N° 90 – De la bibliothéconomie à la « Webibliothéconomie » : évolution ou révolution professionnelle ? 2

Voilà une question à poser à tous les « vieux » professionnels des bibliothèques qui ont passé en moyenne ou plus d’un quart de siècle à arpenter et arranger les rayonnages et autres espaces de conservation qui caractérisent la bibliothèque classique. Ces preux chevaliers d’un « moyen-âge » professionnel qui ont fait vivre les fichiers manuels qui décrivaient et donnaient accès aux trésors cachés dans les méandres rectilignes des magasins de conservation. Ceux-là qui ont donné à la Bibliothéconomie ses lettres de noblesse en la pratiquant aux seules force de leurs mains et de leur esprit, tout en satisfaisant tant bien que mal, et ce depuis l’Antiquité de Callimaque de Cyrène, des générations d’utilisateurs en quête d’informations, de connaissances mais aussi de loisirs pour l’esprit. Ils se sont appliqués la définition de la bibliothéconomie, telle qu’apprise à l’école du métier, et déclinée en ces termes : « Discipline groupant l’ensemble des connaissances et des techniques qu’exige la gestion d’une bibliothèque » (Ortolang : portail lexical /du CNRTL) et dont les bases ont été jetées dès 1627 par Gabriel Naudé et son « Advis pour dresser une bibliothèque« . Cette définition traverse l’histoire et s’applique partout où l’on trouve des collections organisées de livres sous toutes leurs formes. C’est donc un ensemble de pratiques, d’attitudes, mais aussi de réflexions théoriques qui ont fini de rendre la discipline bibliothéconomique digeste scientifiquement s’entend, à tel point qu’elle s’adapte naturellement aux mutations du monde, notamment technologiques. L’ordinateur sera passé par là, modifiant les compétences des bibliothécaires et leur rapport aux documents qu’ils gèrent et aux utilisateurs qu’ils servent. Ce passage à une bibliothéconomie technologique est devenu tellement banal pour les « jeunes » bibliothécaires qu’il leur est sans doute difficile de mesurer le cap franchi dans la praxis bibliothéconomique dont la figure principale est ce que j’appelle la « Webibliothéconomie ».

Catalogue manuel/Gabon.Bibliothèque nationale

Catalogue manuel/Gabon.Bibliothèque nationale

Qu’entends-je par-là ?

Une Bibliothéconomie adaptée, intégrée, appliquée au Web ou plus simplement utilisant et s’appropriant les usages et technologies du Web. Le Web est une émanation de l’informatique proprement dite qui est, elle, présente depuis assez longtemps dans les bibliothèques où on parlait déjà dans les années soixante  de l’informatique documentaire axée principalement sur la recherche de documents et évoluant au fil des ans vers leur gestion, leur organisation, leur production et leur diffusion.  Cette dernière tâche a été rendue optimale avec l’utilisation du Web, génialement inventé au début des années 90 dans un bureau situé sous la bibliothèque du CERN à Genève (lieu ne pouvait être mieux choisi). Du génie dans le Web c’est une lapalissade que de l’affirmer, ne serait-ce qu’en faisant référence à son déterminant essentiel qu’est l’HYPERTEXTE qui, bien que caractérisée par de la volatilité et de l’immatérialité, est pourvoyeur de spontanéité et de malléabilité dans la préhension des documents. Une aubaine qu’a saisie la bibliothéconomie pour se transformer en discipline plus attractive élargissant ses champs du possible et les frontières de sa réalité. Il y a donc une bibliothéconomie d’avant le Web, une avec le Web que nous vivons et peut-être en existera-t-il une autre « post-Web » mais nous n’en sommes pas encore là.

Ordinateur de création du Web

Ordinateur de création du Web

En quoi consiste ma vision de la Webibliothéconomie ?

L’exercice est plus simple à faire quand on compare les fondamentaux de la bibliothéconomie tels qu’appliqués SANS et AVEC le Web.

Une bibliothèque c’est avant tout des documents qu’il faut acquérir après les avoir repérés. Avant le Web, il fallait consulter des répertoires, des catalogues d’éditeurs imprimés et établir ses listes de commandes, ensuite les envoyer par courrier postal au fournisseur pour recevoir en retour et par le même canal une facture pro-forma indiquant les coûts des documents. Avec le Web le repérage se fait en consultant des sites Web d’éditeurs ou de fournisseurs qui proposent des formulaires de commandes au format feuille de calcul où on peut soi-même composer sa commande, avoir au fur et à mesure les coûts d’acquisition en temps réel et enfin passer commande par un simple clic.

Après acquisition et livraison de la commande vient l’étape du traitement matériel et intellectuel. S’il y a encore un bunker de l’activité bibliothéconomique non encore colonisé par le Web, c’est bien celui du traitement matériel ou équipement physique des documents. Il n’en est pas de même pour la description bibliographique, le bulletinage des périodiques et l’indexation qui ont fini de voir jetées aux oubliettes toutes les manifestations du traitement documentaire manuel (fiches en bristol dactylographiées avec ou sans vedettes et cotes, bordereaux de saisie manuelle des premiers logiciels documentaires, fiches Kardex, etc.). Avec le Web, les logiciels documentaires entretemps ayant évolué en SIGB, sont devenus des applications accessibles via les navigateurs. Le catalogage se fait désormais en ligne, il peut être partagé et génère des catalogues en ligne consultables à distance (OPAC), où la magie de l’hypertexte permet des parcours de recherches fluides et extensibles grâce aux liens existant entre les documents qu’ils soient du même catalogue ou de catalogues différents. Des catalogues qu’on peut fédérer à l’échelle d’un pays (Sudoc) ou à l’échelle d’une planète (Worldcat) permettant même par la même occasion l’automatisation des dispositifs d’échange de documents entre structures documentaires, exemple du prêt entre bibliothèques. Des catalogues où les notices peuvent s’enrichir de la version intégrale des documents qu’ils décrivent générant des bibliothèques numériques. Le document devenant téléchargeable et consultable à distance, annihile ainsi des barrières physiques qui ont sans doute causé plein de frustrations à des générations d’usagers des bibliothèques.  Des bibliothèques numériques qui donnent naissance au concept de l’accès libre accroissant notablement le taux de démocratisation du savoir. L’échange de données érigé en vœu pieux aux balbutiements de l’informatique documentaire avec les formats MARC, devient une réalité « palpable » avec des protocoles automatisés qui instaurent un système de vases communicants ou les bibliothèques deviennent en même temps fournisseurs et moissonneurs de données. L’exemple achevé est le protocole OAI-PMH dont l’épine dorsale est sans nul doute le protocole HTTP pour le transfert de l’hypertexte (niveau technique), auquel il faut associer deux autres standards du Web que sont le XML (niveau syntaxique) et le DUBLIN CORE (niveau sémantique). Cet échange de données préfigure l’évolution du Web de documents vers un Web de données (Web sémantique) où ces dernières sont liées entre elles. Une liaison rendant possible la confluence entre bibliothèques et autres disciplines proches dont la matérialisation serait l’intégration des notices bibliographiques avec celles produites par  ces autres disciplines qui créent également des métadonnées sur le Web. Une évolution du web qui impacte aussi la bibliothéconomie classique qui se met en conformité avec cette donne nouvelle en adoptant de nouvelles règles de catalogage (RDA) adaptées au numérique et cela après avoir anticipé par la modélisation conceptuelle dès le début des années 90 (FRBR)

