N° 94 – Traitement documentaire en mode confinement

Dans le précédent billet, l’accent était mis sur le service documentaire en ce temps de crise sanitaire où le confinement a vu nos espaces documentaires fermés à nos publics. L’essentiel de l’argumentation tournait autour du maintien du lien documentaire, comme impératif pour fidéliser l’usager coupé des collections et autres dispositifs d’accès à la connaissance disponibles dans les enceintes physiques de nos centres de documentation et bibliothèques. Le maintien de cette fonction de service direct à l’usager est un maillon essentiel de notre mission, mais ne peut occulter l’autre versant de notre identité qu’est le traitement matériel et intellectuel des documents que nous mettons à disposition de cet usager. La question qui mérite d’être posée ici est celle liée à l’accomplissement de cette tâche de traitement, qui est certes moins visible, mais qui demeure tout aussi vitale, parce que constituant un des stades menant à la médiation documentaire aboutie. En étant coupé de son lieu d’exercice, de ses collègues et des collections à valoriser, comment accomplir cette tâche de la chaîne documentaire et rester dans ce que l’anglo-saxon dénomme « Business continuity » ? Cette continuité d’activité, dont la planification doit être une exigence pour tout groupe organisé, afin de fonctionner en cas de désastre ou de crise majeure comme celle du CoViD-19.

Il est fantastique, via un plan de continuité d’activité, de pouvoir servir nos usagers en documentation voulue et même par anticipation spontanée, ce qui est un moindre souci pour les professionnels que nous sommes, vu la foison d’outils à notre disposition et les ressources documentaires infinies qui sont le lot de notre monde atteint d’infobésité. Il est tout aussi important que cette continuité d’activité concernât le traitement matériel et intellectuel qui est la cheville ouvrière de nos processus documentaires. Le risque en cas de manquement de ce côté, serait de troubler les acteurs de cette fonction de traitement dans nos officines documentaires, qui pourraient légitimement se poser des questions quelque peu angoissantes sur leur utilité et leur productivité en cette période. Mon but est d’apaiser cette potentielle anxiété en démontrant qu’il est bien possible par exemple, de cataloguer et d’indexer de partout et à n’importe quelle heure, en utilisant les moyens technologiques disponibles en mode gratuit ou payant. Le concept de bibliothèque virtuelle, hors-les-murs, prend encore mieux son sens dans la réalisation de tâches classiquement remplies entre les quatre murs d’une bibliothèque, comme le catalogage qui se mue ainsi en télécatalogage.

Quelques prérequis

  • Un bon système intégré de gestion de bibliothèque, ou logiciel de bibliothèque numérique en version Web. Exit la version client/serveur qui limite le nombre d’accès simultanés avec le système de licences d’utilisation payantes, et est souvent assujettie à la connectivité qui peut être défaillante surtout dans des environnements non bien équipés en ce sens.
  • Des documents sous format numérique, accessibles via un serveur (y compris Cloud) ou disponibles sur un disque de stockage portatif. Ces documents peuvent être de tout type (texte, audiovisuels, etc.), pourvu qu’ils soient électroniquement consultables.
  • Un certain nombre d’outils bibliographiquement dédiés, de préférence gratuits ou acquis à titre onéreux si les moyens de la bibliothèque le permettent.

Simulation illustrée dans une bibliothèque disposant d’une collection de quelques milliers de documents numérisés.

Cette bibliothèque en mode confinement de ses agents, a inscrit dans son plan de continuité d’activité, la poursuite de l’opération de description bibliographique de cette collection électronique via son logiciel de bibliothèque numérique. Quelques étapes de pareille opération sont décrites ci-dessous :

  1. Le dispatching des documents aux catalogueurs via des plateformes de partage de documents. Il y en a à foison à l’image du Drive de Google, mais pour un souci professionnel, MicrosoftTeams (ci-dessous pour l’exemple qui nous concerne) fera bien l’affaire.
  2. La création de la notice après réception par le catalogueur se trouve facilitée généralement par l’existence de notices déjà toutes faites concernant un document. Même pour les documents pour lesquels cela est moins évident, une recherche dans le catalogue de la bibliothèque du Congrès réserve très souvent d’agréables surprises, à l’exemple d’un document de planification d’un pays africain datant des années 80-90.
      • Dans l’impossibilité d’acheter ladite notice auprès de cette prestigieuse bibliothèque, le jeu du copier-coller des données de champs en MARC 21 demeure une alternative précieuse, tant elle permet la description elle-même et garantit en même temps la qualité des données copiées.
  3. A la suite de la description pure, arrive le moment d’enrichir celle-ci par des données de l’indexation, liée au choix interne fait à ce niveau et qui fait la part belle au thésaurus du système d’information bibliographique des Nations Unies (UNBIS), combinant indices systématique et analytique (descripteurs) qui sont utilisés pour remplir respectivement les champs 072 et 653 du format MARC 21.

  1. Cette indexation systématique ou classification est aussi enrichie par le biais de la classification décimale universelle (zone 080 du MARC21), dont la base de données est cependant payante (identifiant et mot de passe requis). On peut toutefois profiter de la période d’essai pour découvrir cet outil somme toute formidable.

Une plateforme qui permet de construire des indices tout faits. Il est loin le temps où il fallait créer les indices CDU manuellement à l’aide de la table entière en format papier, ceci après avoir passé beaucoup de temps à s’arracher les cheveux au cours de la formation initiale en indexation 😊.

L’aspect payant pour ce générateur d’indice de classification, ou pour l’acquisition de notices descriptives en MARC via le service payant de de la bibliothèque du Congrès, attestent du modèle économique que peut produire le catalogage. Cela ne doit pas être pris uniquement comme un pis-aller, mais comme une opportunité pour tous ceux qui ont des fonds documentaires de littérature grise (écrits académiques, rapports techniques, etc.) en grande quantité et qui peuvent aussi mettre en place des dispositifs payants de fourniture de notices issus de ces fonds particuliers, voire uniques. Un clin d’œil à tous les collègues d’Afrique qui disposent à foison de ce type de collections et qui ont une tendance assez inquiétante à reléguer la description bibliographique au second plan. Le catalogage peut générer des revenus 😊.

  1. A cette indexation systématique, est associée des éléments de cotation faisant appel à la table Cutter-Sanborn qui permet de trouver des indices d’auteur d’ouvrages et ainsi différencier les auteurs homonymes dans un système de classement (rangement).

