibilité et l’accessibilité de chaque ressource. Cet accès s’appuie sur un travail d’indexation et la mise à disposition d’un moteur de recherche interne.

De prime abord, tout cela peut paraître confus et peut susciter certaines interrogations légitimes, comme, par exemple, la manière de mise en œuvre pratique. Cependant, en découvrant le catalogue de l’ANSD du Sénégal, j’ai pu vérifier la faisabilité de tout cela en parcourant différentes notices figurant dans ledit catalogue. En poussant mes investigations j’ai pu découvrir que les activités de documentation, de catalogage, de dissémination, entre autres, sont effectivement possibles en grâce à un logiciel Libre dénommé NADA.
NADA qui en est à sa version 4.2, requérant au minimum une version PHP 5.3 ou supérieure et MySQL 5.3 ou supérieure pour une installation sans couacs, est une application Web de catalogage de microdonnées servant de portail aux chercheurs pour parcourir, rechercher, comparer et télécharger des données de recensement pertinents ou des résultats d’enquête. Il a été développé à l’origine pour soutenir la création d’Archives nationales de données d’enquête. L’application est utilisée par un nombre varié et croissant d’organisations nationales, régionales et internationales. D’ailleurs à part le Sénégal d’autres pays africains comme l’Ethiopie et l’Ouganda, par le biais de leur bureau statistique national, ont élaboré des catalogues utilisant ce logiciel. Pour en savoir plus sur son fonctionnement, ses composantes techniques, son téléchargement mais aussi découvrir d’autres outils comme l’éditeur de métadonnées en DDI, vous pouvez toujours visiter le site dédié à NADA.

Avec ce modeste exposé j’espère que vous en savez un peu plus sur ce que pourrait être un DATA LIBRARIAN.

N° 83 – Un petit pas dans l’univers des données

Le principe de l’Open Data énoncé il y a quelques années déjà, poursuit son processus d’assimilation à l’échelle mondiale et beaucoup d’organisations internationales, de gouvernements nationaux et locaux, de compagnies privées, etc., ont mis à disposition publique les données qu’elles produisent, recueillent, maintiennent et utilisent dans le cadre de leurs activités. Ceci pour être en conformité avec cette philosophie qui veut que ces données soient disponibles pour accès et réutilisation par les citoyens et par les entreprises. Ces données qui ont fini d’être exponentiellement numériques, foisonnent dans les réseaux et autres entrepôts visibles ou « cachés » du Web, nécessitant tout un ensemble de procédés, de techniques et technologies, de normes, etc. pour les gérer en les rendant accessibles et donc utiles. Un impératif de gestion dont ne sauraient se départir les professionnels de l’info-doc, ne serait-ce que par leur activité de médiation entre ces données et les utilisateurs finaux. Ce billet se propose d’être un petit exemple de ce qu’est ce rôle, en fournissant un petit panorama de sources de données disponibles sur le Web. Des sources non exhaustives loin s’en faut, mais qui donnent une idée sur l’ampleur des données actuellement disponibles et qui doivent faire le bonheur de tout analyste engagé ou non dans une activité de recherche ou de production intellectuelle. Cette compilation pour les apprenants et chercheurs de notre institution, surtout ceux qui participent au cours sur l’analyse des données, est une contribution à notre politique interne de maîtrise de l’information (Information Literacy), dont la « maîtrise des données » (Data Literacy) et la « maîtrise statistique » (Statistical Literacy) sont des composantes importantes.

La liste est subdivisée en quatre catégories comprenant ce que j’appelle :

Les Concentrateurs de sources de données, identifiés comme étant des sites fédérant des données issues de diverses sources,

Les Sources de données d’organismes internationaux, grands producteurs de données couvrant tous les pays et toutes les disciplines

Les Sources de données gouvernementales et nationales, c’est-à-dire tout ce qui est produit et utilisé à l’échelle d’un pays par les organismes officiels publics. Il y a une cinquantaine de pays concernés, toutefois j’ai voulu juste m’intéresser aux quelques pays africains qui ont franchi le pas et rejoint le mouvement de l’Open Data.

