N° 30 – Information literacy, un concept pour nous Réponse

Qui sommes-nous ?

Des spécialistes de l’information, d’autres diront professionnels de l’information dans un acte d’affirmation qui ne doit souffrir d’aucune contestation, ni même d’aucun doute. Cependant pour qu’un tel acte soit protégé de toute remise en cause, il nous faut nécessairement nous donner les moyens d’être de vrais spécialistes. En d’autres termes notre devoir est de tout connaître concernant la dynamique de l’information.

L’Information literacy (IL) figure en bonne place dans cette dynamique est n’est pas un concept nouveau, car dès 1974, il a été mentionné par Paul Zurkowski. Je ne vais pas revenir sur la dizaine de définitions qui concerne le concept, là n’est pas mon propos, mais sur ce qu’il induit, à savoir que tout homme, tout au long de sa vie, doit arriver à une réelle maîtrise de l’information dans un but de développement personnel et cela par l’acquisition de compétences informationnelles. Celles-ci peuvent se résumer à :

  • savoir identifier ses besoins en information
  • savoir formuler les bonnes requêtes ou équations de recherche
  • connaître les sources d’information et les moyens de les interroger
  • savoir évaluer ou critiquer l’information acquise
  • savoir l’organiser pour mieux l’utiliser dans la vie quotidienne

Rien d’extraordinaire pour les spécialistes que nous-sommes, ce qui explique le titre choisi pour ce billet, alors faisons-en un concept-nôtre comme le suggère cette étude sur la maîtrise de l’information publiée par l’UNESCO sur le sujet. Cependant il ne s’agit plus pour nous d’être des pourvoyeurs au sens classique du terme, où nous allions chercher l’information et la communiquer à l’usager, mais bien de donner à ce dernier les moyens d’être autonome dans sa quête informationnelle. Changement radical de cap donc et nouvelle vision de nos rapports avec l’usager, celui-ci devenant de fait un élève à éduquer (nous ne lui donnons plus l’information, nous lui apprenons à l’acquérir). Peut-être que spontanément ou ponctuellement, au cours de nos pérégrinations professionnelles, avons-nous appris à quelques carabins comment faire une recherche dans un catalogue matières ou auteurs ? Eh bien il s’agit de dépasser ces gestes conjoncturels pour mettre en place des canaux structurels par lesquels, l’accès à la maîtrise de l’information sera une réalité au sein de nos espaces documentaires.

Mais quels espaces documentaires ?

Tous sont concernés, du plus petit centre de documentation à la plus grande bibliothèque qui puisse exister, en fait partout où nous rencontrerons des individus intéressés par une quête de savoir. Les structures les plus évidentes pour remarquer cette quête de savoir sont, sans aucun doute, les espaces d’éducation (écoles, lycées, universités,…) et les efforts de mise en pratique du concept de l’IL s’y rencontrent le plus souvent (dans l’hémisphère nord notamment). Pour ce qui est des possibilités d’application dans l’espace universitaire, je vous propose ci-dessous (en fin d’article) une présentation faite à l’EBAD en octobre 2008, par Zuza Wiorogorska, une collègue de l’Université de Varsovie. Je voudrai par contre suggérer quelques comportements en direction des parents pauvres de la bibliothéconomie sénégalaise (ou africaine généralement) que sont les bibliothèques publiques et scolaires. On pourrait faire évoluer ces espaces en des lieux d’apprentissage à la maîtrise de l’information, où les usagers (pour la plupart des élèves) seraient initiés au processus de recherche d’information : quelles sont les principales sources d’information (y inclus pour le numérique), comment les utiliser, quelle attitude adopter devant la quête d’information, comment éviter « bruit » et « silence », comment exploiter des résultats de recherche, etc. ? Au bout du compte, ils seront très tôt familiarisés aux techniques d’acquisition du savoir qui leur seront utiles pour l’avenir. D’un autre côté la visibilité sera accrue du côté des collègues qui interviennent dans ces environnements documentaires, espaces qui cesseront d’être uniquement des dépôt de manuels scolaires ou autres lieux de stockage de romans à l’eau de rose. Ces espaces seront perçus comme des lieux d’éducation en même temps les salles de classe et leurs animateurs  comme des éducateurs au même titre que les enseignants et professeurs. Cela supposera cependant que les moyens soient mis à disposition (parmi autres, une connexion Internet et les PC qui vont avec, un minimum), que les objectifs et programmes de formation soient bien pensés et définis, mais surtout que les spécialistes de l’information ainsi ciblés soient eux aussi capables de maîtriser l’information par l’acquisition des compétences informationnelles (on ne peut transmettre que ce que l’on a parfaitement maîtrisé) et affirmer ainsi leur professionnalisme. Nous rejoindrions ainsi les préoccupations de l’IFLA qui, en 2004 à Buenos Aires, avait choisi l’IL comme un des thèmes du congrès et a créé une « section IL » dès 2002.

Il ne s’agit pas ici de révolution mais d’évolution qui fait de nous, non plus les derniers maillons du processus d’accès au savoir, mais les pourvoyeurs des clés qui ouvrent les portes de la connaissance. Evolution nécessaire pour faire de nous des acteurs essentiels de la Société de l’information qui présuppose, pour « boucler la boucle », que nous soyons nous aussi inscrit à l’école de l’apprentissage tout au long de la vie.

Je suggère la lecture de cet article très bien fait et un rappel du dossier de l’UNESCO sur la maîtrise de l’information.

Enfin, ci-dessous, la présentation tantôt évoquée et disponible en téléchargement sur slideshare.


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