N° 72 – Il était une fois la « LibraryBox »

Tel pourrait être, dans un futur plus ou moins lointain, le titre de légende pour une « invention », qui de par ses promesses utilitaires, renforcera les mécanismes en cours et établis pour permettre un accès libre à l’information pour le plus grand nombre de personnes. Le projet LibraryBox repose sur une technologie Open Source permettant de stocker des fichiers numériques (ebooks, des œuvres musicales, etc.) sur un lecteur Flash (clef USB) et de les diffuser grâce à un routeur de poche. Dirigé par Jason Griffey, le projet a pris racine dans le département informatique de la bibliothèque de l’Université du Tennessee à Chattanooga et est utilisé depuis par des bibliothèques pour partager des ressources d’information, notamment des livres électroniques disponibles dans leur catalogue.

Le principe de fonctionnement emprunté au Projet PirateBox, repose sur la technologie Wi-Fi tout en étant indépendant du réseau Internet. En effet, LibraryBox ne permet pas de se connecter à Internet mais peut-être découvert et accessible comme un réseau sans fil standard, par n’importe quelle personne disposant d’un Smartphone ou tout autre appareil doté de la technologie Wi-Fi. De ce fait, toute bibliothèque disposant d’une LibraryBox peut stocker des documents électroniques et les rendre accessibles à des utilisateurs détenant des appareils dotés de cette technologie sans fil. Cela accroît et diversifie, sans nul doute, l’offre de services documentaires au public de la bibliothèque, où conceptuellement on passerait de la notion de catalogue (en ligne) à celle de serveur de documents (expression que j’emprunte à la bibliothèque du CERN qui présente son OPAC en ces termes et que nous avons-nous-mêmes repris pour le nôtre encore en cours de finalisation).

En reprenant la philosophie du projet PirateBox  du professeur David Darts de l’Université de New York et qui permet à quiconque, au sein de l’univers du sans fil, de télécharger des images, musiques, documents, vidéos, et autres types de fichiers et cela dans un anonymat total,  Griffey a cependant modifié le code source initial et modifié certains paramètres de l’application pour le rendre plus conforme aux réalités des bibliothèques, par exemple, celles liées aux droits de diffusion et distribution de certaines œuvres.

Pour ce qui est du matériel technique, il faut savoir que les LibraryBox pré-faites ne sont pas disponibles à l’achat, il faut acheter les composants qui sont peu coûteux et les assembler plus ou moins facilement. Les instructions sont disponibles sur le Web, notamment sur comment configurer le routeur étape par étape. Le modèle de Griffey utilise un routeur portable TP-Link TL-MR3020 dont le prix est d’environ 40 $, les autres composants sont le lecteur flash dont le prix dépend de la capacité de stockage et éventuellement une batterie USB pour l’autonomie électrique.

Rêvons et imaginons-nous dans quelques années en Afrique, avec une généralisation croissante de l’utilisation des Smartphones et des liseuses électroniques, couplée aux possibilités offertes par cette boîte de diffusion numérique, d’avoir la formidable opportunité de servir la documentation à des publics se trouvant dans les zones où la connectivité Internet est défaillante voire inexistante. En lieu et place d’un bibliobus par exemple, le bibliothécaire se déplacerait avec une toute petite boîte pleine de trésors,  une bibliothèque ambulante et discrète aussi fournie qu’une bibliothèque numérique classique, mais sans les pesanteurs d’accès inhérents au protocole Internet et ses adresses physiques, qui continuent d’exclure un très grand nombre de l’accès aux connaissances.

N° 71 – C’est quoi un « Subject Librarian » ?