Les Moteurs de recherche spécialisés, sans qui il serait très difficile de faire une recherche ciblant spécialement les données et se prémunir ainsi d’un « bruit » assourdissant si on utilisait les moteurs de recherche généralistes classiques

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Concentrateurs de données

DataMarket : Plusieurs données gratuites classées thématiquement

Infochimps : Robuste collection de jeux de données classés par catégorie. Cependant le processus de monétisation de leur Big data est en cours

Dataprovider : Exploration de millions de Pages Web et structuration des données brutes récoltées

DataHub : Plateforme gratuite de gestion de données de Open Knowledge Foundation. Des Milliers de jeux de données disponibles

Google Public Data Explorer : Collection de données publiques et leurs sources de Google

Freebase : Agrégateur de données de type communautaire où les membres partagent leurs données et visualisations, etc.

Data Publica: Catalogue français de données ouvertes qui propose en plus un lexique sur les données

Socrata : référentiel de différents types de jeux de données

Knoema: Fournit un atlas mondial de données exposant des profils statistiques et autres données par pays

Public Data Sets/Amazon Web Services : Amazon propose un petit nombre de jeux de données dû à leur taille plusieurs Gigabits et même Térabits

Index Mundi : Profils par pays très détaillés : Statistiques, graphiques, cartes, provenant de sources multiples

Sources de données d’organismes internationaux

Data Portal European Union : Hub de données ouvertes de l’Union Européenne

Eurostat Home : Agence Statistique de la Commission européenne

Open Data for Africa : Données fournies par la Division des statistiques de la Banque Africaine de Développement

Data and maps (EEA) : Données partagées par l’Agence Européenne pour l’environnement

UNdata : Hub de données ouvertes des Nations Unies

IMF Data and Statistics : Sources de données du FMI

Data World Bank : Données de la Banque mondiale

World Bank Projects Evaluations : Evaluation des projets financés par la Banque mondiale

OECD.Stat : Sources de Données de l’OCDE

ESPON Database Portal : Données de l’Observatoire en réseau de l’aménagement du territoire européen

MDG Indicators : Site des Nations Unies des indicateurs des OMD

Afristat : Observatoire Economique et Statistique d’Afrique Subsaharienne

ASTI : Données agricoles sur les pays en développement

WGI Project : Indicateurs sur la gouvernance mondiale (WGI) présente des indicateurs pour 215 économies sur la période 1996-2012 et sur 6 dimensions de la Gouvernance.

Sources de données gouvernementales et nationales

Un certain nombre de pays rendent publiquement accessibles leurs données gouvernementales, une trentaine identifiées dont 4 pays africains qui sont :

Ghana : Portail des Données ouvertes du Ghana

Kenya : Portail des données ouvertes du Kenya

Maroc : données publiques de l’administration marocaine :

Tunisie : Plateforme expérimentale d’ouverture des données publiques tunisiennes

Mais aussi les plages spéciales par pays dans la plateforme OpenData for Africa de la Banque africaine de développement, exemple de l’Afrique du Sud et du Projet de curation des données par pays pour toute l’Afrique.

Moteurs de recherche spécialisés

Quandl : Recherche sur plus de 3 millions de jeux de données financières, économiques et sociales

Zanran : moteur de Données numériques et Statistiques

Et ci-dessous une version sous forme de présentation téléchargeable.

N° 82 – Comparatif de logiciels de dépôts institutionnels

L’UNESCO vient de publier un guide de comparaison des cinq logiciels de dépôt institutionnels les plus couramment utilisés que sont : Digital InstitutionalRep_comparisonCommons, Dspace, Eprints, Fedora et Islandora. Ce guide est un des éléments de la stratégie d’Accès ouvert de l’organisation.