Avec le Web est apparue une nouvelle manière de gérer les usagers et de leur rendre service. Les services de référence virtuels ont fini de prendre leur marque, venant compléter l’offre présentielle faite à ce niveau, avec en plus la possibilité de constituer au fur et à mesure des bases de connaissances (pouvant être collaboratives) alimentées par les réponses fournies aux requêtes adressées et interrogeables via le site Web de la bibliothèque. Vitrine de la bibliothèque, le site Web ou portail documentaire est l’outil de marketing par excellence que les bibliothécaires ont su adapter avec brio pour interagir avec des usagers anonymes ou inscrits à la bibliothèque. Mieux que ne le ferait une brochure classique, un guide de l’utilisateur, un avis placardé sur le tableau d’affichage de la bibliothèque, etc., cet outil Web permet d’atteindre des cibles insoupçonnées. On peut y partager tout un ensemble de services qui concourent à l’animation de la bibliothèque : formation des utilisateurs avec des tutoriels mis à disposition via des applications Web (YouTube, Vimeo,…), actualités de la bibliothèque (fil Twitter), promotion d’évènements (Facebook), liste de nouvelles acquisitions avec vignettes des couvertures des documents (Pinterest), espaces de blog interactifs (biblioblog), etc.. Plusieurs de ces services font référence au Web 2.0 et à la Bibliothèque 2.0 dont il en est l’adaptation au niveau des bibliothèques, un glissement subtil vers cette réalité professionnelle qui est aussi une composante de la Webibliothéconomie.

Alors évolution ou révolution ?

Cela dépend des aptitudes du professionnel selon qu’il soit de la génération dite des « Digital natives » ou celle des « Digital immigrants », car tout dépend de son rapport à l’outil informatique qui véhicule le Web. S’il en est un utilisateur averti et habituel, le passage à la Webibliothéconomie n’aura rien de « dérangeant », vu qu’il s’adaptera naturellement à une nouvelle manière de faire son travail. Une évolution en douceur qui ne serait pas forcément le cas d’un « ancien » de la profession qui tiendrait à ses fondamentaux professionnels teintés d’un certain immobilisme et qui éviterait les manifestations de l’évolution technologique même si celle qui nous concerne est marquée de l’irréversibilité.

“Souvent une évolution est une révolution sans en avoir l’R.” (Pierre-Henri Cami).

 

N° 88 – Librarika est aussi dans le Cloud 1

librarika_logo Nous restons dans le même sillage que le post précédent, c’est-à-dire le domaine des SIGB en ligne. Je présente cette fois-ci un autre logiciel dénommé Librarika qui, à l’image de WaterBear, est aussi un système intégré de gestion de bibliothèque disponible dans le Cloud et qui offre quasiment les mêmes fonctionnalités.

Librarika peut être utilisé par tous les types de bibliothèques : bibliothèques universitaires, scolaires, publiques ou privées (familiale, personnelle, etc.). Le souci de la simplicité et de la convivialité dans la gestion de l’application en mode administrateur (backend) est vraiment pris en compte par les développeurs, ce qui rend ladite gestion accessible à tous indépendamment d’une qualification bibliothéconomique poussée. Il en est de même de la partie utilisateur en référence à l’OPAC intégré au produit. Un OPAC pouvant être fédérateur si l’utilisation de Librarika est faite dans le cadre d’un réseau de bibliothèques même géographiquement dispersées. Les utilisateurs peuvent être inscrits sans limite de nombre et leur gestion se fait de façon intuitive alliant intelligence et facilité.

Côté coûts, Librarika est certes gratuit mais seulement pour une collection de moins de dix mille (10.000) notices. Au-delà de ce chiffre, des frais sont requis en fonction de fourchettes quantitatives de notices supplémentaires voulues et aussi en cas de projet de gestion bibliothéconomique d’Ebooks. C’est un outil parfait donc pour les petites et moyennes bibliothèques pas très riches et qui ne disposent pas de collections gargantuesques.

Librarika donne la possibilité d’établir divers types de rapports de l’activité quotidienne de la bibliothèque : mouvement des documents, statistiques concernant les utilisateurs etc.. ces derniers une fois inscrits peuvent accéder aux informations les concernant, recevoir des notifications et alertes entre autres..

Enfin durant le processus de création des notices et de traitement des données en mode « Smart », certains éléments provenant d’autres sources sont intégrées automatiquement, notamment des métadonnées descriptives, des vignettes de livres tirées du projet Open Library, grâce à son API des photos de couverture des ouvrages qui y sont catalogués, etc..

Pour créer sa bibliothèque il faut d’abord s’’inscrire en remplissant au moins 8 des champs proposés et allant du nom de la bibliothèque au numéro de téléphone personnel ou institutionnel, en passant par une description de l’objet de la bibliothèque etc. Ensuite il vous sera envoyé un email de validation de l’inscription pour activer la création de la bibliothèque et commencer à saisir les données. Le mail de validation comprend un Identifiant (adresse email) et mot de passe temporaire à changer une fois la connexion faite (Onglet : SETTINGS). A ce niveau j’ai eu des problèmes de connexion avec Internet Explorer mais en utilisant Firefox ça a marché. Toutefois je n’ai pas testé la connexion avec les autres navigateurs que sont : Chrome, Safari ou Opera. Une fois que la connexion établie l’écran d’accueil s’affiche avec toutes les fonctionnalités proposées par le logiciel et qui sont presque communs à tous les SIGB :

librarika_home_admin

Le catalogage se fait de deux manières, soit par une « Saisie intelligente ou Smart Add » ou par saisie manuelle. Pour la saisie intelligente elle se fait en recourant à l’ISBN de l’ouvrage. Cependant concernant ce type de saisie, il sera toujours requis un enrichissement manuel des notices pour les métadonnées qui ne pourront pas être automatiquement aspirées d’autres sources. Au contraire de WaterBear, il n’est pas proposé de champs de saisie en MARC (Unimarc). Ceci, du point de vue du bibliothécaire, peut être une faiblesse, mais du point de vue du profane qui veut créer et mettre en ligne sa bibliothèque, cela peut être pertinent d’avoir des masques de saisie où les champs sont libellés en langage naturel fut-il de… l’anglais, car c’est là aussi une particularité de Librarika qui est exclusivement en Anglais.