Cette question m’est venue à l’esprit il y a un an (en 2011) quand j’ai eu l’opportunité de participer à l’assemblée générale d’EIFL tenue à Minsk (Biélorussie). La session de présentation du logiciel SubjectsPlus, qui permet d’élaborer des guides de recherche sur des ressources en ligne m’avait permis de redécouvrir le concept de Subject Librarian découvert avec intérêt plutôt en 2008. Mais le peu de littérature qui lui est consacré sur la toile francophone, avait fini de plomber mon enthousiasme et ma curiosité d’en savoir un peu plus sur ce que pouvaient être les attributions de ce type « particulier » de bibliothécaire.  Je me suis donc, ces jours-ci, remis en selle en quête de plus de certitude vis-à-vis de cette culture professionnelle née et développée dans les sphères anglo-saxonne et germanique. J’ai voulu tout d’abord trouver un équivalent sémantique dans la langue française avec un maigre espoir de tomber sur une expression qui fait l’unanimité entre la Francophonie française et la Francophonie canadienne, en passant par celles suisse et belge, voire africaine. Que Nenni, pas une expression consacrée, mais des constructions de mots diverses pour définir un état professionnel à plusieurs ramifications. En naviguant donc sur le Web francophone, je suis néanmoins tombé sur un excellent article du professeur Derek Law de l’Université de Strathclyde, datant de novembre 2010 et traduit en français par Bertrand Calenge, qui m’a permis un passage de l’ombre de l’appréhension à la lumière de la compréhension. Dans les notes de cet article hautement instructif, Calenge dit en effet ce qui suit :

Dans la pluralité des métiers de bibliothécaire, le monde anglo-saxon distingue en particulier le « reference librarian », le « subject bibliographer » et le « subject librarian ». Ces appellations diverses recouvrent en fait deux réalités aux frontières mouvantes : l’écoute des demandes d’information des usagers, associée à une manipulation experte des outils de recherche documentaires, notamment informatiques (reference librarian) ; la compétence experte dans une discipline ou un ensemble de disciplines, et bien sûr la gestion des collections correspondantes (subject bibliographer, ainsi nommé parce qu’une de ses fonctions est d’établir des bibliographies hautement spécialisées) ; le « subject librarian » peut être vu comme un hybride de ces deux types de bibliothécaires : spécialisé dans une discipline ou un sujet, il gère la collection et est également personne-ressource pour les utilisateurs. Dans les faits, l’appellation varie selon les établissements (par exemple, mais sans que cela soit une règle absolue, les bibliothèques anciennes, aux collections prestigieuses, parleront souvent de « subject bibliographers », les universités plus récentes signaleront des « subject librarians ») ».

Cela a le mérite d’être clair et de surtout circonscrire l’activité du Subject Librarian au monde des bibliothèques universitaires et de recherche. Outre les tâches classiques dévolues à tout bibliothécaire, il lui assigné un rôle d’accompagnement actif et constant des enseignants, chercheurs, étudiants et autres acteurs du domaine universitaire dans lequel il se meut, avec une maîtrise convenable de l’outillage informatique et de ses services dérivés.

Il lui est demandé plus concrètement : de contribuer à l’amélioration des enseignements académiques en liaison avec les départements universitaires ; de créer, mettre à jour et gérer des ressources d’information, à la fois électroniques et imprimées ; de sélectionner, d’acquérir et de cataloguer des ressources d’information en utilisant des logiciels documentaires ; d’aider les chercheurs en situation de recherche documentaire à utiliser les bases de données, les ressources imprimées et le Web ; d’assurer des séances de formation pour accroître les compétences des étudiants à la maîtrise de l’information ; de traiter les demandes de tout utilisateur et de prodiguer des conseils personnalisés s’il y a lieu ; etc.. Tout cela, bien entendu, ne pouvant se faire efficacement sans une bonne tenue à jour concernant les développements professionnels dans le secteur des bibliothèques, (cela passant par la mise en place de dispositifs de veille) et sans une participation effective à des groupes ou réseaux professionnels plus ou moins formels.

Le poste de Subject Librarian doit surtout être réservé à un spécialiste avéré d’un domaine ou discipline, d’où l’exigence d’une formation de haut niveau pour le préposé à cette tâche. Un cas « idéal » serait d’avoir d’abord une licence dans le domaine concerné, poursuivie d’une formation « Masterisante » dans ce même domaine et entrecoupée par l’obtention d’un diplôme bibliothéconomique. Ce qui signifie que les Subjects Librarians soient des professionnels avec un niveau d’éducation au-dessus de la moyenne, une sorte d’ « élite » bibliothéconomique, ayant une position de premier ordre dans l’architecture fonctionnelle d’une université ou structure assimilée, surtout dans un contexte d’éducation à la maîtrise de l’information et de coopération avec les facultés. Bon là c’est pour l’idéal, mais à défaut de cela, une bonne culture du domaine et un solide bagage bibliothéconomique pourraient bien faire l’affaire, étant entendu que c’est aussi par la pratique que l’on cultive le savoir-faire.