Depuis 2000, un certain nombre de plateformes dédiées aux dépôts institutionnels ont été développées, chacune avec son propre ensemble d’avantages et de caractéristiques techniques. Ce guide aidera sûrement les gestionnaires de projets de dépôts et les dirigeants d’institutions dans leur choix de logiciel à utiliser. De même, ce guide permet aux bibliothécaires d’être vraiment autonomes en termes de possibilités de comparaison des plateformes, en mettant l’accent sur ​​les caractéristiques essentielles qui permettront de répondre à leurs besoins et ainsi faire de leur dépôt des réussites en la matière.

Les catégories de comparaison.

Onze catégories comparatives ont été choisies pour aider les pilotes de projet de dépôt institutionnel dans leur choix, en leur permettant notamment d’identifier les caractéristiques les plus importantes dans l’élaboration d’un programme de dépôt institutionnel réussi au sein de leur établissement. Ces catégories sont :

  • l’infrastructure : où sont énumérées les caractéristiques fondamentales des plateformes. La section concernant l’infrastructure englobe l’installation, l’hébergement et les options de support à la clientèle.
  • la conception en mode utilisateur : il s’agit de l’interface lecteur qui reflète l’image de marque institutionnelle ainsi que la façon dont le lecteur interagit avec le dépôt. Les formats personnalisables, les pages mobiles optimisés doivent permettre de garantir une expérience de navigation optimale (HTML 5,..)
  • le contrôle et l’organisation de contenu : les bibliothécaires intéressés par la façon dont chaque plateforme prend en charge le contenu, les contrôles d’accès, et la structure du dépôt trouveront dans cette catégorie des informations pertinentes. (Outils de visualisation PDF, Galerie d’images, Licences Creative Commons, etc.)
  • la découverte de contenu : concerne les principales caractéristiques qui augmentent la visibilité du contenu du dépôt (recherche avancée, par facettes, navigation graphique, géolocalisation, PURL, indexation dans Google Scholar, etc.)
  • les outils de publication : les bibliothécaires et les rédacteurs en évaluant des options d’édition pourront découvrir et comparer des outils nécessaires à la publication, tels que la revue par les pairs, l’importation par lots, les options de métadonnées et les flux de travail rédactionnels. Ceci dans le but de publier un savoir de haute qualité directement dans le dépôt (par exemple, dans le cas de soumission volontaire d’articles ou autres travaux par des auteurs)
  • les rapports: fournir un feedback aux administrateurs rédacteurs, auteurs et parties prenantes est un aspect crucial dans la mesure du succès d’un programme de dépôt institutionnel. Cette catégorie décrit les rapports disponibles sur chaque plateforme (statistiques, Google analytics, etc.)
  • le multimédia : une caractéristique moderne du dépôt, la catégorie Multimédia compare la façon dont chaque plateforme gère les images, la vidéo et les services de streaming qui ajoutent une plus grande profondeur aux collections (vidéo, audio, diaporama, etc.)
  • les caractéristiques sociales et notifications : s’appuyant sur la possibilité de découvrir et l’optimisation des moteurs de recherche, les caractéristiques sociales du dépôt favorisent une approche moderne d’engagement des lecteurs en fournissant des outils pour suivre, partager et mettre en favori une ressource savante dans le dépôt (utilisation des médias sociaux, des flux RSS, etc.)
  • l’interopérabilité : s’appuyant sur l’initiative des archives ouvertes-protocole de moissonnage de métadonnées (OAI-PMH), tout dépôt se construit dans un but de diffusion. La catégorie interopérabilité examine comment chaque plateforme s’intègre avec les services de recherche, les profils de chercheurs et d’autres dépôts hébergés sur la même plateforme installée.
  • l’authentification : bien que la majorité du contenu d’un dépôt soit en accès libre, les identifiants de connexion institutionnels demeurent un aspect important dans la façon dont les lecteurs et les chercheurs accèdent à des contenus à travers les systèmes informatiques du  campus et le dépôt (annuaire LDAP, Shibboleth, etc.)
  • l’accessibilité : la capacité d’offrir l’accès à un plus grand nombre de lecteurs et chercheurs possibles, y compris surtout ceux qui ont des handicaps, est un élément fondamental du dépôt. (Conformité aux modèles VPAT, à l’article 508 et les normes du gouvernement américain en matière d’accessibilité)
  • la préservation : la capacité de pouvoir préserver à long terme des ressources savantes numériques pour les générations futures est une donnée fondamentale à prendre en compte. Pouvoir rendre des contenus disponibles dans le futur même si les formats changent, permettre leur émulation et leur migration d’un format à un autre si nécessaire. (Sauvegarde de contenu, Export XML, Conformité avec LOCKSS, etc.)