librarika_catalogage

A titre d’illustration, j’ai utilisé la bibliothèque-test spécialisée dans l’écologie et l’environnement que j’ai dénommée « bibliothèque verte » accessible ici. Imaginons toutes les possibilités offertes par ce type de SIGB, déjà en partageant l’adresse URL de son OPAC, on donne à des utilisateurs l’accès à un catalogue bien fait de ressources générales ou spécialisées en fonction de leurs centres d’intérêt. C’est déjà possible avec les sites de partage de livres en ligne (LibraryThing, Babelio,…) ou même les OPAC des SIGB « hors-cloud », sauf que pour les exemples de WaterBear et Librarika, il n’y a rien à installer, l’OPAC est en ligne…et on peut gérer des utilisateurs en même temps qu’un système de prêt de documents avec toutes ses spécificités. Il faudrait juste que les propriétaires garantissent une pérennisation de leur plateforme, mais cela est une toute autre histoire. librarika_logo1

N° 87 – Waterbear : un SIGB libre dans le Cloud 2

logoCe logiciel est sûrement fait pour tous les gestionnaires ou responsables de bibliothèque ou centre documentation souhaitant  l’informatiser mais ne disposant pas des ressources aussi bien financières que matérielles (équipements informatiques) pour y parvenir. Il est vrai que depuis une dizaine d’années les Systèmes Intégrés de Gestion de Bibliothèque (SIGB) libres ont fini de s’imposer et d’être accessibles pour le plus grand bonheur des actifs de la profession, mais certains en sont encore à la gestion analogique de leur fonds documentaire, nonobstant la possibilité offerte à eux d’investir dans le Libre. En effet il n’est pas toujours donné à tout le monde de disposer d’un serveur et de le mettre en ligne avec toutes les exigences de gestion requises notamment en ce qui concerne la maintenance, la sécurité de l’application et des données, entre autres.

Waterbear vient à la rescousse en se posant comme alternative notable qui peut faire le bonheur de n’importe quel bibliothécaire et documentaliste disposant un appareil informatique (PC, Tablette, Laptop,…) connecté à Internet. Un investissement minimum à la portée de toute structure quelle que soit sa taille et son portefeuille budgétaire.

Le principe est tout simple : le logiciel qui remplit suffisamment les fonctions d’un SIGB classique est totalement libre, gratuit et…accessible en ligne. Cela veut dire qu’il suffit d’un ordinateur connecté au Web pour s’inscrire et disposer en quelques minutes d’un logiciel de bibliothèque proposant toutes les fonctionnalités dont on a besoin : catalogage, prêt, retours, réservations, import/export unimarc, gestion des revues (périodiques), acquisitions, statistiques, etc.. Selon moi cela constitue une autre évolution, en termes de valeur ajoutée, des logiciels libres et gratuits de bibliothèque. Il n’y a rien à télécharger, rien à installer… tout se passe en ligne. Il n’y a pas non plus besoin de gérer des sauvegardes et des mises à jour.

Au premier contact on peut être pessimiste à la lecture de toutes ces affirmations, mais une fois franchi le seuil de l’inscription, étape préalable et facile à gérer, on mesure à sa juste valeur tout ce que promet le logiciel en terme de simplicité dans la pratique des opérations bibliothéconomiques courantes (catalogage, gestion des prêts, acquisitions, etc.). Par exemple pour le catalogage, il se fait en UNIMARC avec des masques de saisie libellés et combinant les numéros de zones et leur équivalent dans le langage humain, pas besoin donc de maîtriser à priori la nomenclature chiffrée d’UNIMARC qui s’acquièrera forcément au fur et à mesure que le catalogage se fera (très pratique pour apprendre et se familiariser avec le MARC universel).

catalogage

Cerise sur ce gâteau documentaire : la possibilité offerte gratuitement d’avoir un OPAC (interface utilisateur) pour sa bibliothèque créée avec Waterbear.

Imaginons quels avantages peuvent en tirer toutes les bibliothèques pauvres en ressources comme il y en a en nombre sous nos tropiques. Elles peuvent adopter l’outil pour gérer et rendre visibles leurs ressources documentaires. Même si la conception du logiciel s’inspire de l’environnement de la France, il est parfaitement adaptable au contexte sénégalais, voire africain. La preuve j’y ai créé ma propre bibliothèque (virtuelle 🙂 ) en guise de test et dans l’optique d’en partager les subtilités par ce canal-ci et une présentation à venir avec pas mal de printscreens.En attendant il est possible d’en savoir un peu plus sur Waterbear grâce à la documentation sous forme de vidéos explicatives.

Alors, pour tous ceux que ça intéresse, tous ceux qui sont déçus par l’anonymat de leur œuvre professionnelle au quotidien, ceux qui sont angoissés par les processus d’installation des SIGB classiques, etc., découvrez Waterbear et forgez-vous un une armure de « bibliothécaire-documentaliste dans les nuages » qui fait pleuvoir un peu plus de connaissances sur Terre surtout d’Afrique.

N° 84 – Les catalogues de données 1

Je poursuis mon parcours dans l’univers des données après le billet précédent portant sur une revue listée et catégorisée des sources de données disponibles sur le Web. Parmi celle-ci, il était fait état de sources à caractère national, donc de données produites au niveau des pays, notamment africains. Une investigation accrue dans ce sens, doublée d’un désir de satisfaire une curiosité professionnelle, m’a amené à m’intéresser à la manière dont les données «africaines» pouvaient être décrites et accessibles, selon un procédé identique  à celui des documents présents dans les catalogues classiques des bibliothèques. J’ai ainsi pu dénicher quelques très belles perles, dont le catalogue des données de l’ANSD (Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie) du Sénégal. Il est produit dans le cadre du programme d’archivage national des données du Sénégal (ANADS) géré par l’ANSD elle-même.
L’archivage des données, arrimé à Internet, fait surtout référence au concept de microdonnée. Ces microdonnées, qui sont des ressources importantes pour les gouvernements, les institutions nationales et les chercheurs du monde académique, surtout ceux en sciences sociales, sont le plus souvent issues d’enquêtes et de recensements. Elles représentent des ressources indispensables et doivent être gérées de façon à encourager leur utilisation et réutilisation. La politique nationale d’archivage des données se décline généralement en 06 activités qui vont de l’acquisition des données à leur dissémination en passant par la conservation, la documentation, le catalogage et l’anonymisation. Parmi celles-ci se trouve une activité essentielle qui est celle de la documentation, qui permet la réexploitation des données d’enquête et donc de nouveaux traitements statistiques. En effet ceux-ci ne sont possibles que si les producteurs d’enquêtes fournissent tous les documents qu’ils ont élaborés durant leur activité de collecte de données (conception d’échantillon, méthodologies, questionnaires, dictionnaires de variables, nomenclatures, etc.). Les Archives de données ont donc élaboré des techniques adaptées pour donner accès à l’information sur les données disponibles, afin de faciliter l’accès aux données elles-mêmes, respectant ainsi les spécifications définies par l’Initiative de Documentation des Données (DDI en anglais) et même celles des métadonnées du Dublin Core.
DDI est un standard technique de documentation basé sur le format XML qui permet de décrire des enquêtes et sondages en sciences humaines et sociales allant de la description du projet à la description détaillée de chaque variable. Pour ce faire, il a été élaboré un dictionnaire de balises de la norme DDI en anglais, traduit également en français.