Dans l’entame de billet j’ai fait référence à SubjectPlus un logiciel gratuit qui assurément peut-être un compagnon idéal du Subject Librarian, car lui permettant d’élaborer des guides de recherche pour les ressources électroniques proposées par sa bibliothèque et permettre facilement leur accès aux utilisateurs.

Voici quelques exemples de bibliothèques l’utilisant déjà et deux captures d’écran de notre propre installation locale.

Liste Bases de données

N° 70 – ICA-AtoM, logiciel de gestion archivistique

Ayant découvert ce logiciel dès ses premières versions il y a 04 ans, je ne m’y suis pas trop intéressé depuis, peut-être parce qu’étant extérieur au corps de métier des archivistes et leurs règles de description spécifiques. Je ne sentais pas trop, en tant que bibliothécaire, la nécessité d’en faire un centre d’intérêt. Ajoutée à cela, une culture informatique très basique qui était un frein à toute initiative d’installation du logiciel (que je trouvais compliquée) et donc de découverte de ses potentialités. Alors qu’est-ce qui a bien pu changer fondamentalement pour que ce billet puisse voir le jour ?

  • Tout d’abord un intérêt professionnel, lorsqu’il m’a fallu trouver un outil capable de gérer un petit fonds d’archives institutionnelles et qui soit typiquement dédié à cela. Il est regrettable de constater la faiblesse de l’offre logicielle archivistique, comparée à celle bibliothéconomique qui foisonne de logiciels aussi bien libres que propriétaires.
  • Ensuite, un désir de partager avec des collègues archivistes ou assimilés, l’existence d’un outil capable d’améliorer le traitement descriptif de leurs fonds d’archives, avec la possibilité de les rendre accessibles en ligne à l’image des OPAC de bibliothèque.

Eh bien, ICA-AtoM, c’est exactement cela et c’est performant en plus.

En effet il permet d’informatiser un fond d’archives en prenant en charge toutes les opérations archivistiques traditionnellement effectuées en mode manuel et cela dans le strict respect des normes définies par le Conseil International des Archives (CIA), qui est partie prenante et partenaire dans son développement en cours. Avec une interface simple d’utilisation, où l’utilisateur final n’éprouve aucune difficulté à prendre l’outil en main, y saisir des données, personnaliser l’application, l’administrer, etc.. Un prérequis est peut-être de maîtriser effectivement, les règles normées  de la description archivistique (Le savoir-faire de base du métier). Cependant rien de vraiment compliqué, même pour un non-archiviste comme moi, étant donné que des infobulles indicatives sont prévues, pour beaucoup de zones et leurs formulaires de saisie respectifs, et renvoient aux normes à utiliser spécifiquement. Ces normes sont généralement accessibles et consultables en ligne (ISDA , ISAAR , ISDF, ISDIAH).

 L’autre bonne chose à souligner est l’intégration possible d’extensions (plugins) relatives aux standards de métadonnées. Cela permet l’interopérabilité d’une application ICA-AtoM avec d’autres applications utilisant des protocoles semblables. Concrètement, cela veut dire qui si un fonds d’archives est informatisé avec ICA-AtoM et que soit activé le plugin du Dublin Core (sfDcPlugin), il devient de ce fait moissonnable par un moissonneur OAI, tout en donnant la possibilité d’importer et exporter des données au format XML. D’autres standards de métadonnées sont également pris en compte comme EAD (format d’encodage des données archivistiques), MODS, mais aussi des standards de métadonnées issues des normes archivistiques du CIA citées supra. Cette possibilité d’interopérabilité offerte par les extensions de métadonnées crée par exemple, une passerelle entre les mondes archivistique et bibliothéconomique, qui peuvent ainsi communiquer en utilisant des protocoles d’échange de données, ce qui est impossible dans un environnement numérique inexistant ou classique.