Générateur d’indice auteur, (exemple NIGER : N685)

Une fois tous ces outils utilisés à bon escient, il ne restera plus avant validation, qu’à relire la notice pour éviter les fautes d’orthographe et les erreurs d’ordre normatif. En mode OPAC (catalogue accessible en ligne), les notices doivent être parfaites, surtout qu’elles sont susceptibles d’être moissonnées ou copiées par d’autres collègues, y compris ceux qui sont locuteurs d’une langue autre que celle de leur conception originelle (les notices).

  1. En complément de cette simulation, on peut partager une autre activité de télétravail liée cette fois-ci à la fourniture d’accès à des ressources via un moteur de recherche. Pour appuyer des programmes d’enseignement en ligne et d’animations (exemple des Webinaires), la bibliothèque citée en exemple, génère des résultats de recherche issus de requêtes de recherche prédéfinies sur un ou des thèmes spécifiques de ces programmes. Le lien vers ces pages de résultats est partagé au niveau des forums et autres chats de ces dispositifs d’interaction, assurant à la bibliothèque une plus-value de visibilité par une présence active même avec la distanciation. Toutefois, il arrive souvent que ces liens soient très longs, en fonction notamment de l’affinage des résultats par le filtrage des termes de recherche. L’astuce à ce niveau est d’utiliser un réducteur d’URL ou raccourcisseur de lien.

Outil BIT.LY

Bit.Ly offre plusieurs fonctionnalités : notamment la possibilité de tagguer chaque lien, des statistiques de clics sur le lien raccourci, et la provenance géographique de ceux ou celles qui l’ont ouvert.

Le plan de continuité d’activité dans une bibliothèque ne doit pas seulement concerner le service aux usagers, quand bien même ces derniers sont le but de la médiation. Il faut y inclure toutes les autres activités, surtout celles liées au traitement des collections numériques. Cela implique une posture résolument tournée vers l’appropriation des technologies du Web, et l’acquisition de documents convertibles en numérique y compris des productions audiovisuelles qui, au demeurant, sont très pertinentes dans un contexte de communautés non alphabétisées qu’il faut servir. Un télétravail bibliothéconomique sur ces produits documentaires est aussi envisageable, d’autant plus qu’ils sont aussi partageables via des applications de messagerie et partage de documents, qui ont fini de se démocratiser avec l’aide du smartphone. Un bon compte professionnel WhatsApp pour la bibliothèque permet de faire de la diffusion sélective de l’information (DSI) à des groupes d’usagers bien profilés (centres d’intérêt, et niveau de littératie y compris numérique). A ce niveau une question légitime peut se poser, à savoir le manque de commodité lié à l’utilisation d’un téléphone mobile pour assurer ce service de DSI. Là pas de souci, on peut  télécharger la version Desktop de WhatsApp à installer sur son ordinateur, où utiliser l’application directement sur son navigateur Web, il suffit juste après de synchroniser cela avec l’application installée sur son mobile par le biais d’un QR code à scanner. Cela offre plus d’ergonomie pour le partage des fichiers préalablement stockés sur disque interne ou externe, tout en permettant la communication par messagerie instantanée.

N° 93 – Service documentaire en temps de guerre sanitaire

Cette entame de 3ème décade du XXIe siècle est partie pour être celle qui va révolutionner nos humaines manières de penser, d’agir et de sentir. Ces termes empruntés au fondateur de la méthode sociologique qu’est Emile Durkheim, pour caractériser le fait social qui nous est extérieur et s’impose à nous de manière coercitive, donnant ainsi un sens à notre état de grégarité. Cette tendance instinctive qui nous pousse en tant qu’individu à nous rassembler et à adopter un même comportement, se voit mis à très rude épreuve par les affres d’un microorganisme infectieux, qui nous impose un confinement entre quatre murs et nous expose à une reconsidération de bien de nos certitudes sociétales y compris professionnelles.

En effet la posture professionnelle, sans doute la mieux partagée globalement en ces moments de grande tribulation, est le télétravail qui implique un changement d’attitudes, surtout pour des secteurs d’activité nécessitant un foisonnement d’interactions sociales. Les espaces bibliothéconomiques et documentaires sont concernés au plus haut point, tant ils sont des traits d’union entre le triptyque données-informations-connaissances et ses utilisateurs-consommateurs qui traditionnellement, doivent aller se servir physiquement dans ces officines d’entreposage, de façonnage et de service de denrées nécessaires aux œuvres de l’esprit.

Le confinement empêche cette mécanique d’interaction humaine et mieux encore, coupe le tenant de l’officine documentaire de ses produits de nature physique, qui deviennent des collections orphelines du protecteur et « valorisateur » qu’il est pour elles.

A quoi devrait ressembler une activité de télétravail pour un professionnel des SID et avec quels outils ?

Répondre à cette question nécessite de revenir à quelques concepts apparus dans notre champ disciplinaire au cours de la décennie 90, avec des évolutions au cours des décennies suivantes et qui trouvent toute leur pertinence devant la situation de CoViD-19 actuelle. Une sorte de retour vers le futur !!!

De la  bibliothèque virtuelle (ou centre de documentation virtuel)

Elle est comprise ici comme bibliothèque «sans murs» dont la collection et les services sont mis en réseau et partagés avec les usagers et avec d’autres services (Tellier, 1997). Collections et services virtualisés, devenus conduites professionnelles endémiques, mais qu’il faut raviver et renforcer par l’innovation, étant donné l’exclusivisme qui caractérise la nature conjoncturelle de notre offre professionnelle causée par le CoViD-19. Le traitement des collections et les services au public doivent plus que jamais être intégrés, parce que l’un n’allant pas sans l’autre. Un dispositif de question-réponses, outre le but premier de fournir des informations à l’usager, doit aussi jouer le rôle d’interface pour la demande et la fourniture de documents sous format numérique. Un guichet unique à plusieurs entrées possibles, mais toujours avec point d’orgue, un grand portail documentaire central proposant un accès rapide et efficace à l’information et à des ressources internes comme externes. Rien de nouveau sous les lambris de nos centres de documentation serait-on tenté de dire. Certes oui, mais dans une situation de confinement, un portail devra avoir l’ambition d’aller au-delà d’une routine ronronnante et embrasser de façon holistique tous les états de la vie documentaire (l’existant et l’à concevoir) et éviter à tout prix à l’utilisateur de sentir un vide naît de sa privation d’espace de consultation physique. Il s’agira de substituer au vécu physique un vécu virtuel, non frustrant et tout aussi satisfaisant. Cela s’accompagnera d’une synergie d’actions et d’activités entre professionnels qui doivent aussi se sentir comme au bureau, avec des interactions aussi fluides que possibles. Développer des conditions de travail collaboratif avec un système de communication interpersonnelle efficace.