L’activité de catalogage des données proprement dite, suit des procédures établies pour que les utilisateurs puissent identifier et accéder facilement aux informations recherchées. Ces informations mises à jour continuellement sont relatives au titre, au contenu, au contexte géographique, à l’opportunité, à la disponibilité et l’accessibilité de chaque ressource. Cet accès s’appuie sur un travail d’indexation et la mise à disposition d’un moteur de recherche interne.

De prime abord, tout cela peut paraître confus et peut susciter certaines interrogations légitimes, comme, par exemple, la manière de mise en œuvre pratique. Cependant, en découvrant le catalogue de l’ANSD du Sénégal, j’ai pu vérifier la faisabilité de tout cela en parcourant différentes notices figurant dans ledit catalogue. En poussant mes investigations j’ai pu découvrir que les activités de documentation, de catalogage, de dissémination, entre autres, sont effectivement possibles en grâce à un logiciel Libre dénommé NADA.
NADA qui en est à sa version 4.2, requérant au minimum une version PHP 5.3 ou supérieure et MySQL 5.3 ou supérieure pour une installation sans couacs, est une application Web de catalogage de microdonnées servant de portail aux chercheurs pour parcourir, rechercher, comparer et télécharger des données de recensement pertinents ou des résultats d’enquête. Il a été développé à l’origine pour soutenir la création d’Archives nationales de données d’enquête. L’application est utilisée par un nombre varié et croissant d’organisations nationales, régionales et internationales. D’ailleurs à part le Sénégal d’autres pays africains comme l’Ethiopie et l’Ouganda, par le biais de leur bureau statistique national, ont élaboré des catalogues utilisant ce logiciel. Pour en savoir plus sur son fonctionnement, ses composantes techniques, son téléchargement mais aussi découvrir d’autres outils comme l’éditeur de métadonnées en DDI, vous pouvez toujours visiter le site dédié à NADA.

Avec ce modeste exposé j’espère que vous en savez un peu plus sur ce que pourrait être un DATA LIBRARIAN.

N° 81 – Gestion de l’information et Développement au Sénégal 2

50 années se sont écoulées depuis que nos pays d’Afrique ont défait leurs liens politiques avec les puissances colonisatrices d’Europe. Un âge d’adulte qui, ramené à dimension humaine, est une station de la vie où tout individu a le désir d’avoir comme bilan d’étape, une réussite de sa vie à défaut de réussite dans la vie. A l’aube de ces indépendances politiques, le leitmotiv général était de faire de nos villes, nos capitales tout au moins, des cités comme celles d’Europe, sachant que ces villes principales (les capitales) sont un baromètre parfait pour mesurer l’état d’avancement général d’un pays. Nul besoin de trop s’épancher sur la situation, la réalité étant là pour en attester. Sommes-nous devenus comme des parisiens en 2013 ? – Non ! 🙂

Les causes de la stagnation ou du recul sont multiples, mais toujours est-il qu’elles ne peuvent être identifiées que dans le constat de l’inertie et l’inefficacité des structures et secteurs qui composent ce grand système qu’est l’Etat, dont les interactions  si elles sont bien huilées sont gage d’avancement et de développement.

Quel est la part de responsabilité des gestionnaires de l’information documentaire dans ce cas particulier du Sénégal ?

A mon humble avis, nous avons plus péché tout au long de notre histoire, par une relative passivité, non dans le désir d’être de bons professionnels, ni celui de vouloir bâtir un corps de métier fort et des lieux documentaires normativement fonctionnels, mais dans le combat du lobbying pour montrer à tous les gouvernements successifs, la position centrale qu’occupe l’accès à l’information et au savoir dans le processus de développement. Il faut toutefois reconnaître l’engagement militant de quelques anciens en ce sens, à qui il manquait sans doute un soutien quantitatif, eu égard au nombre assez limité de professionnels formés jusqu’à une certaine époque.

Quel est en effet le secteur de la vie étatique qui peut se passer d’une bonne gestion documentaire dont le maillon principal est sa dimension source de connaissances, impliquant aussi bien des sources externes et internes à l’Etat. Ces dernières étant par excellence le vivier sans lequel les actions d’aujourd’hui et celles de demain ne pourraient être efficientes ni efficaces. Avons-nous pour ce cas précis des structures archivistiques dignes de ce nom ? – Oui, notamment grâce à des générations de professionnels bien formés. Ces structures sont-elles valorisées ? – Non et c’est là où le bât blesse, là où la mémoire d’une nation mérite toute considération et valorisation, elle est tout simplement réduite à un statut de faire-valoir quand elle n’est pas tout simplement ignorée. Un statut sous-prioritaire aussi bien injuste qu’incompréhensible, quand on sait la place qu’a occupé ce pays dans l’histoire coloniale de l’Afrique et qu’il a durant plusieurs décennies abrité les archives de toute l’Afrique occidentale française, qu’il a abrité la première école de bibliothécaires et d’archivistes de l’Afrique francophone où a été formée la presque-totalité des professionnels des pays de cette zone linguistique du continent.

Devons-nous continuer à laisser-faire et perdurer ce statuquo absurde et incompréhensible, d’un pays sans bibliothèque nationale, avec un centre national de documentation scientifique et technique qui est en train de mourir de sa belle mort ? – Il ne faut surtout pas, car un pays sans mémoire est un pays sans identité et sans identité il est difficile de se réaliser et parce que pour réaliser il faut d’abord exister. Il est temps que nous nous projetions dans l’avenir, qui à l’échelle d’un pays se conjugue aussi dans le court terme.