L’objet de ce billet n’est pas de disserter sur les procédures d’installation et d’utilisation de l’application, je réserve cela à la présentation ci-dessous qui, je l’espère, pourra aider les intéressés à le faire. Néanmoins je voudrais juste dire quelques mots sur l’installation que j’ai faite. C’est une installation en local sous Windows 7 avec  Wampserver pour le serveur Web. A ce niveau je conseille de télécharger la version WampServer2.1e disponible dans Sourceforge. Mon installation initiale sur Wampserver2.2 n’ayant pas marché. La version téléchargée d’ICA-AtoM est la 1.2, la  version 1.3 étant prévue pour septembre prochain. Des ressources supplémentaires (démo en ligne, manuel d’utilisateur, lien de téléchargement,…) peuvent être eues sur le site du logiciel.

Ceci est juste une contribution qui vise à enrichir celles qui concernent l’informatisation des fonds d’archives et avec le souci de toujours inciter les collègues aux moyens limités, à découvrir pour certains, des solutions logicielles libres et les adopter pour mieux améliorer leur offre de services professionnels.

Au fait, vu que ICA-AtoM permet de disposer d’un instrument de recherche public accessible en ligne, quel pourrait être l’appellation consacrée pour faire OPAC à l’instar des bibliothèques, OPAF peut-être, pour Online Public Access Finding Aid ?

N° 69 – Des métiers de l’information documentaire au Sénégal

Ce présent désir de réflexion me vient de discussions entre collègues sénégalais, la plupart plus jeunes que moi, sur le réseau social Facebook où nous nous retrouvons informellement pour partager sur notre passion professionnelle commune d’archiviste, de bibliothécaire et/ou de documentaliste. S’y retrouvent donc toutes les expressions relatives à la fougue passionnelle envers ce métier, que généralement nous avons choisi, même si parfois il a pu s’imposer à nous. Toujours est-il que seuls les fidèles y demeurent, malgré les galères quotidiennes qui ont pour nom : ambitions castrées, savoir-faire dévalorisés, embauche fermée, etc. Je salue à sa juste valeur et avec gaité de cœur cet (r)éveil de conscience, de la part des jeunes collègues et qui sont les prémices d’une prise en main accrue de l’avenir de nos métiers et donc de nos devenirs personnels. Cette contribution au débat n’est nullement un réquisitoire contre qui ce soit, la motivation n’étant pas de jeter une quelconque pierre à un bouc-émissaire, mais bien de poser les vraies questions et des raisons qui prévalent et prédisposent au maintien d’un statuquo largement inapprécié et de moins en moins supportable. Comme base d’argumentation, je vais faire référence à la définition d’un métier qu’a faite Guy Le Boterf. Selon lui un métier à quatre caractéristiques : un corpus de savoirs et de savoir-faire, un ensemble de règles morales spécifiques, une identité sociale et enfin une perspective d’approfondir par l’expérience la première caractéristique (savoirs et savoir-faire).  Cette définition peut être prise comme grille d’analyse pour chacun d’entre nous, afin de pouvoir nous situer professionnellement et discerner avec clairvoyance, la portée de notre action et son impact dans la valorisation du métier que nous défendons et que nous voulons plus visible.