Des outils

Et si l’on ramenait au goût du jour les réalités de la Bibliothèque 2.0, qui selon moi, siéent à merveille à la situation ambiante ?

Un service documentaire adossé au Web collaboratif et interactif, où l’utilisateur outre créateur de contenu, s’autonomise dans son parcours d’acquisition d’information et de connaissances, mais aidé en cela par le professionnel en amont qui met à sa disposition les commodités pour se sentir à l’aise dans son obligation de vécu virtuel documentaire.

Enrichir ou raviver le portail documentaire de fonctionnalités 2.0

  • Le bon vieux Push incarné notamment par la syndication de contenus (flux ou fils RSS) dont il y a douze ans, jour pour jour, le sujet était exposé sur ce site. J’y partageais déjà le service HUBMED qui permet dorénavant de trouver des ressources documentaires médicales sur le Web, y compris sur la twittosphère. En guise d’exemple, une recherche sur ‘CoViD-19’ renvoie à un millier de références majoritairement composés d’articles en texte intégral, mais aussi de tweets de date de publication très récente (mars-avril 2020).
  • Les comptes sociaux corporatistes, qui ne semblent plus avoir la cote, sur Facebook, Instagram, Twitter, etc., doivent retrouver une pertinence, vu la possibilité d’interaction qu’ils offrent avec les utilisateurs qui sont restés généralement fidèles à ces applications.
  • Les sites de partage de signets qui ont survécu comme Diigo, dont les fonctionnalités de taxonomie et d’annotation offrent une formidable opportunité à centre de documentation de fournir des ressources Web thématiquement organisés.
  • Les réalités virtuelles ou métavers orientés bibliothèque et documentation, à l’exemple de Community Library Island dans Second Life. Un sujet traité dans ce blog il y a bien longtemps et dont le billet peut se lire ou relire ici.
  • Les plateformes de veille et curation qui, selon leur objet spécifique servent à rassembler, évaluer, analyser, indexer, contextualiser, partager des contenus susceptibles d’intéresser nos utilisateurs. Plusieurs éléments d’information sur ces dispositifs sont disponibles ici.

Des postures favorisant l’ouverture et le libre accès

Le confinement est l’occasion de faire de la science ouverte, dans le domaine de la santé cela va sans dire, mais aussi dans tous les champs d’action de la documentation et de tout type, avec des programmes bien définis.

  • Ouvrir les ressources en ligne souscrites par les bibliothèques académiques et de recherche, y compris celles scolaires, comme les ressources éducatives libres.
  • Gérer le savoir et les connaissances sur à la maladie : sélection, traitement et mise à disposition de toutes les productions documentaires issues de l’actualité du Virus (données, documents, témoignages, statistiques, etc.) à l’exemple des ressources Myloft gratuites sur le Covid-19, où encore Google Scholar avec une agrégation de ressources sur le COVID en français émanant de douze (12) grands éditeurs et revues scientifiques.
  • Mettre à contribution les mass media pour la diffusion de ressources éducatives télévisuelles, voire radiophoniques (formelles et informelles), dans une perspective de bibliothéconomie et de documentation communautaire, en privilégiant le partage d’information et de savoir via des canaux adéquats pour atteindre notamment les publics spéciaux (handicapés sensoriels, analphabètes, illettrés, etc.)
  • Mettre à contribution les applications mobiles tels que WhatsApp pour diffuser de l’information, partager des documents, démolir des fakes news, etc.

De l’animation à maintenir

Ce secteur d’activités en bibliothèque est sans doute le plus impacté par le confinement, vu qu’il nécessite un contact de proximité plus marqué avec les clients. Plus difficile à faire aussi, vu la complexité du schéma organisationnel à concevoir et mettre en œuvre. En effet dans un contexte classique d’animation, il arrive très souvent que certaines manifestations ne rencontrent pas le succès espéré, à cause notamment d’un défaut de médiation. Il faudrait donc redoubler d’efforts dans l’élaboration d’un plan de communication efficace utilisant forcément, voire exclusivement, les canaux numériques (mobile, Internet, Web social). L’animation comme lien social à maintenir en tant que composante essentielle de l’écosystème documentaire.

  • formation à distance des utilisateurs sur plein d’aspects les capacitant en fonction de leur identité socioprofessionnelle. Les tutoriels y auront la part-belle, surtout en mode vidéographique (Screencast) accompagné d’une narration audio. Quelques outils peuvent faire l’affaire comme Screencast Capture Lite, ou cette autre compilation de logiciels.
  • conférences : terme générique pour désigner toutes les manifestations conversationnelles avec confrontations d’opinions, discussions sur des questions d’importance, etc.. Elles se déclineront sous forme de Webinaire, outil intéressant pour son caractère interactif offert et les fonctionnalités collaboratives utilisables en interne (réunions de groupe pour personnel en situation de télétravail). Voire quelques disponibilités ici
  • Expositions virtuelles, comme vitrine pour le service d’information documentaire lui-même, ou pour toute autre personne physique ou morale désireuse de diffuser, vulgariser des œuvres. Les outils ne manquent pas là non plus.

La situation vécue, par son caractère exceptionnel, implique donc de nous mettre dans une posture opportuniste. Accepter l’état de fait non pas comme un fatalisme, mais une situation opportune et faite d’opportunités, notamment pour affirmer une position médiationnelle pourvoyeuse de plus-value, grâce à la contribution à l’effort de guerre sanitaire en cours. C’est l’occasion d’élaborer de riches dossiers documentaires sur le CoViD-19, d’assurer une mission d’orientation et de relayage de  l’information en temps réel, comme le dispositif d’information sur la pandémie due au CoViD-19 de l’Université John Hopkins de Baltimore aux USA, de construire des barrières contre la prolifération des infox (fake news) qui sont également dangereux pour nos publics, etc..

Réinventer la bibliothèque en temps de crise avec prise en compte du risque accru de désintermédiation, qui donnerait les pleins pouvoirs à l’utilisateur dans le processus d’accès et de gestion de l’information, sans avoir besoin de passer par nous autres spécialistes. Mettre à profit ces impératifs imposés par le coronavirus, pour instaurer ou booster des programmes de médiation numérique intra et extramuros, avec le Leitmotiv d’être constamment en interaction avec son public à distance, et cela via un lien documentaire indéfectible.

Ci-dessous une contribution personnelle à l’effort de guerre consistant en un petit tutoriel sur l’export de données entre Google Scholar et Zotero par le biais du format BibTex.

Enfin, pour encore appuyer l’adoption et l’adaptation des fonctionnalités du Web à notre pratique documentaire confinée, je remets au goût de l’heure mon concept de Webibliothéconomie exposé il y a quelques années.