Quel héritage laisserons-nous à nos petits frères et sœurs, nos fils et filles, nos petit-fils sur lequel ils pourront continuer à bâtir un pays qui les feraient s’épanouir et vivre comme les autres habitants des cités développées que nos pères avaient rêvées pour nous ? – Cet héritage ce sont des savoirs que nos anciens ont produit, que nos contemporains ont enrichis, que nos suivants amélioreront. Comme la lutte contre la déforestation qui aura pour finalité de continuer à fournir de l’ombre à la majorité de nos concitoyens, nous devons dès-à-présent redoubler d’efforts pour barrer la route à la désertification documentaire, en disant aux gouvernants qu’il n’est pas encore tard de collecter, par exemple, toute la documentation produite, à travers le monde, par des millions de cerveaux sénégalais et d’autres allogènes sur notre pays, d’identifier et de mailler tous les lieux documentaires du pays et de mettre en place des dispositifs fédérés d’accès à l’information comme le projet SIST en avait l’ambition, par exemple. C’est un impératif de mémoire pour les générations futures aiguillonnées qu’elles seront par des savoirs inspirants. Il ne s’agit nullement d’un combat au sens belliqueux du terme, défaut d’adversaire oblige, mais d’une exigence professionnelle envers nous-mêmes et un rappel de devoir pour un Etat qui se respecte en donnant à ses fils les moyens de se connaître et de renforcer leur identité patriotique. Réclamons une place dans les sphères de décision pour faire entendre une voix de raison, qui résonnera pour rappeler que l’ère de l’information est là, une ère du donner et du recevoir, ou le « donner » est aussi un indicateur du degré de respect dû à un Etat dans le vaste champ des Relations internationales. Descartes le disait si bien : « je pense donc je suis », les sénégalais sont aussi parce qu’ils pensent et cela depuis toujours, mais faudrait-il qu’eux-mêmes en aient conscience et le fassent savoir au monde.

La profession  « Infodoc » est un maillon du système étatique comme tous les autres segments qui siègent par exemple au Conseil économique et social, elle est aussi importante qu’une fonction culturelle dans une ambassade, en plus de pouvoir servir de relais de repérage de tous les brillants esprits de la diaspora qui ne rêvent pour la plupart que de partager leur production scientifique avec la mère-patrie. Ce sont autant d’exemples de pistes à explorer pour rétablir un ordre naturel qu’il est impensable de bouleverser dans des pays développés, c’est-à-dire placer la gestion de l’information et des connaissances au centre de tout processus de décision nationale et en faire un outil de souveraineté, donc identitaire. Une fois ce cap franchi, nous professionnels pourront ainsi démontrer nos aptitudes à relever ce défi ainsi posé, parce qu’en fin de compte tout est question de savoir-faire et de technicité et cela ne nous est pas étranger, bien au contraire.

Cependant pour arriver à des résultats probants en ce sens, il nous faut chasser le démon de la division qui dessert plus qu’elle ne nous sert. L’adage jamais démenti d’une union qui fait la force est toujours de mise et c’est le moment de poser des jalons pour réunir toutes les forces vives de profession « infodoc » du Sénégal, pour mener solidairement ce combat pour la valorisation de nos métiers et par ricochet le développement de notre patrie.

N° 78 – Mots sur la veille informationnelle, l’agrégation et la curation de contenus Réponse

Ce billet est le substitut d’un exercice plus vivant, et donc plus interactif, qui aurait dû se faire dans le cadre d’une séance d’échanges avec des étudiants en documentation. Une initiative que j’avais fortement voulu voir aboutir, dans le but de partager avec ces jeunes apprentis de la discipline Infodoc, des réalités professionnelles en cours, qu’il est important pour eux de pouvoir déjà mieux appréhender et d’avoir un peu plus de matière à faire valoir au seuil de leur entrée dans la vie active. Voici en substance ce que je disais dans la note introductive de cette conférence avortée pour cause d’indisponibilités dues au calendrier.

Titre : Veille informationnelle : agrégation et curation, autres tendances de la fonction Info-Doc

Note introductive

C’est une tautologie que d’affirmer l’ancrage du monde actuel dans la société de l’information, cette information qui est devenue, par la force des choses et depuis plusieurs années déjà, la matière première la plus universelle et la plus utilisée qui soit. La révolution numérique qui l’a rendue exponentielle, productivement parlant, en est aussi l’environnement de transformation, de diffusion et de partage sans lequel, toute tentative de sa gestion serait utopique. Aussi, faudrait-il donc avoir les moyens de maîtriser les sources de production des flux informationnels, savoir les filtrer pour recueillir l’information et les connaissances nécessaires et en faire l’usage adéquat. Une question qui interpelle particulièrement les acteurs des métiers de l’information documentaire classiques que sont la bibliothéconomie, la documentation et l’archivistique, tant leur activité se trouve ainsi résumée. Cette situation actuelle requiert de ces acteurs, et plus que jamais, une appropriation fonctionnelle de la réalité numérique. Une adaptation aux relents de métamorphoses qui définissent de nouveaux contours et entrelacs professionnels et élargissent les imaginaires de l’activité documentaire. En effet l’émergence de nouvelles manières d’agir et de penser concernant l’information présente sur les réseaux numériques, parmi lesquelles, l’autonomisation des internautes permise par le Web 2.0, et la multiplication de dispositifs logiciels permettant à ceux-ci de décrire, commenter, analyser, évaluer, critiquer les ressources documentaires du Web, rend vitale leur présence dans cet espace. Cette conférence se propose justement, d’exposer des pratiques du web devenues courantes et dont les professionnels que nous sommes, sont mieux outillés pour délivrer les meilleurs produits y résultant. Ces pratiques orientées vers le repérage, la capture et la diffusion de l’information peuvent être qualifiées de tendancielles, vu qu’au départ elles ne sont pas des tâches documentaires proprement dites, mais néanmoins en épousent parfaitement l’esprit et ouvrent des perspectives professionnelles, dont peuvent bénéficier aussi bien les professionnels en activité que ceux en devenir. Ma conviction est qu’une bonne maîtrise de ces pratiques, maintiendra et renforcera la place du professionnel de l’info-doc dans l’architecture fonctionnelle de son secteur d’activités et fournira aux futurs diplômés un surplus argumentatif en vue de leur insertion professionnelle.

Je partage donc ci-dessous la présentation qui était prévue à cet effet, mais sans les commentaires qui auraient mieux pu faire comprendre le fond de ma pensée sur ces fonctions et tendances de la fonction Infodoc. Ayant consacré beaucoup de temps et d’énergie à préparer cela, il m’est paru évident de la partager, d’autant plus que les pratiques et outils décrits et présentés ici connaissent une évolution continuelle. L’évitement du risque d’obsolescence est ainsi aussi une raison objective de vulgarisation de cette réflexion.