  • L’acquisition des savoirs et savoir-faire pose fondamentalement la problématique de l’acquisition des connaissances de base du métier. Là, il s’agit plus particulièrement de l’acquisition de connaissances techniques qui font que l’on puisse être opérationnel dès réception du diplôme symbolisant l’aptitude à exercer le métier en question. C’est d’être capable dès sa première démarche de recherche d’emploi, d’exprimer clairement ce que l’on sait faire et ce que l’on peut apporter à un éventuel employeur. D’où la nécessité, en situation d’apprentissage, de faire l’effort continu de bien assimiler les enseignements reçus et de les approfondir pour avoir une compréhension et une maîtrise globale de son métier.
  • L’assujettissement aux règles morales spécifiques est fondamentalement une posture à adopter. C’est par cela que s’affirme l’appartenance au corps du métier, qui ne doit pas inciter à l’individualisme et à la solitude de pratique, mais donner le sentiment de faire partie d’une communauté et d’interagir avec les autres. Dans le cas précis des métiers de l’info-doc, les règles morales se rapportent surtout à notre attitude vis-à-vis de l’information et des usagers à qui nous la destinons. Il nous faut avoir le réflexe d’anticiper les besoins informationnels d’un éventuel usager : trouver et collecter cette information, la traiter et la lui procurer. Le principe éthique et déontologique exprimé par cet exemple rime avec la générosité qui, de ce fait, en plus d’être une règle morale pour nous est aussi une fenêtre ouverte à la sympathie et à la bienveillance des autres. Avons-nous fini de réfléchir à une « Inform-éthique documentaire » ?
  • De l’affirmation identitaire dépend également la reconnaissance des autres, parce qu’elle permet de se définir socialement avant de l’être économiquement. Ne pas avoir peur de dire « je suis bibliothécaire », « je suis archiviste » ou « je suis documentaliste » car ce sont les dénominations exactes de nos métiers. Reconnus et défendus comme tels, ils demeurent utiles à la société d’autant plus que les matériaux qui sont à la base de leur existence, à savoir les documents, sont toujours là et comble de bonheur se sont diversifiés en termes de support, élargissant nos rayons d’action, qui étaient avant circonscrits aux espaces de conservation des imprimés et autres manuscrits. Il faut se réclamer de nos métiers et ne pas se réfugier dans les faux-fuyants sémantiques pour enjoliver des existants déjà intrinsèquement beaux. Se réclamer du titre de professionnel de l’information documentaire, ou de spécialiste en ingénierie documentaire par exemple, est bien en soi, mais le revendiquer exclusivement, c’est s’enfermer dans un flou professionnel qui peut plus desservir que servir. En effet il est plus question de savoir et de savoir-faire que de dénomination ou appellation professionnelle, autant le bibliothécaire qui se réclamera comme tel, sera bien apprécié en pouvant montrant son utilité à la société en tant que promoteur du livre et de la lecture par exemple, autant  l’ingénieur-documentaliste le sera moins, s’il ne peut se prévaloir d’une aptitude à concevoir et à participer à des applications scientifiques complexes pouvant améliorer les techniques et pratiques documentaires.
  • L’approfondissement des savoirs et savoir–faire est ici mis en perspective. Vu sous cet angle, il pourrait rassurer ceux qui malheureusement ne sont pas encore en situation professionnelle active, mais les exclut néanmoins. Cependant ils sont bien du métier parce que répondant aux deux premières caractéristiques et plus particulièrement celle fondamentale de l’acquisition du savoir et du savoir-faire. Cet approfondissement pour les « employés » est en quelque sorte une somme d’expériences acquises et qu’il faut nécessairement cultiver et valoriser pour se bâtir une expertise solide dans le métier. Cette expertise professionnelle, en inspirant le respect, même en dehors des arcanes de la profession, doit être le socle sur lequel s’appuyer en vue d’un leadership fort, pour se faire un porte-voix du métier à l’échelle nationale. Pour ceux qui sont en situation de recherche d’emploi, c’est continuer à apprendre et à étoffer leurs connaissances, entreprendre des chantiers, même à caractère informel, en lien direct avec la médiation de l’information. L’information, cette denrée vitale, dont l’inflation continue, implique le besoin de la maîtriser comme le recommande d’ailleurs l’IFLA.

Le débat sur la situation des bibliothécaires, archivistes et documentalistes au Sénégal est plus que jamais vital, mais l’introspection commence d’abord à notre niveau personnel. En analysant les caractéristiques d’un métier et en l’appliquant à ceux de l’information documentaire, se pose inéluctablement la question de la formation, car nous devons fondamentalement assimiler les bases du métier, assistés en cela par des enseignements adaptés au contexte social, économique et technologique. Nous devons cultiver une morale du métier faite de générosité dans la fourniture de l’information documentaire et de respect dans le traitement et la conservation des supports. Nous devons entrer dans la profession comme on entre en religion (allusion au contexte sénégalais 🙂 ), en ayant foi en elle du moment que nous l’avons aussi choisi comme moyen de vivre (le métier, c’est le travail qu’on fait pour gagner de l’argent). Communier continuellement entre collègues en union d’idées et d’actions, s’entraider, s’enrichir mutuellement et faire corps contre vents et marées. Enfin nous devons avoir l’ambition de devenir des maîtres dans le métier, pour accroître sa reconnaissance et pouvoir mieux le défendre. Cela suppose une soif continue d’apprendre et de se former qui va de pair avec la culture de l’ambition et de l’excellence, qui est elle, le rempart contre le désœuvrement de soi et le mépris des autres.