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N° 92 – Science ouverte en réflexions tropicalisées

La capitale sénégalaise (Dakar) vient d’abriter le « Colloque international sur la science ouverte au Sud : enjeux et perspectives d’une nouvelle dynamique ». Il a été organisé dans le cadre du 75ème anniversaire de l’IRD en collaboration avec le CIRAD et l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Du 23 au 25 octobre 2019, une cinquantaine de participants ont échangé sur l’état des lieux, les enjeux et les perspectives de la science ouverte dans les pays du sud, plus particulièrement ceux de l’Afrique subsaharienne francophone. Un programme très riche qui a permis aux participants de connaître ce concept ou d’enrichir leur connaissance ou perception de l’idéologie et des pratiques qui caractérisent ce mouvement. Il s’agit bien d’un mouvement, car il se veut exister sur le flanc de la toute puissante science classique qui a valu à l’humanité tant de progrès multidisciplinaires à fort impact positif dans son vécu. Une science à vocation certes universaliste, mais dont les canons méthodologiques et de validation de ses découvertes, pris en l’état actuel du système-monde, maintiennent une grande partie de chercheurs issus de continents économiquement défavorisées, dans une sorte de ghetto marqué par une indigence de production scientifique visible en termes quantitatifs, allant même jusqu’à une remise en cause tacite de tout résultat scientifique émanant de cet espace confiné. Un colloque des plus utiles et opportuns pour les parties prenantes issues de l’afro-francophonie subsaharienne (chercheurs, bibliothécaires, documentalistes, etc.), qui ont pu un tant soit peu, partager leur vécu et réflexion, dans une perspective voulue de promouvoir et incarner un nouveau dynamisme en la matière. Au cours des deux plénières, ateliers pratiques, sessions de partage parallèles et session posters, il a été beaucoup question de gestion des données, de dispositifs d’entreposage et d’accès, d’enjeux juridiques, etc., le tout mariné à la sauce « Science ouverte ».

Si on devait retenir une quintessence de ces trois jours de débats et de partage, cela serait résumé par ce qui suit :

  • Il y aurait trois (3) voies de la science ouverte :
  1. les Communs de la connaissance théorisés par les travaux d’Elinor Ostrom (Prix Nobel d’économie en 2009) et Charlotte Hess dans leur ouvrage « Understanding Knowledge as a Commons »
  2. la Science des données et une nouvelle approche en gestion des connaissances mettant en collaboration secteur informatique et producteur et gestion d’information scientifique et technique (notamment d’un point de vue sémantique)
  3. le développement de la science ouverte qui doit être au service de l’innovation de la recherche et de l’économie de la connaissance (exemples : surveillance agro-climatique, suivi des maladies, etc.).
  • Le partage des données de recherche est important et stratégique pour l’Afrique, à l’exemple de la systématique (science pure de classification des taxons) qui est fondamentale pour l’étude de la biodiversité en Afrique.
  • La nécessité d’avoir au niveau gouvernemental des politiques numériques cohérentes tout en étant ambitieuses avec une part importante dédiée aux infrastructures.
  • La science ouverte en Afrique comprise et admise comme science de contribution à la science universelle.
  • La production visible ne représente pas réellement les statistiques courantes et généralement admises.
  • La justice cognitive est fondamentale en ce sens qu’elle valorise mieux la production africaine dans la science, en valorisant la connaissance qui vient du tréfonds de la société, des populations elles-mêmes.
  • La Science ouverte se fonde sur : éthique, équitabilité, transparence, et le développement durable doit prendre en compte cette réalité souvent méconnue et non prise en compte par les canons de la science conventionnelle.
  • La recherche de qualité passe par une formation de qualité.
  • La formation initiale et continue des professionnels de l’information documentaire est fondamentale pour l’appropiation de compétences théoriques et pratiques liées à la galaxie Science ouverte (gestion des données, archives ouvertes, etc.). Les attitudes et postures professionnelles étant très souvent tributaires des aptitudes professionnelles.
  • L’accès à l’Information scientifique et technique (IST) doit être décloisonnée par l’ouverture, par exemple : en contournant les barrières pécuniaires.
  • L’idée que la science devrait être un bien commun est une louable intention, mais demeure très complexe à réaliser et n’est pas simple à ce qu’il paraît, ne serait-ce que par les réalités à la production scientifique elle-même et qu’il faut prendre en compte : production publique, production privée, inégalités entre zones de production au niveau mondial, voire au niveau régional ou sous-régional.
  • Il y a une contradiction permanente qu’il faut aborder avec réalisme pour ne pas tomber dans une forme de naïveté de la science ouverte, ce qui est aussi valable pour le Développement durable.
  • La solidarité entre universités doit être de mise et elle est aujourd’hui encore plus importante avec une nécessité d’adjonction d’une ouverture culturelle qui est absolument indispensable à la science ouverte. Dans un contexte francophone, le mode de diffusion de la science avec domination de l’anglais du point de vue de l’accès, mais pas des contenus eux-mêmes, impacte la carrière des chercheurs (le facteur d’Impact calculé sur la base d’index de citation entraîne un biais négatif notamment pour les chercheurs africains francophones). Penser donc à l’idée de construire un index de citation qui peut être dans la corbeille de la science ouverte et un moyen de collaboration entre structures scientifiques. La solidarité est une identité de la science ouverte.
  • D’un point de vue pratique, un atelier dont il conviendrait de partager quelques éléments est celui lié à la gestion des données d’un projet avec plan de gestion des données (PGD), entrepôtsdata paper. Avec un focus particulier sur le PGD, l’atelier a permis de mieux comprendre l’importance de la gestion des données au cours d’un projet et processus de recherche. Ce plan prend en compte : la nature des données ; leur réalité juridique (copyright, propriété intellectuelle) ; leur documentation par les producteurs eux-mêmes et/ou assistés par d’autres parties prenantes (entre autres Bibliothécaires qui doivent sortir de leur tour d’ivoire et soigner une certaine fracture collaborative avec les chercheurs) ; leur reproductibilité ou non ; la déontologie y liée (anonymisation). Il constitue un cadre de gouvernance pour : garantir une pérennité des données (80% des données sont perdues 20 ans après la publication d’un article) ; informer des bailleurs ; partager avec des organisations de recherche et chercheurs dans un souci collaboratif. La gestion des données en est devenue si fondamentale que s’est développé un mode de publication de ces données sous l’appellation de « Data Papers » qui peuvent ou non accompagner des articles scientifiques en fonction des politiques éditoriales des éditeurs.

Toutes les communications et présentations de ce colloque très riche en interactions et réflexions sont attachées sous forme de lien à la suite de chaque point du programme détaillé.