Bien que le guide soit en anglais sa lecture est aisée même si vous n’êtes pas érudit dans la langue de Shakespeare. La subdivision en catégories, elles-mêmes présentant les éléments de comparaison sous forme de tableaux, rend très facile la compréhension des données.

Le guide est accessible ici ou en cliquant sur l’image illustrative en haut à droite. Bonne lecture !

N° 80 – MyScienceWork, un réseau social pour la Science

Une fois n’est pas coutume, je me propose d’être le relais de MyScienceWork, une plateforme d’accès aux articles scientifiques et fonctionnant aussi comme un réseau social. Un exercice qui s’inscrit cependant en droite ligne de ce que ce blog a toujours fait, c’est-à-dire faire l’apologie du Web 2.0 sous toutes ses formes. Il est donc tout à fait naturel d’y intégrer une petite lucarne, reprenant pour l’essentiel un communiqué de presse du réseau et expliquant comment les chercheurs peuvent s’inscrire, consulter plus de 26 millions d’articles gratuitement et améliorer leur visibilité internationale pour trouver de nouveaux contacts et des annonces d’emplois scientifiques.

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MyScienceWork, start-up créée par une ancienne doctorante en biologie, lance une nouvelle version de votre réseau social professionnel dédié à la recherche.

1/ Collaborez, partagez

Rejoignez les 300 000 membres de notre communauté et les 30 000 chercheurs, doctorants et ingénieurs inscrits ces 3 derniers mois. Gagnez en visibilité en partageant vos articles, découvrez de nouvelles publications, engagez des discussions avec d’autres experts du domaine.

2/ Accédez gratuitement à 26 millions de publications scientifiques

La philosophie de MyScienceWork est de renforcer la diffusion des articles en open access. Accédez gratuitement à plus de 26 millions d’articles en accès libre et gratuits issus de Plos ONE, Pubmed, REPEC, HAL et bien d’autres sources.

3/ Renforcez votre réseau professionnel

Déposez votre CV sur un site professionnel dédié aux scientifiques en remplissant votre profil professionnel incluant votre bibliothèque personnelle de publications, les conférences auxquelles vous avez participées etc. MyScienceWork vous propose un grand nombre d’offres d’emploi internationales myscienceworkainsi que des événements scientifiques en rapport avec vos travaux.

4/ Nos avantages face à la concurrence

Multidisciplinaire : MyScienceWork est un réseau social connectant biologistes, médecins, physiciens mais aussi des chercheurs en sciences humaines et sociales, des ingénieurs, des juristes etc
International : Une interface en 7 langues et des articles disponibles en 101 langues ! Une ouverture totale vers l’accès libre aux connaissances scientifiques.
Vulgarisation scientifique : News (français/anglais) est le média de votre actualité scientifique.

Découvrez des portraits de chercheurs, des événements et l’annonce des derniers résultats scientifiques. Contribuez en vulgarisant vos travaux qui seront relus par des journalistes et diffusés sur News. Suivez en continue les actualités du mouvement pour l’Open Access, pour une science accessible à tous, plus collaborative et plus transparente.