N° 68 – Réseaux et contenus documentaires africains dans le Web

En d’autres temps ce titre aurait sûrement plus étonné, voire suscité une curiosité légitime avec sans doute, en toile de fond, la quasi certitude de voir derrière cette pareille réalisation, l’idée et l’assistance de mains plus expertes provenues d’autres cieux. La réalité actuelle est toujours imprégnée de cet accompagnement émanant de l’extérieur, permettant au monde documentaire africain de prendre en marche le train des réseaux numériques et ses wagons de contenus qu’empruntent depuis quelques années ceux des pays développés ou émergents. Une des caractéristiques essentielles de ces réseaux documentaires numériques est la mutualisation des ressources et plus particulièrement, la collectivisation des catalogues en ligne et autres bibliothèques numériques. Le fait « nouveau » est qu’il n’y a aucun débat à l’heure actuelle, dans nos chaumières associatives professionnelles qui ne fasse l’apologie du réseautage, de la mutualisation des ressources et des pratiques pour profiter des formidables opportunités qu’offre l’infrastructure électronique. Seulement force est de constater qu’entre les bonnes intentions, les fortes résolutions et l’application effective, s’étend le plus souvent une crevasse aussi large que profonde, que beaucoup de téméraires n’arrivent pas à franchir. Le principal argument bloquant est toujours celui des moyens financiers et matériels à mobiliser par nos Etats, mais qui ne sont pas prioritairement destinés aux univers documentaires africains (il faut le rappeler, hélas !). Mais cela doit-il pour autant plomber les initiatives et innovations sachant que les alternatives existent et qu’il suffit souvent d’un peu plus de volonté pour que des projets aboutissent, fonctionnent et se pérennisent ?

Mon coup de coeur, qui est à la base de cet article, me vient de la République Démocratique du Congo (ex Zaïre 🙂 pour les nostalgiques) où j’ai découvert un réseau de bibliothèques apparemment très bien organisé à tel point qu’il a pu mettre en ligne un catalogue collectif d’une douzaine de bibliothèques et centres de documentation membres du réseau. L’option logicielle utilisée par le réseau Mikanda est la solution Open source PMB qui a fait l’objet de billets dans ce blog. Ledit catalogue est accessible en ligne depuis ce lien.

Une autre initiative et réalisation louable est localisée dans le même pays. Le projet BibAfrica se veut être, selon son responsable Filip Kabeya, « une Bibliothèque Africaine pour tous et partout ». Son leitmotiv principal est de faire le marketing des bibliothèques africaines par l’élaboration d’un annuaire, la diffusion de leurs ressources et d’actualités les concernant entre autres.

Toujours dans la même zone géographique s’étend le Réseau documentaire international sur la région des grands lacs africains qui, il faut le souligner, a pu se faire avec le soutien financier de bailleurs extérieurs, au contraire peut-être des deux exemples cités supra. Ce réseau regroupe 06 pays avec une bibliothèque numérique de documents de provenance diverse. Toutefois ce projet semble être en léthargie au vu de la dernière mise à jour du contenu de la base de données qui date de 2007 et la présence de plusieurs liens morts sur le site Web. Néanmoins celui-ci est toujours accessible et si vous avez des difficultés à accéder à certaines de ses parties ou rubriques vous pouvez prendre cet autre chemin.