N° 77 – CollectiveAccess : un outil pour gérer des collections patrimoniales 2

Comme le suggère le titre de ce billet, mon but est de présenter le logiciel CollectiveAccess, qui est un outil est un « outil de catalogage et une application web pour les musées, les archives et les collections numériques ». Il est développé par la société Whirl-i-Gig et est disponible gratuitement sous licence Opensource GPL. Pour une fois in ne sera pas nécessaire de trop s’épancher sur les fonctionnalités proposées par le logiciel tant le site qui lui est dédié en français est tout particulièrement exhaustif en la matière. Il suffit juste d’y accéder et découvrir déjà sur la page « A propos  » ou « Découvrir » une description détaillée de l’application.

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Je me permettrai seulement d’exprimer mon enthousiasme en découvrant cet outil (qui est là depuis un certain moment soit-dit en passant) qui établit un vrai pont entre gestion informatisée des objets muséographiques et informatique documentaire (archives surtout). Car si l’application répond bien à ce qu’il prétend être et pouvoir faire, cela voudrait simplement dire que le vœu pieux de rendre interopérable les standards de description muséographique à celle documentaire, se trouverait ainsi exaucé (enfin pour certains) et de la plus simple des manières. Il serait donc tout à fait possible d’avoir accès, sur et à partir  d’un même espace en ligne, à des contenus que rien, de par les nombreux standards de description qui leur sont propres, ne destinait à se côtoyer ainsi. Le « rêve parfait » de tout professionnel actif dans la valorisation des patrimoines documentaires et un outil de gestion à proposer dans tous les processus éducatifs relatifs à ce domaine. Car la valorisation des patrimoines documentaires ne saurait se passer du formidable médium qu’est le web, qui se nourrit lui-même des produits issus des applications métiers, tel que CollectiveAccess qui propose une interface Web de consultation. CollectiveAccess est ainsi composé actuellement de deux applications, une application centrale et de gestion des données appelée Providence (nécessaire pour créer une collection) et d’une application pour l’accès public web (optionnelle) appelée Pawtucket. Si vous désirez installer CollectiveAccess sur un serveur de production,  il vous faut installer ces deux applications séparément.

Sur mon installation locale de découverte, j’ai aimé la simplicité de la saisie des données grâce à un bordereau de saisie qui reprend, dans le libellé de ces champs, les éléments du Dublin Core. J’aime tout autant l’intégration des vedettes-matières de la Bibliothèque du Congrès (LCSH), proposées pendant l’indexation des documents et qui garantit une cohérence des termes dans le schéma général de l’indexation. Comment passer sous silence les options d’utilisation de GoogleMaps, GoogleEarth ou Geonames pour le géoréférencement et la localisation du lieu de conservation de l’objet ou du document ?

Pour cette installation en local (localhost), il est préférable de choisir l’option des packages QuickStart. « Ces packages incluent les prérequis basiques et une installation pré-configurée basée sur DublinCore. Ceci inclut à la fois Providence l’application de catalogage, Pawtucket l’interface de publication et XAMPP qui fait office de serveur Web. Téléchargez le package sur votre ordinateur, décompressez, copiez le dossier XAMPP sur votre votre disque dur C et ouvrez l’application « START COLLECTIVEACCESS » dans XAMPP et démarrez les services Apache et MySQL. Ensuite saisissez l’adresse http://localhost/providence sur votre navigateur et commencez à découvrir l’outil et saisir vos données (à cette étape un login et un mot de passe vous sont fournis pour démarrer). Simple comme Bonjour 🙂 ! Toutefois, XAMPP utilisant le même que port que certaines applications comme Skype, vous ne pouvez le lancer que quand Skype est fermé, démarrez donc d’abord XAMPP et ses services Apache et MySQL avant de vous connecter à Skype.

Note : Les packages QuickStart sont destinés à l’évaluation en monoposte, pour un seul utilisateur. Si vous prévoyez d’utiliser CollectiveAccess pour un vrai projet, il est recommandé voire impératif d’installer les packages d’installation standard sur un serveur adéquat. 

Voir ci-dessous le petit tutoriel que j’ai élaboré expliquant l’installation et présentant certaines fonctionnalités.

N° 74 – Ressources mondiales en Maîtrise de l’information 3

infolit-logoL’UNESCO vient de publier un Panorama des ressources en Maîtrise de l’information dans le monde. Ce guide à l’intention des étudiants, professionnels de l’information, enseignants, chercheurs, etc., a nécessité la collaboration de pas moins de 93 spécialistes du domaine et locuteurs de 42 langues dans lesquelles sont déclinées les différentes ressources proposées. L’intégralité du document est accessible ici avec possibilité de le lire en PDF ou en ePub pour les détenteurs de d’appareils mobiles ou de Logiciels de lecture pour PC tel que Calibre.

Cet outil vient compléter tout le travail accompli depuis plus d’une décennie pour promouvoir le concept de « Maîtrise de l’information » en vue de son adoption et opérationnalisation dans les différents contextes éducationnels de la planète. En effet le guide a pour but de fournir une approche inclusive et multilingue, en rassemblant les contributions de ces spécialistes d’origine diverse, permettant ainsi aux potentiels utilisateurs de divers horizons et nationalités d’accéder à des informations pertinentes dans leur langue maternelle. Il se veut être un outil didactique de base à l’intention des enseignants et bibliothécaires des cycles d’enseignement primaire, secondaire et supérieur, pour formater des plans de cours et autres tutoriels dédiés à la formation à la maîtrise de l’information, en direction des élèves et étudiants. Il va sans dire que la pertinence de ce guide multilingue réside surtout dans le fait que les communautés, quelles qu’elles soient, sont mieux en mesure d’identifier leurs besoins d’information, d’accéder à cette information, l’évaluer, l’utiliser, ou la créer et la partager, si elles sont aidées en cela, par des outils propres à leur langue maternelle. Ceci entre en droite de ligne avec l’idéal poursuivi par l’UNESCO (Déclaration de Moscou de juin 2012) ou encore l’IFLA (Recommandations de décembre 2011), qui reconnaissent le rôle primordial de l’information et des médias dans nos vies de tous les jours, car il se trouve au cœur de la liberté d’expression et l’accès à l’information, nécessaires pour la construction et l’application de nouvelles connaissances,  qui elles-mêmes font progresser le monde et par conséquent le bien-être de chaque individu.

