N° 95 – Enjeux de la numérisation en Afrique. 1, Introduction

À la suite d’une invitation à contribuer à la rédaction d’un ouvrage collectif sur la numérisation, la possibilité me fut offerte, en 2018, de partager mes vision et perception de pareille entreprise de digitalisation dans un contexte africain. Un contexte spatial en proie à une conjonction de facteurs peu engageants, dont la fracture numérique, matérialisée en la matière, par une incomplétude d’infrastructure et une relative « illittératie » observable au niveau politique et social. Quand bien même que le secteur numérique soit investi par une majorité de gens intéressés par les échanges directs qu’il permet, notamment en situation de circulation bidirectionnelle et multidirectionnelle d’informations ou de transactions monétaires via l’Internet mobile, il n’en demeure pas moins que la perspective de plus-value développementiste n’est pas mise en avant, à cause d’un manque de volonté peut-être. Le chapitre proposé se fut ainsi donné pour but, de participer à éveiller des consciences en traitant des enjeux théoriques et pratiques de la numérisation, de ses finalités et en dégageant des perspectives, à plus ou moins long terme, qui seraient incitatives à un investissement plus soutenu dans cette réalité numérisante devenue incontournable. Le partage de cette idéation, dans ce blog, se fera en plusieurs parties, épousant la structure morphologique du document d’origine, allant de l’introduction à la conclusion en passant par les enjeux et les perspectives de la numérisation.

Bonne lecture !

Introduction

L’Afrique, à quelques exceptions près, a été largement sujette à la colonisation européenne qui a duré deux siècles. Son patrimoine documentaire, consigné dans des matériaux imprimés en est fortement imprégné. Il est en effet difficile de trouver, dans ce type de mémoire écrite, une histoire authentiquement africaine non parasitée, que celle-ci soit d’ordre scientifique ou administratif. Un demi-siècle maintenant que ses territoires jadis colonisés sont devenus des États indépendants et qu’une histoire administrative et scientifique s’y est forgée. Il est devenu nécessaire, pour la plupart de ces États, de revisiter leur patrimoine ainsi hérité et surtout créé en vue de le rendre plus accessible tout en le préservant d’éventuelles pertes et dégradations. L’idée est de profiter de la technologie numérique aujourd’hui disponible à foison, mais qui est porteuse d’enjeux pluriels qu’il est important d’identifier, d’autant plus que l’Afrique, en général, reste largement sous-développée accusant un retard considérable par rapport aux autres continents dont les indices de développement sont plus élevés. Tous les indicateurs du développement placent le continent africain dans une zone de paupérisation abstraite (périphérie) gravitant autour d’une autre zone plus nantie qui est le point de repère vers lequel toutes ses politiques et entreprises, y compris la numérisation, trouvent leur référentiel d’évaluation. Un cadrage conceptuel des deux termes les plus saillants de l’intitulé proposé, à savoir, numérisation et périphérie, est nécessaire pour bien situer l’axe d’argumentation qui est proposé ici. Il s’agit de bien faire comprendre la numérisation telle qu’elle est appréhendée ici et la périphérie telle qu’elle est signifiée.

La numérisation est l’action de convertir une ressource analogique (document, produit de connaissance) en ressource numérique. Cela implique obligatoirement que cette ressource soit accessible par un tiers-outil qu’est un appareil informatique comme l’ordinateur et toutes ses déclinaisons actuelles (liseuses, tablettes, etc.). C’est ce sens du numérique issu d’une transformation qui est traité dans ce document, étant entendu que, de plus en plus, les documents naissent sous un format numérique et sont donc moins assujettis aux enjeux qui font ici l’objet de la réflexion. Les ressources numériques sont toutes constitutives de patrimoine (Unesco 2003). Toutefois, il est ici nécessaire de faire une dichotomie de type sémantique entre le patrimoine numérisé, issu de la transformation et le patrimoine nativement numérique (Schafer 2017).

Le concept de périphérie est une métaphore géométrique adoptée de la dialectique centre/périphérie (Amin 1973) pour matérialiser respectivement l’opposition monde développé/monde sous-développé ou celle plus cardinale Nord/Sud (Commision Brandt 1980). Il s’agit d’une vision socioéconomique bipolaire du monde avec un centre au développement hypertrophié où tout semble acquis d’avance, en face d’une périphérie au développement hypotrophié où tout semble stagner en termes de progrès évalué à l’aune d’échelles de mesure élaborées au Centre. En effet, la numérisation a été inventée dans ce Centre et toute application y ayant cours est automatiquement répliquée dans la périphérie suiviste. La périphérie africaine a depuis pris le train en marche avec en bandoulière ce mimétisme invariant. Cet engouffrement dans la dématérialisation documentaire est porteur d’enjeux théoriques et pratiques qui, à mon avis, doivent être nécessairement contextualisés, surtout concernant les premiers, en essayant de proposer une perception quasi philosophique de la numérisation qui explique mieux les enjeux théoriques qui la concernent. Il s’agit de décrire une vision de la numérisation qui essaie de sortir des sentiers battus, c’est-à-dire des objets, des hypothèses et des pratiques en cours, et de regarder la numérisation telle que nous sommes en périphérie et non telle qu’elle est conçue autre part dans le Centre. C’est à cette seule condition qu’un esprit de créativité pourra y prendre racine, créativité mieux à même de rimer avec « optimalité », parce qu’étant issue d’un environnement qu’elle a l’ambition de servir. Ces aspects théoriques de la numérisation applicables à l’Afrique seront donc le premier maillon d’une chaîne d’argumentation comprenant, par la suite, tous les aspects pratiques qui sont subordonnés à ces enjeux théoriques et qui gravitent autour de la problématique du développement de ce continent périphérique en termes de progrès. La pratique de la numérisation visera ainsi à être un renfort de plus aux initiatives étatiques en matière de développement et devra être comprise comme telle. Il s’agira en ce qui concerne les enjeux, de pouvoir mettre en place des dispositifs performants aussi bien du point de vue du matériel que des procédures, mais aussi en identifiant clairement quels contenus et savoirs sont dignes d’intérêt quant à leur numérisation.

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