Le Sénégal dispose d’un portail national d’accès à l’information scientifique et technique, avec un moteur de recherche fédérée permettant de chercher sur des sources d’information nationales et internationales et d’accéder à des données bibliographiques et textuelles. Cette réalisation est le fruit du Projet SIST du gouvernement français. Le projet SIST Sénégal donne aussi accès à une plateforme fédérative de collections numériques universitaires utilisant la solution logicielle gratuite Greenstone. Celle-ci gagnerait sûrement a être étoffée pour prendre en compte toutes les autres bibliothèques numériques existantes et aussi disponibles sur BEEP (Bibliothèques électroniques en partenariat), le site fourni et maintenu par le pôle Documentation de l’IRD dans le but d’héberger des collections émanant d’institutions documentaires africaines.

La situation décrite dans ce billet est loin d’être exhaustive et de refléter la situation générale africaine en matière de réseautage et de diffusion de contenu documentaires dans le Web. Si on y avait ajouté les réalités de l’Afrique anglophone (avec les exemples de l’Afrique du sud, du Nigeria ou encore du Kenya) et du Maghreb, on verrait sûrement que beaucoup de choses se font dans ce cadre et que l’Afrique n’est pas à la périphérie du Web de documents, bien au contraire il en est acteur, même si c’est dans des proportions infimes par rapport aux continents plus développés. Elle aura certes toujours besoin de l’assistance des plus nantis qu’elle, mais son déplacement vers le centre du Web se fera aussi par une prise en charge autogérée et volontariste de la production et de la diffusion de ses contenus sur la toile.

Nous professionnels de l’infodoc africaine, qui sommes imprégnés et comprenons des concepts en vogue comme l’Open Access, maîtrisons de plus en plus les technologies libres disponibles, assistons à une amélioration sensible de l’infrastructure électronique et télécommunicationnelle dans nos pays, devons donc avoir cette volonté pour bâtir des réseaux documentaires fiables et viables où nous pourront échanger nos idées et pratiques, unir nos efforts et bâtir un patrimoine documentaire numérique qui viendra plus enrichir le Web de documents actuel et celui des données en gestation.

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N° 67 – Copyright et bibliothèques (suite)

Dans le billet précédent je faisais état de la disponibilité du cours en ligne « Droits d’auteur pour bibliothécaires » et essayais d’en faire une description, la plus claire possible, de ses modules. Dans la même veine, je viens partager la présentation que j’en ai aussi faite lors de la 3e Ecole CERN-UNESCO sur les bibliothèques numériques qui vient de se tenir à Dakar, du 21au 26 novembre 2011, où 7 pays africains étaient représentés. Etant donné  l’extrême importance de la gestion des droits numériques, il était pertinent pour les organisateurs, de vulgariser cette ressource dans le cadre de l’Ecole en question.

Voici ci-dessous la présentation

Pour ce qui est de l’évènement proprement dit qui a motivé cette présentation, il est la suite des deux ateliers tenus successivement à Kigali en 2009 et Rabat en 2010 et dont j’ai fait état, pour ce dernier, dans ce blog. Une occasion de plus donc, pour accompagner les projets de bibliothèques numériques africaines en gestation et surtout poursuivre la vulgarisation du logiciel Invenio sur le continent. Pour de plus amples informations sur cet atelier consulter le site qui lui est consacré.

N° 66 – Droits d’auteur et bibliothécaires

Un cours en ligne complet sur le droit d’auteur pour les bibliothèques, sous forme de Wiki, est disponible en anglais depuis mars 2010, grâce aux volontés combinées du Berkman Center for Internet and Society de la faculté de Droit de Harvard et EIFL.

La version française traduite par EIFL et pour qui j’ai assuré l’édition sur le Wiki dédié (utilisant MediaWiki), est elle aussi dorénavant disponible depuis quelques jours.

Ce cours, outre l’introduction générale, est articulé en 9 modules d’apprentissage, organisés en cinq niveaux différents, riches en contenu, pédagogiquement bien pensés et surtout très bien documentés. Ce cours peut être utilisé comme un cours d’autoformation, un cours traditionnel en classe, ou encore un cours d’apprentissage à distance