Pour la partie purement francophone du document, il fait un focus sur trois pays : la France, le Canada et la Belgique. Une liste de ressources très appréciable pour qui les connaît et les a déjà utilisées D’ailleurs, je recommande vivement l’outil de formation InfoSphère développé par l’UQAM (Québec) qui a été adopté et adapté par les services de bibliothèque d’autres universités francophones du Canada (Montréal et Laval) et de Belgique (Louvain). Je l’utilisais moi-même comme source d’inspiration, lorsque j’enseignais la maîtrise de l’information aux étudiants en Sciences de la santé de l’UGB durant une vie professionnelle antérieure.

Il est aussi louable de noter la prise en compte de deux langues typiquement africaines dans le guide : l’Amharique d’Ethiopie et le Shona du Zimbabwe, mais tout aussi déplorable l’absence de langues comme le Swahili et pourquoi pas le Wolof (un peu de chauvinisme 🙂 ) dont la présence sur Internet et le Web est de plus en plus visible depuis quelques années avec, par exemple, des versions « wolofisées » de Google ; Wikipédia  et même du navigateur Mozilla Aurora. Il ne reste qu’à produire des contenus et des ressources en maîtrise de l’information pour les intégrer dans le guide, d’autant plus que celui-ci est évolutif selon les mots même de l’auteur, ce qui est une excellente chose pour la prise en  compte future de toutes les autres langues qui ne manqueront pas de  se manifester en vue d’être partie intégrante de ce document de référence.

Je voudrai pour terminer, féliciter mes quelques collègues du Comité permanent de la Section Maîtrise de l’information de l’IFLA qui ont eu collaborer dans le cadre de cette publication, pour le compte de leur propre pays et/ou groupe linguistique dans lequel s’exerce leur activité professionnelle.

N° 73 – Principes de l’IFLA sur le «eLending» Réponse

L’IFLA vient de publier ses Principes pour le prêt des livres électroniques (e-books) dans les bibliothèques (comprendre qu’on parle ici aussi bien du support matériel qui sert à lire des informations numérisées et la version numérisée d’un livre contenue par exemple dans ce support). Ces principes sont le fruit d’une réflexion menée en Novembre 2012 à La Haye, qui est elle-même le prolongement d’une préoccupation générale du monde des bibliothèques et relatif à la diffusion des ressources électroniques fournies par les éditeurs commerciaux. Depuis plus d’une décennie, cette réalité de la fourniture d’accès à des contenus numériques est observable dans les bibliothèques et concerne plus particulièrement ceux qui sont disponibles en ligne, particulièrement à partir des bases de données. Dès 2001 l’IFLA avait fini d’édicter un ensemble de principes de base qui devraient prévaloir dans les relations contractuelles et les contrats écrits entre bibliothèques et fournisseurs d’information, notamment en ce qui concerne les licences d’accès et de diffusion. Les principaux sujets de préoccupation pour les bibliothèques étaient : l’archivage et la préservation pérenne du contenu, la capacité de jouir des exceptions de la législation sur le droit d’auteur, les coûts, le prêt entre bibliothèques, la flexibilité sur la licence et la protection de la confidentialité des utilisateurs.

En 2007 avec l’explosion des appareils de lecture de contenus numériques tels que les liseuses et autres dispositifs apparentés, l’offre en documentation électronique s’est étendue avec la mise à disposition de ces nouveaux supports. Ces livres électroniques commerciaux désormais incorporés dans les collections des bibliothèques, ont poussé l’IFLA à élaborer des principes relatifs à leur prêt aux utilisateurs et qui vont au-delà de ceux édictés dans le document de 2011.

En effet pour les bibliothèques, des différences notoires sont apparues dans le processus d’acquisition de deux types de contenus numériques. Dans le document de 2001 les principes assument un consentement mutuel entre le fournisseur d’information (éditeur) et l’acquéreur d’accès à cette information (bibliothèque) et plaident pour des contrats de licence standard avec des termes et conditions pour un certain nombre de domaines. Mais les grandes maisons d’édition commerciales multinationales adoptent des approches très différentes lors de la vente de livres électroniques aux bibliothèques et évitent de s’engager dans des discussions collectives sur les conditions en raison de préoccupations sur la législation anti-concurrence. Il faut ajouter à cela une complexité qui découle des restrictions d’interopérabilité pour les utilisateurs finaux dictées par les fabricants et distributeurs d’appareils de lecture numérique (Amazon, Apple,…) et des restrictions d’utilisation imposées par les vendeurs et revendeurs de contenu (OverDrive, Amazon …). Ensuite, il faut noter que même avec une négociation de licence sur des collections agrégées d’e-books,  ces derniers une fois mis à disposition des bibliothèques, le sont sous une base de licence par titre de la part des éditeurs ou revendeurs avec des termes et conditions non-négociables. Enfin les éditeurs sont détenteurs de droits circonscrits à une région bien déterminée, ce qui restreint leur possibilité d’accorder des contrats pour le prêt entre bibliothèques vers des régions où ils ne détiennent pas de droits et découragent autant que les revendeurs, la mise en œuvre de licences consortiales concernant les e-books. Toutes ces considérations ont poussé le Governing Board de l’IFLA à approuver les principes sur le prêt des e-books.

Ceux-ci se déclinent en 05 points que voici :

  • Possibilité pour les bibliothèques d’acquérir des licences et /ou acheter tout e-book disponible sur le marché sous une variété de conditions en fonction de la nature du travail des bibliothèques et des droits qui leurs sont accordés ainsi qu’à leurs usagers.
    • le nombre d’utilisateurs simultanés
    • la période de temps permise à la bibliothèque pour rendre le livre électronique disponible
    • l’option d’achat ferme avec disponibilité permanente (à des fins de conservation à long terme, les  travaux édités commercialement peuvent être déposées auprès des organismes spécifiés dans la législation nationale comme étant attributaires du dépôt légal)
    • la limite sur le nombre total de prêts permis
    • les dates de publication et vente au détail (pas d’embargo sur les nouveaux titres acquis grâce à la licence de la bibliothèque)
  • Étant donné le respect mutuel des droits d’auteur de la part des titulaires de droits et des bibliothèques, toute option de licence ou d’achat d’e-books offerte aux bibliothèques doit respecter les exceptions et limitations en faveur des bibliothèques et de leurs usagers y compris le cas échéant :
    • le droit de faire copie d’une partie de l’œuvre,
    • de reformater l’œuvre à des fins de conservation, si elle est autorisée ou achetée pour un accès pérenne,
    • de fournir une copie pour le prêt entre bibliothèques,
    • de reformater une œuvre pour permettre une impression accessible aux handicapés.

Les bibliothèques devraient avoir le droit de contourner une mesure technique de protection dans le but de faire tout usage à finalité autre que la contrefaçon.