Invité à faire la communication inaugurale de la session plénière consacrée au “Mouvement de la science ouverte : état des lieux et politiques”, je partage ci-dessous en fin de billet la présentation à la base de cette intervention. Je rappelle dans la foulée et à toutes fins utiles, les réflexions que j’avais mis en partage lors des billets précédents consacrés à l’univers des données, et leur traitement documentaire (description et catalogage notamment) dont la préoccupation doit être encore plus d’actualité pour nous autres bibliothécaires et assimilés qui sommes les facilitateurs naturels de la science ouverte.

N° 91 – Conservation numérique

Le 29 novembre 2018 a marqué la Journée mondiale de la conservation numérique 2018 (WDPD2018) et cela constitue une occasion de se soumettre à un exercice d’idéation en ce sens, tant les enjeux du numérique sont plus que cruciaux. En effet les matériaux et ressources numériques restent un produit de base pour les secteurs économiques, sociaux, gouvernementaux, académiques, médicaux, etc. Les industries créatives, le patrimoine culturel et les médias dépendent d’un accès fiable aux documents numériques, tandis que d’un point de vue plus restreint, les relations familiales et amicales s’étendent et se maintiennent par le biais d’interactions numériques. Les opportunités créées par ces matériaux numériques reposent dans le long terme, sur le travail de la communauté qui s’investit dans la conservation numérique.

Chaque jour, se créent, s’utilisent et se conservent des données numériques et ce processus est désormais tenu pour acquis, mais cela ne doit pas nous empêcher de rappeler la réflexion sur le tout le travail nécessaire à perpétuer, pour rendre les données disponibles et profiter des opportunités qui découlent de cette disponibilité.

D’un point de vue d’africain, l’enjeu est encore plus important pour des raisons objectives qu’il n’est pas utile de rappeler ici en détail, mais qui sont liées à la situation de « faiblesse économique » générale des pays d’Afrique. Je partage ci-dessous un extrait portant sur la préservation en contexte africain tiré de mon chapitre dans l’ouvrage collectif produit dans le cadre de la commémoration des 25 ans des « Classiques des Sciences sociales ».

Une des finalités [de la numérisation] est donc de conserver une ressource numérique en guise de mémoire pour les générations futures. Il s’agit tout d’abord d’une préservation du support numérique qui est généralement un fichier informatique et donc, par ricochet, de son contenu qui est l’information fixée sur ce fichier. Il peunt s’agir aussi de préserver l’accès au contenu quand il s’agit d’un fichier informatique disponible en ligne. Dans ce cas précis, il faut veiller à ce que le chemin qui mène au fichier soit toujours ouvert, ce qui implique que la ressource soit sur un serveur en bon état et que le protocole utilisé pour y accéder soit correct. Ces deux dimensions de la préservation sont capitales, étant entendu qu’elles ont un seul effet commun qui est de permettre à ces ressources d’être vues, consultées, exploitées, quelles que soient les temporalités qui entrent en jeu. En effet, pour qu’il y ait démocratisation de l’accès à l’information et aux connaissances en Afrique, il faut que les contenus soient sauvegardés et surtout accessibles de manière pérenne.
C’est le lieu de revoir sans doute les rôles et missions des établissements nationaux à caractère patrimonial que sont les archives, bibliothèques et musées nationaux africains qui, pour la plupart, n’ont pas fait de mue significative dans l’appropriation de la réalité numérique. Il leur faut mettre en place des dispositifs de transposition des caractères du dépôt légal analogique aux documents numérisés et d’archivage de ces derniers, en veillant au respect de leur intégrité, authenticité et disponibilité et en les gardant intelligibles et exploitables sans limitation de durée (Archives nationales de France 2018). Cela permettra de remplir cet objectif de préservation pour le long terme, qui participe de la fabrique continue des identités nationales prises séparément et d’une identité africaine dépassant ces clivages de type national.
Dans une perspective privée, il est à envisager pour les structures concernées de mettre en place des systèmes d’archivage électronique et plus précisément des coffres-forts numériques, pour préserver ces ressources et l’accès aux informations sensibles qu’elles peuvent renfermer.
(…) La numérisation du patrimoine africain [et sa conservation] est à inscrire dans une volonté d’inventer et de construire des horizons collectifs pour des millions d’Africains. Ceux-ci sont actuellement grandement spoliés d’un référentiel historique indispensable à leur projection dans un futur, qui est espéré meilleur que leur présent. Le continent [africain] est à la croisée des chemins entre la maturité de ses États, indépendants depuis une soixantaine d’années, et une ère numérique à investir, du moment que ces États n’ont pas été contemporains de l’ère industrielle qui a accéléré le développement des pays dits du Centre. L’enjeu est aussi là : prendre l’ère numérique comme une ère d’opportunité, d’autant plus qu’elle cadre bien avec le substrat culturel africain fortement ancré dans la nature. En effet, le numérique induit une autre forme de croissance économique, non basée sur la transformation agressive des matières premières qui est le lot de l’industrialisation classique, mais fondée sur la connaissance démocratisée et étendue de l’écosystème naturel et la manière de l’utiliser à des fins avantageuses tout en le préservant. Une posture adoptée depuis longtemps et depuis toujours par l’Homo africanus dans sa diversité ethnogéographique.

L’idée majeure est de numériser nos processus macro-sociaux, qu’ils soient hérités ou construits et de les conserver avec une idée sous-jacente d’emprunt aux générations futures qui se chargeront de les pérenniser en les améliorant. L’ensemble du chapitre est disponible en suivant ce lien.

N° 90 – De la bibliothéconomie à la « Webibliothéconomie » : évolution ou révolution professionnelle ?