Voilà ! Il ne vous reste plus qu’à vous y inscrire comme moi, si vous êtes intéressé 🙂

N° 78 – Mots sur la veille informationnelle, l’agrégation et la curation de contenus

Ce billet est le substitut d’un exercice plus vivant, et donc plus interactif, qui aurait dû se faire dans le cadre d’une séance d’échanges avec des étudiants en documentation. Une initiative que j’avais fortement voulu voir aboutir, dans le but de partager avec ces jeunes apprentis de la discipline Infodoc, des réalités professionnelles en cours, qu’il est important pour eux de pouvoir déjà mieux appréhender et d’avoir un peu plus de matière à faire valoir au seuil de leur entrée dans la vie active. Voici en substance ce que je disais dans la note introductive de cette conférence avortée pour cause d’indisponibilités dues au calendrier.

Titre : Veille informationnelle : agrégation et curation, autres tendances de la fonction Info-Doc

Note introductive

C’est une tautologie que d’affirmer l’ancrage du monde actuel dans la société de l’information, cette information qui est devenue, par la force des choses et depuis plusieurs années déjà, la matière première la plus universelle et la plus utilisée qui soit. La révolution numérique qui l’a rendue exponentielle, productivement parlant, en est aussi l’environnement de transformation, de diffusion et de partage sans lequel, toute tentative de sa gestion serait utopique. Aussi, faudrait-il donc avoir les moyens de maîtriser les sources de production des flux informationnels, savoir les filtrer pour recueillir l’information et les connaissances nécessaires et en faire l’usage adéquat. Une question qui interpelle particulièrement les acteurs des métiers de l’information documentaire classiques que sont la bibliothéconomie, la documentation et l’archivistique, tant leur activité se trouve ainsi résumée. Cette situation actuelle requiert de ces acteurs, et plus que jamais, une appropriation fonctionnelle de la réalité numérique. Une adaptation aux relents de métamorphoses qui définissent de nouveaux contours et entrelacs professionnels et élargissent les imaginaires de l’activité documentaire. En effet l’émergence de nouvelles manières d’agir et de penser concernant l’information présente sur les réseaux numériques, parmi lesquelles, l’autonomisation des internautes permise par le Web 2.0, et la multiplication de dispositifs logiciels permettant à ceux-ci de décrire, commenter, analyser, évaluer, critiquer les ressources documentaires du Web, rend vitale leur présence dans cet espace. Cette conférence se propose justement, d’exposer des pratiques du web devenues courantes et dont les professionnels que nous sommes, sont mieux outillés pour délivrer les meilleurs produits y résultant. Ces pratiques orientées vers le repérage, la capture et la diffusion de l’information peuvent être qualifiées de tendancielles, vu qu’au départ elles ne sont pas des tâches documentaires proprement dites, mais néanmoins en épousent parfaitement l’esprit et ouvrent des perspectives professionnelles, dont peuvent bénéficier aussi bien les professionnels en activité que ceux en devenir. Ma conviction est qu’une bonne maîtrise de ces pratiques, maintiendra et renforcera la place du professionnel de l’info-doc dans l’architecture fonctionnelle de son secteur d’activités et fournira aux futurs diplômés un surplus argumentatif en vue de leur insertion professionnelle.

Je partage donc ci-dessous la présentation qui était prévue à cet effet, mais sans les commentaires qui auraient mieux pu faire comprendre le fond de ma pensée sur ces fonctions et tendances de la fonction Infodoc. Ayant consacré beaucoup de temps et d’énergie à préparer cela, il m’est paru évident de la partager, d’autant plus que les pratiques et outils décrits et présentés ici connaissent une évolution continuelle. L’évitement du risque d’obsolescence est ainsi aussi une raison objective de vulgarisation de cette réflexion.