  • Les e-books disponibles dans les bibliothèques devraient être utilisables sur tous les appareils de lecture numérique courants (interopérabilité)
  • Les bibliothèques et leurs usagers doivent être en mesure de contrôler l’utilisation des renseignements personnels d’un utilisateur, y compris ses choix de lecture dans la bibliothèque numérique.
  • Lorsque les éditeurs et/ou auteurs, et/ou revendeurs refusent l’accès à des livres électroniques de la bibliothèque, la législation nationale devrait exiger un tel accès dans des conditions raisonnables.

Le texte proposé ici est en grande partie ma propre traduction de portions de textes tirées des documents de l’IFLA concernant cette question. Ceci dans le but de donner aux collègues francophones un aperçu plus compréhensible de ces principes en attendant une traduction plus officielle et souhaitable.

En tout état de cause le dossier du copyright (droit d’auteur) et son application en bibliothèque demeure un vaste champ encore en friches qui s’est complexifié encore plus avec l’environnement numérique. Cette prise en compte de l’IFLA n’en est donc que plus pertinente, intéressante et salutaire, au moment où on peut sérieusement s’interroger sur ses enjeux pour les bibliothèques.

N° 71 – C’est quoi un « Subject Librarian » ? Réponse

Cette question m’est venue à l’esprit il y a un an (en 2011) quand j’ai eu l’opportunité de participer à l’assemblée générale d’EIFL tenue à Minsk (Biélorussie). La session de présentation du logiciel SubjectsPlus, qui permet d’élaborer des guides de recherche sur des ressources en ligne m’avait permis de redécouvrir le concept de Subject Librarian découvert avec intérêt plutôt en 2008. Mais le peu de littérature qui lui est consacré sur la toile francophone, avait fini de plomber mon enthousiasme et ma curiosité d’en savoir un peu plus sur ce que pouvaient être les attributions de ce type « particulier » de bibliothécaire.  Je me suis donc, ces jours-ci, remis en selle en quête de plus de certitude vis-à-vis de cette culture professionnelle née et développée dans les sphères anglo-saxonne et germanique. J’ai voulu tout d’abord trouver un équivalent sémantique dans la langue française avec un maigre espoir de tomber sur une expression qui fait l’unanimité entre la Francophonie française et la Francophonie canadienne, en passant par celles suisse et belge, voire africaine. Que Nenni, pas une expression consacrée, mais des constructions de mots diverses pour définir un état professionnel à plusieurs ramifications. En naviguant donc sur le Web francophone, je suis néanmoins tombé sur un excellent article du professeur Derek Law de l’Université de Strathclyde, datant de novembre 2010 et traduit en français par Bertrand Calenge, qui m’a permis un passage de l’ombre de l’appréhension à la lumière de la compréhension. Dans les notes de cet article hautement instructif, Calenge dit en effet ce qui suit :

Dans la pluralité des métiers de bibliothécaire, le monde anglo-saxon distingue en particulier le « reference librarian », le « subject bibliographer » et le « subject librarian ». Ces appellations diverses recouvrent en fait deux réalités aux frontières mouvantes : l’écoute des demandes d’information des usagers, associée à une manipulation experte des outils de recherche documentaires, notamment informatiques (reference librarian) ; la compétence experte dans une discipline ou un ensemble de disciplines, et bien sûr la gestion des collections correspondantes (subject bibliographer, ainsi nommé parce qu’une de ses fonctions est d’établir des bibliographies hautement spécialisées) ; le « subject librarian » peut être vu comme un hybride de ces deux types de bibliothécaires : spécialisé dans une discipline ou un sujet, il gère la collection et est également personne-ressource pour les utilisateurs. Dans les faits, l’appellation varie selon les établissements (par exemple, mais sans que cela soit une règle absolue, les bibliothèques anciennes, aux collections prestigieuses, parleront souvent de « subject bibliographers », les universités plus récentes signaleront des « subject librarians ») ».

Cela a le mérite d’être clair et de surtout circonscrire l’activité du Subject Librarian au monde des bibliothèques universitaires et de recherche. Outre les tâches classiques dévolues à tout bibliothécaire, il lui assigné un rôle d’accompagnement actif et constant des enseignants, chercheurs, étudiants et autres acteurs du domaine universitaire dans lequel il se meut, avec une maîtrise convenable de l’outillage informatique et de ses services dérivés.

Il lui est demandé plus concrètement : de contribuer à l’amélioration des enseignements académiques en liaison avec les départements universitaires ; de créer, mettre à jour et gérer des ressources d’information, à la fois électroniques et imprimées ; de sélectionner, d’acquérir et de cataloguer des ressources d’information en utilisant des logiciels documentaires ; d’aider les chercheurs en situation de recherche documentaire à utiliser les bases de données, les ressources imprimées et le Web ; d’assurer des séances de formation pour accroître les compétences des étudiants à la maîtrise de l’information ; de traiter les demandes de tout utilisateur et de prodiguer des conseils personnalisés s’il y a lieu ; etc.. Tout cela, bien entendu, ne pouvant se faire efficacement sans une bonne tenue à jour concernant les développements professionnels dans le secteur des bibliothèques, (cela passant par la mise en place de dispositifs de veille) et sans une participation effective à des groupes ou réseaux professionnels plus ou moins formels.

Le poste de Subject Librarian doit surtout être réservé à un spécialiste avéré d’un domaine ou discipline, d’où l’exigence d’une formation de haut niveau pour le préposé à cette tâche. Un cas « idéal » serait d’avoir d’abord une licence dans le domaine concerné, poursuivie d’une formation « Masterisante » dans ce même domaine et entrecoupée par l’obtention d’un diplôme bibliothéconomique. Ce qui signifie que les Subjects Librarians soient des professionnels avec un niveau d’éducation au-dessus de la moyenne, une sorte d’ « élite » bibliothéconomique, ayant une position de premier ordre dans l’architecture fonctionnelle d’une université ou structure assimilée, surtout dans un contexte d’éducation à la maîtrise de l’information et de coopération avec les facultés. Bon là c’est pour l’idéal, mais à défaut de cela, une bonne culture du domaine et un solide bagage bibliothéconomique pourraient bien faire l’affaire, étant entendu que c’est aussi par la pratique que l’on cultive le savoir-faire.

Dans l’entame de billet j’ai fait référence à SubjectPlus un logiciel gratuit qui assurément peut-être un compagnon idéal du Subject Librarian, car lui permettant d’élaborer des guides de recherche pour les ressources électroniques proposées par sa bibliothèque et permettre facilement leur accès aux utilisateurs.

Voici quelques exemples de bibliothèques l’utilisant déjà et deux captures d’écran de notre propre installation locale.

Liste Bases de données