Voilà une question à poser à tous les « vieux » professionnels des bibliothèques qui ont passé en moyenne ou plus d’un quart de siècle à arpenter et arranger les rayonnages et autres espaces de conservation qui caractérisent la bibliothèque classique. Ces preux chevaliers d’un « moyen-âge » professionnel qui ont fait vivre les fichiers manuels qui décrivaient et donnaient accès aux trésors cachés dans les méandres rectilignes des magasins de conservation. Ceux-là qui ont donné à la Bibliothéconomie ses lettres de noblesse en la pratiquant aux seules force de leurs mains et de leur esprit, tout en satisfaisant tant bien que mal, et ce depuis l’Antiquité de Callimaque de Cyrène, des générations d’utilisateurs en quête d’informations, de connaissances mais aussi de loisirs pour l’esprit. Ils se sont appliqués la définition de la bibliothéconomie, telle qu’apprise à l’école du métier, et déclinée en ces termes : « Discipline groupant l’ensemble des connaissances et des techniques qu’exige la gestion d’une bibliothèque » (Ortolang : portail lexical /du CNRTL) et dont les bases ont été jetées dès 1627 par Gabriel Naudé et son « Advis pour dresser une bibliothèque« . Cette définition traverse l’histoire et s’applique partout où l’on trouve des collections organisées de livres sous toutes leurs formes. C’est donc un ensemble de pratiques, d’attitudes, mais aussi de réflexions théoriques qui ont fini de rendre la discipline bibliothéconomique digeste scientifiquement s’entend, à tel point qu’elle s’adapte naturellement aux mutations du monde, notamment technologiques. L’ordinateur sera passé par là, modifiant les compétences des bibliothécaires et leur rapport aux documents qu’ils gèrent et aux utilisateurs qu’ils servent. Ce passage à une bibliothéconomie technologique est devenu tellement banal pour les « jeunes » bibliothécaires qu’il leur est sans doute difficile de mesurer le cap franchi dans la praxis bibliothéconomique dont la figure principale est ce que j’appelle la « Webibliothéconomie ».

Catalogue manuel/Gabon.Bibliothèque nationale
Catalogue manuel/Gabon.Bibliothèque nationale

Qu’entends-je par-là ?

Une Bibliothéconomie adaptée, intégrée, appliquée au Web ou plus simplement utilisant et s’appropriant les usages et technologies du Web. Le Web est une émanation de l’informatique proprement dite qui est, elle, présente depuis assez longtemps dans les bibliothèques où on parlait déjà dans les années soixante  de l’informatique documentaire axée principalement sur la recherche de documents et évoluant au fil des ans vers leur gestion, leur organisation, leur production et leur diffusion.  Cette dernière tâche a été rendue optimale avec l’utilisation du Web, génialement inventé au début des années 90 dans un bureau situé sous la bibliothèque du CERN à Genève (lieu ne pouvait être mieux choisi). Du génie dans le Web c’est une lapalissade que de l’affirmer, ne serait-ce qu’en faisant référence à son déterminant essentiel qu’est l’HYPERTEXTE qui, bien que caractérisée par de la volatilité et de l’immatérialité, est pourvoyeur de spontanéité et de malléabilité dans la préhension des documents. Une aubaine qu’a saisie la bibliothéconomie pour se transformer en discipline plus attractive élargissant ses champs du possible et les frontières de sa réalité. Il y a donc une bibliothéconomie d’avant le Web, une avec le Web que nous vivons et peut-être en existera-t-il une autre « post-Web » mais nous n’en sommes pas encore là.

Ordinateur de création du Web
Ordinateur de création du Web

En quoi consiste ma vision de la Webibliothéconomie ?

L’exercice est plus simple à faire quand on compare les fondamentaux de la bibliothéconomie tels qu’appliqués SANS et AVEC le Web.

Une bibliothèque c’est avant tout des documents qu’il faut acquérir après les avoir repérés. Avant le Web, il fallait consulter des répertoires, des catalogues d’éditeurs imprimés et établir ses listes de commandes, ensuite les envoyer par courrier postal au fournisseur pour recevoir en retour et par le même canal une facture pro-forma indiquant les coûts des documents. Avec le Web le repérage se fait en consultant des sites Web d’éditeurs ou de fournisseurs qui proposent des formulaires de commandes au format feuille de calcul où on peut soi-même composer sa commande, avoir au fur et à mesure les coûts d’acquisition en temps réel et enfin passer commande par un simple clic.

Après acquisition et livraison de la commande vient l’étape du traitement matériel et intellectuel. S’il y a encore un bunker de l’activité bibliothéconomique non encore colonisé par le Web, c’est bien celui du traitement matériel ou équipement physique des documents. Il n’en est pas de même pour la description bibliographique, le bulletinage des périodiques et l’indexation qui ont fini de voir jetées aux oubliettes toutes les manifestations du traitement documentaire manuel (fiches en bristol dactylographiées avec ou sans vedettes et cotes, bordereaux de saisie manuelle des premiers logiciels documentaires, fiches Kardex, etc.). Avec le Web, les logiciels documentaires entretemps ayant évolué en SIGB, sont devenus des applications accessibles via les navigateurs. Le catalogage se fait désormais en ligne, il peut être partagé et génère des catalogues en ligne consultables à distance (OPAC), où la magie de l’hypertexte permet des parcours de recherches fluides et extensibles grâce aux liens existant entre les documents qu’ils soient du même catalogue ou de catalogues différents. Des catalogues qu’on peut fédérer à l’échelle d’un pays (Sudoc) ou à l’échelle d’une planète (Worldcat) permettant même par la même occasion l’automatisation des dispositifs d’échange de documents entre structures documentaires, exemple du prêt entre bibliothèques. Des catalogues où les notices peuvent s’enrichir de la version intégrale des documents qu’ils décrivent générant des bibliothèques numériques. Le document devenant téléchargeable et consultable à distance, annihile ainsi des barrières physiques qui ont sans doute causé plein de frustrations à des générations d’usagers des bibliothèques.  Des bibliothèques numériques qui donnent naissance au concept de l’accès libre accroissant notablement le taux de démocratisation du savoir. L’échange de données érigé en vœu pieux aux balbutiements de l’informatique documentaire avec les formats MARC, devient une réalité « palpable » avec des protocoles automatisés qui instaurent un système de vases communicants ou les bibliothèques deviennent en même temps fournisseurs et moissonneurs de données. L’exemple achevé est le protocole OAI-PMH dont l’épine dorsale est sans nul doute le protocole HTTP pour le transfert de l’hypertexte (niveau technique), auquel il faut associer deux autres standards du Web que sont le XML (niveau syntaxique) et le DUBLIN CORE (niveau sémantique). Cet échange de données préfigure l’évolution du Web de documents vers un Web de données (Web sémantique) où ces dernières sont liées entre elles. Une liaison rendant possible la confluence entre bibliothèques et autres disciplines proches dont la matérialisation serait l’intégration des notices bibliographiques avec celles produites par  ces autres disciplines qui créent également des métadonnées sur le Web. Une évolution du web qui impacte aussi la bibliothéconomie classique qui se met en conformité avec cette donne nouvelle en adoptant de nouvelles règles de catalogage (RDA) adaptées au numérique et cela après avoir anticipé par la modélisation conceptuelle dès le début des années 90 (FRBR)