  • L’introduction est un exposé sur la théorie générale du droit d’auteur et ses principes fondamentaux, plus précisément une revue des quatre théories que sont celles liées à : l’équité, le bien-être, l’identité individuelle et la culture.
  • Le module 1 titré, Droit d’Auteur et Domaine Public, a pour objectif « d’explorer les concepts de base de la Loi sur le droit d’auteur » et en même temps d’être « introduction générale aux éléments du droit d’auteur d’importance pour les bibliothécaires »
  • Le module 2 titré Cadre international aborde la question du droit d’auteur sous l’angle du droit international et « traite également de son impact sur les pays en développement et l’influence des pays développés dans l’application des lois y relatives ».
  • Le module 3, intitulé, Champ d’application de la loi sur le droit d’auteur, traite des genres de créations et d’activités couverts ou non couverts par le droit d’auteur
  • Le module 4, traite des Droits, Exceptions et Limitations, d’un détenteur de droits d’auteur. Dans ce module, sont abordées les clauses d’exceptions et de limitations conçues pour permettre aux bibliothécaires d’utiliser les œuvres protégées dans le cadre de la réalisation de leurs missions
  • Le module 5, intitulé Gestion des droits, « décrit les règles juridiques qui affectent la capacité des titulaires de droits d’auteur à percevoir des revenus auprès des utilisateurs de leurs œuvres et comment les bibliothécaires peuvent, utiliser ces règles à leur meilleur avantage ou chercher à les modifier ».
  • Le module 6, intitulé Approches Créatives et Alternatives, expose les modèles autres que celui courant pour les droits traditionnels ou, par exemple, les droits associés au droit d’auteur sont affectés à un éditeur qui fait des copies de l’œuvre et les distribuent à titre onéreux. Ce module expose donc les modèles d’accès gratuit et libre sans frais à la charge de l’usager, avec un accent particulier mis sur les licences Creative Commons et le mouvement Open Access entre autres.
  • Le module 7, Application, traite de la violation du droit d’auteur, des questions liées à un éventuel traitement judiciaire survenant quand un détenteur de droit décide de saisir un tribunal quand il s’estime lésé et aussi des « rôles appropriés des bibliothécaires eu égard au droit d’auteur et à  son application ».
  • Le module 8, intitulé Savoirs traditionnels, explore la « complexité et l’évolution rapide des règles juridiques relatives aux savoirs traditionnels (endogènes) et explore ensuite le débat houleux qui demeure quant à la portée de la protection appropriée pour ce « nouveau » sujet ». Y est exposée la situation de nombreux pays par rapport à ces savoirs
  • Le module 9, Activisme, « tente de venir en aide aux bibliothécaires des pays en voie de développement qui cherchent à s’organiser pour influencer la forme des lois sur le droit d’auteur ». Pour ce faire, il examine, avec 4 études de cas « comment des groupes ont envisagé, par le passé, de modifier (ou de résister aux modifications) des systèmes de droit d’auteur » (par exemple le cas Pirate Bay en Suède).

Un glossaire est aussi disponible sur le Wiki en question, fort utile que l’on soit formateur ou « potache ».

Le cours est aussi enrichi par un module pratique en direction des probables formateurs et leurs apprenants. Il s’agit d’une plateforme de discussion en ligne, dénommée Rôtisserie, qui permet une interaction entre différents acteurs d’une classe, travaillant sur un même projet pédagogique. Voir plus d’informations à ce sujet.

Une autre ressource émanant d’EIFL et pouvant intéresser d’aucuns est le Manuel de droit d’auteur et de droits voisins à l’usage des bibliothèques traduit en français.

Enfin et toujours sur le même sujet et pour complément d’information, lire l’excellent article sur le blog S.I. Lex  qui présentait déjà la ressource alors qu’elle n’était disponible qu’en anglais et la Déclaration de principes sur les exceptions et limitations du droit d’auteur pour les bibliothèques et les archives, faite en 2009 par l’IFLA, EIFL et la Library copyright Alliance.

Cliquez sur ce lien pour accéder au cours et contribuer à son amélioration et son enrichissement éventuel. Par exemple, ayant remarqué que l’approche anglo-saxonne y est privilégiée, aussi avons-nous essayé de mettre le maximum de liens en français s’ils existent. Cependant la communauté francophone étant vaste et diverse en nationalités, il serait bien que des textes législatifs nationaux soient proposés par ceux qui en ont connaissance dans leur pays.

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