Avec le Web est apparue une nouvelle manière de gérer les usagers et de leur rendre service. Les services de référence virtuels ont fini de prendre leur marque, venant compléter l’offre présentielle faite à ce niveau, avec en plus la possibilité de constituer au fur et à mesure des bases de connaissances (pouvant être collaboratives) alimentées par les réponses fournies aux requêtes adressées et interrogeables via le site Web de la bibliothèque. Vitrine de la bibliothèque, le site Web ou portail documentaire est l’outil de marketing par excellence que les bibliothécaires ont su adapter avec brio pour interagir avec des usagers anonymes ou inscrits à la bibliothèque. Mieux que ne le ferait une brochure classique, un guide de l’utilisateur, un avis placardé sur le tableau d’affichage de la bibliothèque, etc., cet outil Web permet d’atteindre des cibles insoupçonnées. On peut y partager tout un ensemble de services qui concourent à l’animation de la bibliothèque : formation des utilisateurs avec des tutoriels mis à disposition via des applications Web (YouTube, Vimeo,…), actualités de la bibliothèque (fil Twitter), promotion d’évènements (Facebook), liste de nouvelles acquisitions avec vignettes des couvertures des documents (Pinterest), espaces de blog interactifs (biblioblog), etc.. Plusieurs de ces services font référence au Web 2.0 et à la Bibliothèque 2.0 dont il en est l’adaptation au niveau des bibliothèques, un glissement subtil vers cette réalité professionnelle qui est aussi une composante de la Webibliothéconomie.

Alors évolution ou révolution ?

Cela dépend des aptitudes du professionnel selon qu’il soit de la génération dite des « Digital natives » ou celle des « Digital immigrants », car tout dépend de son rapport à l’outil informatique qui véhicule le Web. S’il en est un utilisateur averti et habituel, le passage à la Webibliothéconomie n’aura rien de « dérangeant », vu qu’il s’adaptera naturellement à une nouvelle manière de faire son travail. Une évolution en douceur qui ne serait pas forcément le cas d’un « ancien » de la profession qui tiendrait à ses fondamentaux professionnels teintés d’un certain immobilisme et qui éviterait les manifestations de l’évolution technologique même si celle qui nous concerne est marquée de l’irréversibilité.

“Souvent une évolution est une révolution sans en avoir l’R.” (Pierre-Henri Cami).

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N° 89 – L’IFLA tient Le Cap

opening_wlic2015C’est parti pour la grand-messe des bibliothécaires et assimilés, 81e édition du nom qui se tient cette année en terre africaine d’Afrique du sud, plus précisément dans la partie la plus au sud du continent des origines. Ces premiers jours se passent sous un froid glacial accompagné souvent de fines averses qui parfois, suscitent en soi la question : que suis-je venu faire dans cette galère ? Mais instantanément, ce spleen s’estompe laissant place à l’excitation unique que procure la possibilité de vivre un peu plus sa passion professionnelle avec l’occasion annuelle unique de voir, revoir, découvrir, faire connaissance avec des collègues des cinq coins du monde qui partagent toujours les mêmes normes et standards de travail, souvent les mêmes soucis,  et parfois les mêmes problèmes liés à la gestion des documents de toute nature et sous tout support. Ces documents qui sont notre pâte à pétrir pour donner accès au pain quotidien de l’esprit que sont l’information et à la connaissance. Le congrès de l’IFLA se tient donc au Cap et les bibliothécaires tiennent le cap qu’ils se sont fixés depuis quelques années et qui est matérialisé cette année par le thème général de la conférence : « Des bibliothèques dynamiques : accès, développement et transformation » lui-même arrimé au thème choisi par l’actuelle présidente Sinikka Sipilä : « Bibliothèques fortes, sociétés fortes ». Car le cap dont il est question est bien celui-là, faire comprendre au monde que pour que les sociétés humaines se développent il leur faut un accès régulier et pérenne à l’information et à la connaissance et les bibliothèques sont un outil fondamental pour que cela puisse être, comme l’a d’ailleurs si bien dit la même présidente de l’IFLA : « les bibliothèques ont besoin de créer un lien avec la société civile afin de démontrer leur valeur ajoutée en matière de lutte contre la pauvreté, l’illettrisme, le chômage et l’ignorance,  en mettant un accent particulier sur le développement de la petite enfance, les services pour les jeunes,  la santé des femmes, et le développement économique local ». Déjà l’année dernière la déclaration de Lyon en faisait cas et cela s’est poursuivi cette année avec la déclaration du Cap qui vient d’être endossée par plusieurs officiels de haut rang originaires de treize (13) pays africains. Cela est d’autant plus marquant que le continent africain est celui ou le besoin de renforcer les bibliothèques et leur action se fait le plus sentir. Ce congrès est donc plus que symbolique ne serait-ce que pour cela, mais aussi parce qu’il coïncide avec les objectifs de l’agenda 2030 des Nations Unies dont un des points les plus importants est lié à l’accès a l’information pour le développement arrimé à l’inclusion de cet impératif dans les plans de développement des pays.

Le congrès a donc débuté hier avec les traditionnelles réunions des comités permanents des sections et les caucus géographiques et linguistiques qui sont les lieux pour débattre d’affaires concernant spécifiquement ces entités géographiques et linguistiques. Plus particulièrement je me suis logiquement intéressé aux caucus « Afrique, Asie & Océanie et Amérique latine et les Caraïbes » et « francophone » et par la section Afrique qui s’est elle réunit le lendemain sous la direction de la nouvelle présidente élue cette année et surtout à ma propre section « Maitrise de l’information » en tant que membre de son comité permanent. Cette réunion outre les traditionnels points qui sont débattus a eu un cachet particulier puisque j’y étais choisi par mes pairs pour occuper le poste de chargé de l’information aux cotés de la Présidente et de la secrétaire. Nul meilleur endroit ne pouvait être choisi pour moi que cette terre africaine pour occuper un premier poste « officiel »  à l’IFLA.

Le lendemain 16 août a eu lieu la cérémonie officielle d’ouverture du congrès rehaussée par la présence de plusieurs officiels africains auxquels on peut ajouter la présence de la deuxième dame du Ghana (épouse du vice-président), elle-même bibliothécaire, qui est par ailleurs très active en participant aux différentes réunions professionnelles se tenant sur le continent. Cette cérémonie a été marquée par le discours de la présidente et aussi par la fabuleuse et fascinante prestation de l’artiste sud-africaine Gcina Mhlophe qui, pendant plus d’un quart d’heure, a tenu en haleine l’assistance par une envolée lyrique dont le thème central était un souhait de bienvenue aux délégués faisant en même temps référence à l’Histoire de l’Afrique berceau de l’humanité.

L’autre fait marquant de la journée fut les quatre sessions consacrées au nouveau plan stratégique de l’IFLA 2016-2021 et plus particulièrement celui lié à l’engagement des sections dans la mise en œuvre de ce plan stratégique. Cette session particulière organisée sous forme d’atelier a permis d’acquérir des orientations et des pratiques sur l’élaboration de plan d’actions et plans de communication au niveau des sections pour que ces dernières puissent aligner leurs activités surs les desiderata exprimés dans le draft du plan stratégique qui sera finalisé courant septembre. Cette session a été particulièrement utile aux chargés de l’information qui sont les principales chevilles ouvrières des plans de communication à élaborer au niveau des sections.

Cette journée fut l’occasion d’inaugurer l’exposition consacrée aux différentes compagnies, sociétés, institutions commerciales ou non qui s’activent dans le secteur des bibliothèques et disciplines connexes. Comme chaque année c’est une centaine d’exposants qui sont venus présenter leurs produits et activités et c’est l’endroit idéal pour nouer des contacts, découvrir de nouveaux matériels, équipements, offres documentaires, etc. pouvant être intéressant professionnellement s’entend.

Enfin la journée du 16 août s’est terminée par la traditionnelle réunion des boursiers du Cfibd qui est l’occasion de mieux se connaitre entre boursiers, de discuter sur les activités du comité et de réfléchir sur des orientations futures visant à rendre la politique de celui-ci plus en adéquation avec les mutations et projets de l’IFLA qui impactent forcément sur ses programmes et projets.

Voilà en substance l’économie de ces deux premiers jours de congrès au pays de Mandela, dans une ville du Cap belle à souhait et porteuse de promesses enchanteresses pour la Bibliothèque, une bonne espérance qui sied à merveille au lieu, cette extrême partie méridionale de l’Afrique que découvrit et contourna en 1487 un certain Bartolomeu Dias sur sa route des Indes prometteuses.

N° 88 – Librarika est aussi dans le Cloud

librarika_logo Nous restons dans le même sillage que le post précédent, c’est-à-dire le domaine des SIGB en ligne. Je présente cette fois-ci un autre logiciel dénommé Librarika qui, à l’image de WaterBear, est aussi un système intégré de gestion de bibliothèque disponible dans le Cloud et qui offre quasiment les mêmes fonctionnalités.

Librarika peut être utilisé par tous les types de bibliothèques : bibliothèques universitaires, scolaires, publiques ou privées (familiale, personnelle, etc.). Le souci de la simplicité et de la convivialité dans la gestion de l’application en mode administrateur (backend) est vraiment pris en compte par les développeurs, ce qui rend ladite gestion accessible à tous indépendamment d’une qualification bibliothéconomique poussée. Il en est de même de la partie utilisateur en référence à l’OPAC intégré au produit. Un OPAC pouvant être fédérateur si l’utilisation de Librarika est faite dans le cadre d’un réseau de bibliothèques même géographiquement dispersées. Les utilisateurs peuvent être inscrits sans limite de nombre et leur gestion se fait de façon intuitive alliant intelligence et facilité.

Côté coûts, Librarika est certes gratuit mais seulement pour une collection de moins de dix mille (10.000) notices. Au-delà de ce chiffre, des frais sont requis en fonction de fourchettes quantitatives de notices supplémentaires voulues et aussi en cas de projet de gestion bibliothéconomique d’Ebooks. C’est un outil parfait donc pour les petites et moyennes bibliothèques pas très riches et qui ne disposent pas de collections gargantuesques.

Librarika donne la possibilité d’établir divers types de rapports de l’activité quotidienne de la bibliothèque : mouvement des documents, statistiques concernant les utilisateurs etc.. ces derniers une fois inscrits peuvent accéder aux informations les concernant, recevoir des notifications et alertes entre autres..

Enfin durant le processus de création des notices et de traitement des données en mode « Smart », certains éléments provenant d’autres sources sont intégrées automatiquement, notamment des métadonnées descriptives, des vignettes de livres tirées du projet Open Library, grâce à son API des photos de couverture des ouvrages qui y sont catalogués, etc..

Pour créer sa bibliothèque il faut d’abord s’’inscrire en remplissant au moins 8 des champs proposés et allant du nom de la bibliothèque au numéro de téléphone personnel ou institutionnel, en passant par une description de l’objet de la bibliothèque etc. Ensuite il vous sera envoyé un email de validation de l’inscription pour activer la création de la bibliothèque et commencer à saisir les données. Le mail de validation comprend un Identifiant (adresse email) et mot de passe temporaire à changer une fois la connexion faite (Onglet : SETTINGS). A ce niveau j’ai eu des problèmes de connexion avec Internet Explorer mais en utilisant Firefox ça a marché. Toutefois je n’ai pas testé la connexion avec les autres navigateurs que sont : Chrome, Safari ou Opera. Une fois que la connexion établie l’écran d’accueil s’affiche avec toutes les fonctionnalités proposées par le logiciel et qui sont presque communs à tous les SIGB :

librarika_home_admin

Le catalogage se fait de deux manières, soit par une « Saisie intelligente ou Smart Add » ou par saisie manuelle. Pour la saisie intelligente elle se fait en recourant à l’ISBN de l’ouvrage. Cependant concernant ce type de saisie, il sera toujours requis un enrichissement manuel des notices pour les métadonnées qui ne pourront pas être automatiquement aspirées d’autres sources. Au contraire de WaterBear, il n’est pas proposé de champs de saisie en MARC (Unimarc). Ceci, du point de vue du bibliothécaire, peut être une faiblesse, mais du point de vue du profane qui veut créer et mettre en ligne sa bibliothèque, cela peut être pertinent d’avoir des masques de saisie où les champs sont libellés en langage naturel fut-il de… l’anglais, car c’est là aussi une particularité de Librarika qui est exclusivement en Anglais.

librarika_catalogage

A titre d’illustration, j’ai utilisé la bibliothèque-test spécialisée dans l’écologie et l’environnement que j’ai dénommée « bibliothèque verte » accessible ici. Imaginons toutes les possibilités offertes par ce type de SIGB, déjà en partageant l’adresse URL de son OPAC, on donne à des utilisateurs l’accès à un catalogue bien fait de ressources générales ou spécialisées en fonction de leurs centres d’intérêt. C’est déjà possible avec les sites de partage de livres en ligne (LibraryThing, Babelio,…) ou même les OPAC des SIGB « hors-cloud », sauf que pour les exemples de WaterBear et Librarika, il n’y a rien à installer, l’OPAC est en ligne…et on peut gérer des utilisateurs en même temps qu’un système de prêt de documents avec toutes ses spécificités. Il faudrait juste que les propriétaires garantissent une pérennisation de leur plateforme, mais cela est une toute autre histoire. librarika_logo1

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